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Grenier du Bel Amour (14)

Par |2018-11-15T14:20:14+00:00 8 septembre 2014|Catégories : Chroniques|

La poésie ou le voyage de l'âme

 

 

Qui, par­mi nos lec­teurs, ne connaît le nom de Matthieu Baumier ? Aussi bien par­mi les ama­teurs de romans, que par­mi ceux de nou­velles, ou ceux qui s’intéressent à la spi­ri­tua­li­té fran­çaise du XVII° siècle…

Mais pou­vait-on devi­ner qu’il était un tel poète, habi­té par tous les ter­ri­toires de l’au-delà et par les moyens d’y par­ve­nir ?

Bien sûr, on savait son pas­sage par ce que l’on appelle cou­ram­ment le « post-sur­réa­lisme ». Et si l’on se sou­vient des inté­rêts les plus réels de Breton, ou des « curio­si­tés » de Benjamin Péret, on ne peut que com­prendre un tel par­cours… Après tout, je me le demande ouver­te­ment, qu’est-ce que Matthieu Baumier a trou­vé aux pieds de la tour Saint-Jacques à Paris, et serait-ce tout à fait pour rien qu’il a élu domi­cile dans l’un des lieux les plus char­gés spi­ri­tuel­le­ment de toute l’histoire de France ?

(Car André Breton n’était pas tout à fait l’ « athée mili­tant » que l’on croit d’habitude, et, quoi qu’il en eût par ailleurs, sa poé­sie touche sou­vent à une appré­hen­sion « mys­tique » des choses : il n’est que de relire les pre­miers para­graphes de « L’Amour fou » pour s’en rendre compte.. .).

Toujours est-il que, à l’évidence, Matthieu Baumier est habi­té jusqu’au plus pro­fond de lui-même par la pré­sence de dieux qui ne sau­raient le lais­ser en paix. Et que sa réflexion sur le « silence des pierres », nous fait aller d’un silence inau­gu­ral au silence auquel nous serons accu­lés lorsque nous décou­vri­rons le prin­cipe de toutes choses.

Du coup, je me pose la ques­tion : et si la poé­sie était un essai (mal­ha­bile ? Pas tou­jours.. .), de cer­ner ce silence qui nous dépasse de par­tout et – suprême ruse ? – d’y ame­ner peu à peu en essayant de le « dire » ?

Ce que confie l’auteur à la presque fin de ses pages :

 

« Je rédige le monde

Et de mes ratures émerge le secret de l’oeuvre » –

 

Et :

 

« Je retiens ceci :

Le Poème est rouge du sang de la neige

 

Il est encore temps de pro­cla­mer

La solu­tion finale du pro­blème de la prose »

 

Pour se ter­mi­ner sur l’évocation de l’horreur de la « solu­tion finale » – évo­ca­tion mar­quée comme écrite dans un cime­tière juif, à Berlin…

Alors, je ne peux m’empêcher de me deman­der : et si le silence des pierres était cette muti­té à laquelle nous pour­rions un jour par­ve­nir lorsque nous aurons réa­li­sé notre pierre inté­rieure, cette lapis phi­lo­so­phale que nous cher­chons tous peu ou prou et qui donne sens à notre vie en la réins­cri­vant dans le grand jeu de la Vie ?

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