> Julio C. Palencia, « Nous devons surmonter le désastre »

Julio C. Palencia, « Nous devons surmonter le désastre »

Par |2018-11-15T14:21:58+00:00 5 avril 2016|Catégories : Essais|

 

Né au Guatemala en 1961, Julio C. Palencia a connu l'horreur de la guerre civile au début des années 80, notam­ment la dis­pa­ri­tion et la tor­ture à mort de cer­tains de ses proches. (Le com­bat fai­sait rage alors entre la gué­rilla mar­xiste et les tor­tion­naires sou­te­nus par le pays de la liber­té, les États-Unis.) Réfugié d'abord au Canada, à Vancouver, avant d'opter pour le Mexique, où il réside actuel­le­ment, bien loin de son Guatemala natal à ses yeux deve­nu un grand cime­tière, il s'est lan­cé dans l'écriture pour – au moins – sur­na­ger per­son­nel­le­ment, avant de par­ler de lut­ter politiquement/​poétiquement (deux adverbes liés dans son tra­vail) en affron­tant le pire silence. Sept livres sont parus pour le moment, publiés pour un grand nombre d'entre eux aux édi­tions mexi­caines Praxis.

 

Un pre­mier poème brosse d'emblée l'arrière-plan his­to­rique de son œuvre :

 

El odio que nos tene­mos

Llegaron.
Y se adueña­ron de todo lo que había.
Llegaron para que­darse.

Entre su cruz y su espa­da se tien­den mil­lones de cadá­veres.

Así naci­mos noso­tros.

Su civi­li­za­ción se nos vol­vió bar­ba­rie
reinó la rapiña
y el abu­so que hoy todavía per­siste.

Debemos sobre­po­ner­nos al desastre.

En nues­tro espí­ri­tu
hay un fue­go no resuel­to :
es el veja­men que se res­pi­ra
es la impu­ni­dad para degra­dar al otro
es la jus­ti­cia ses­ga­da
y con pre­cio.

¿Cómo no ser lo que ya eres ?
Esquizofrénico o neuró­ti­co.

Debemos sobre­po­ner­nos.

La dis­tan­cia entre el Curiosity en Marte
y la deca­dente oli­gar­quía…
el Ríos Montt que pade­ci­mos,
parece insal­vable.

El sueño de España fue nues­tra pesa­dilla.

No hay tiem­po para el pesi­mis­mo.

Debemos sobre­po­ner­nos al desastre.

*

 

La haine que nous avons de nous-mêmes

Ils arri­vèrent.
Et s'emparèrent de tout.
Ils arri­vèrent pour demeu­rer.

Entre leur croix et leur épée s'étendent des mil­lions de cadavres.

Nous naquîmes ain­si, nous autres.

Leur civi­li­sa­tion tour­na pour nous en bar­ba­rie
la rapine fut la loi
ain­si que les abus de nos jours per­sis­tant.

Nous devons sur­mon­ter le désastre.

Dans notre esprit
il y a un feu non réso­lu :
c'est l'humiliation que l'on res­pire
c'est l'impunité de dégra­der un être humain
c'est la jus­tice biai­sée tou­jours
et mon­nayable.

Comment ne pas être après ça
névro­sé, schi­zo­phrène ?

Nous devons par­ve­nir à sur­mon­ter.

La dis­tance entre le Curiosity sur Mars
et l'oligarchie déca­dente…
le Rios Montt que nous subis­sons,
paraît insur­mon­table.

Le rêve de l'Espagne fut notre cau­che­mar.

Il n'y a pas de temps pour le pes­si­misme.

Nous devons sur­mon­ter le désastre.

 

Un deuxième, plus impres­sion­nant, agrippe et grince rude­ment, avant d'opposer la lumière aux boues du temps. Nâzım Hikmet pla­çait l'espoir en l'homme, mal­gré Hiroshima ; l'idée d'espérer se fen­dille et craque au creux des vers de Palencia main­te­nant, sans jamais s'affaiblir un seul ins­tant, ou disons : pour l'instant. Quelque chose tient. Quelque chose de pré­caire et de puis­sant. Une  éthique de com­bat, peut-être. Il sem­ble­rait si dou­lou­reux de per­sis­ter sans le sou­tien d'un rien d'étoile, au fond du pré­sent le plus noir.

 

Aquí esta­mos noso­tros

 

Aquí esta­mos noso­tros

los ile­gi­ti­mos
hijos de la pos­mo­der­ni­dad
noso­tros.

Los fan­tas­mas de países desan­gra­dos
pari­dos día a día a la intem­pe­rie
noso­tros.

A los que les vacia­ron los bol­sillos
los que nun­ca tuvie­ron nada
los de la espe­ran­za enve­ne­na­da
noso­tros.

Los dese­chables y mise­rables   noso­tros.

Nosotros los eter­nos jani­tors
del pri­mer mun­do
los del medio tiem­po
o de pla­no sin empleo
hacien­do fila para el wel­fare
mien­tras dos ojos pode­ro­sos
nos recri­mi­nan la exis­ten­cia
desde la ven­ta­na.

Los ile­gales   noso­tros
los dro­ga­dic­tos y drug dea­lers
noso­tros.

Los abier­ta­mente reta­dores
los que no aga­chan la cabe­za
los mal habla­dos
los bor­ra­chos y mal vis­tos
los peli­gro­sos
sin un cen­ta­vo entre la bol­sa   noso­tros.

Los que se mue­ren por lle­gar al norte
de hambre   de sed   a golpes
de un bala­zo aho­ga­dos   de can­san­cio
noso­tros.

Los que no tie­nen madre
ni padre   ni patria
ni casa   ni silla para sen­tarse
eter­na­mente de pie
noso­tros.

The lit­tle bas­tards
que des­truyen todo   noso­tros.

Los expul­sa­dos de todas partes   noso­tros.

Los que no tie­nen dere­chos
los que no tie­nen fami­lia
los que no tie­nen una tum­ba
y somos cadá­veres vivientes
noso­tros.

A los que se pateó el tra­se­ro
con bota mili­tar local y extra­n­je­ra
que ince­sante repetía :
hijo de puta hijo de puta
muere hijo de puta.

Y aho­ra que todo se der­rum­ba en las raíces
nos quie­ren monjes domi­ni­cos
her­ma­nas de una cari­dad que nun­ca cono­ci­mos.

Nosotros los mal vis­tos
por las bue­nas gentes
la pre­sa des­ti­na­da al sacri­fi­cio
el chi­vo expia­to­rio   noso­tros.

Los débiles   raquí­ti­cos
los de la pre­sen­cia incó­mo­da

los que nun­ca somos invi­ta­dos
al gran ope­ning de la huma­ni­dad
los que siempre nos que­da­mos
fue­ra del ban­quete
los que mira­mos todo
y no com­pra­mos nada
y ron­da­mos todo mall
como ince­santes palo­mil­las.

Los sin­vergüen­zas des­ca­ra­dos
los siempre refu­gia­dos
los que no somos confiables
los que no somos capaces
por nues­tro color y nues­tro acen­to
noso­tros
noso­tros
noso­tros
noso­tros
noso­tros
mil veces noso­tros.

Aquí esta­mos noso­tros.

Los hijos fugi­ti­vos de nues­tros días
pari­dos y ama­man­ta­dos
por la cor­rup­ción polí­ti­ca y la dora­da plus­valía.

Nosotros
los que no se atie­nen a fron­te­ras
los bus­ca­dores de EL DORADO
Indiana Jones con defec­tuo­sa brú­ju­la
seña­lan­do sin mira­mien­tos hacia el norte.

Los que nos baja­mos los cal­zones
noso­tros.

Digámoslo a toda voz :
trae­mos el alma vio­la­da por el siglo veinte
y por todos los siglos ante­riores
has­ta contar a cin­co.

Expiamos una culpa que nun­ca come­ti­mos
ter­rible sub­de­sar­rol­lo espi­ri­tual del pri­mer mun­do.

Somos de esta fábri­ca glo­ba­li­za­do­ra
el res­to inser­vible.

Los muer­tos de hambre   siempre
los que lle­na­mos las cár­celes
y las pri­me­ras pla­nas de los dia­rios.

Fuimos la víc­ti­ma y sólo des­pués el vic­ti­ma­rio.

Somos un res­pi­ro que ape­nas se levan­ta
que quiere can­tar una bel­la can­ción des­co­no­ci­da.

Somos aho­ra el excre­men­to
maña­na sere­mos un comien­zo
luna nue­va   sol de la madru­ga­da
un pun­to lumi­no­so
una espe­ran­za váli­da
una paz que no sea men­ti­ra.

Nos lle­ga el día al corazón de repente
y todo se ilu­mi­na.

*

Face à vous, nous nous tenons

 

Face à vous, nous nous tenons

Les reje­tons
Illégitimes de la moder­ni­té
Nous autres.

Les fan­tômes de pays sai­gnés à blanc
jour à jour enfan­tés à la mau­vaise étoile
nous autres.

Ceux à qui on a fait les poches
Ceux qui n'ont jamais eu que leurs seuls ongles
Ceux dont l'espérance a été empoi­son­née
nous autres.

Les rebuts et les misé­rables   nous autres.

Nous autres   les éter­nels concierges
du pre­mier monde
accou­tu­més au temps par­tiel
ou bien car­ré­ment au chô­mage
qui nous far­dons la queue pour le wel­fare
tan­dis que les yeux des puis­sants
nous reprochent l'existence
der­rière la vitre.

Les hors-la-loi   nous autres
les toxi­cos et drug dea­lers
nous autres.

Ceux qui ouver­te­ment pro­voquent
ceux qui ne baissent pas la tête
ceux dont la langue est sale
soû­lards de très mau­vaise répu­ta­tion
pati­bu­laires
sans un cen­time en poche   nous autres.

Ceux qui en crèvent, de rejoindre le nord
de faim   de soif   ou sous les coups
les balles   ou bien noyés   dans la fatigue
nous autres.

Ceux qui n'ont pas de mère
n'ont pas de père   ni de patrie
ni même un domi­cile   ou juste une chaise pour s'asseoir
ceux qui sont debout pour l'éternité
nous autres.

The lit­tle bas­tards
qui détruisent tout   nous autres.

Ceux qui sont expul­sés de toute chose   nous autres.

Ceux qui n'ont aucun droit
Ceux qui sont sans famille
Ceux qui n'ont pas de tombe
Et nous sommes des cadavres vivants
nous autres.

Ceux qui gardent à leur cul la marque
de la botte mili­taire   locale et étran­gère
inces­sam­ment qui répé­tait :
va fils de pute va fils   de pute
va cre­ver fils de pute.

Et main­te­nant que tout s'effondre à la racine
ils nous veulent moines domi­ni­cains
sœurs d'une cha­ri­té que nous n'avons jamais connue.

Nous autres   mal per­çus
par les bonnes gens
nous autres proies qu'on voue au sacri­fice
nous, les boucs émis­saires   nous autres.

Les plus faibles   et les rachi­tiques,
Les dont la pré­sence incom­mode.

Les qui ne sont jamais les invi­tés
du grand ope­ning de l'humanité
qui tou­jours res­tent aux portes du ban­quet
dévorent des yeux sans rien ache­ter
et tournent en rond dans les centres com­mer­ciaux
inces­sants comme des papillons de nuit

Eux, les plus inso­lentes   canailles
eux, les réfu­giés per­ma­nents
à qui l'on ne fait pas confiance
que l'on n'estime capables de rien
car trop cou­pables de leur cou­leur
car trop cou­pables de leur accent
nous autres
nous autres
nous autres
nous autres
nous autres
mille fois nous autres

Face à vous, nous nous tenons   nous autres.

Rejetons fugi­tifs de notre temps
enfan­tés et nour­ris au sein
de la cor­rup­tion poli­tique et des plus-values rayon­nantes

Nous autres
qui ne nous en tenons pas aux fron­tières
qui recher­chons l’Eldorado tou­jours
Indiana Jones à la bous­sole défec­tueuse
indi­quant sans hési­ta­tion la direc­tion du nord.

Ceux qui baissent leur froc
Nous autres.

Disons-le à pleine voix :
nous avons l'âme vio­lée par le ving­tième siècle
et tous les siècles anté­rieurs
pou­vant s'énumérer de un à cinq

Nous expions une faute que nous n'avons jamais com­mise
sous-déve­lop­pe­ment spi­ri­tuel ter­rible du pre­mier monde.

Nous sommes de cette usine mon­dia­li­sée
le sur­plus inuti­li­sable.
Les morts de faim   tou­jours
ceux qui rem­plissent les pri­sons
et les pre­mières pages des jour­naux.

Nous fûmes tout d'abord la vic­time   l'assassin par la suite.
Nous sommes un souffle qui à peine se lève
et veut chan­ter une belle chan­son incon­nue.
/​ Nous sommes aujourd'hui l'excrément
demain nous serons com­men­ce­ment
lune nou­velle   soleil de l'aube
un point lumi­neux
une espé­rance valable
une paix qui ne soit men­songe.

Le jour nous touche au cœur   sou­dain

tout s'illumine.

 

Le troi­sième ensemble pro­po­sé

regroupe trente courts poèmes extraits du recueil le plus récent de Palencia, Trinar es otra for­ma de decir te amo (qui en compte en tota­li­té plus de cinq cents !). La forme s'est res­ser­rée consi­dé­ra­ble­ment avec ce livre. La pen­sée claque et fouette et touche à la jugu­laire sans détour. On sent à quel point l'histoire per­son­nelle de l'auteur imprègne le dis­cours ; on sent sur­tout à quel point la lit­té­ra­ture ain­si pen­sée avoi­sine l'art mar­tial, au sens où peut l'entendre  par exemple Antoine Volodine (écri­vain disant écrire chaque livre en  « moine-sol­dat », comme s'il s'agissait du der­nier et que la moindre phrase au sabre dif­fé­rait l'imminence d'une mort cer­taine.) Pas l'ombre d'un consen­te­ment à l'épanchement (pire encore : l'affliction…), mais une volon­té ferme en revanche d'attaquer, en tou­chant droit au cœur à chaque vers, comme si le peu de véri­té posé face à l'autel aux morts (el « altar de muer­tos » dont nous parle un de ses poèmes), ce peu-là seule­ment per­met­trait de tenir encore fra­gi­le­ment, « dans l'ombre de la cica­trice en l'air », comme a pu l'écrire Paul Celan. En admet­tant que Julio C. Palencia arrête d'écrire un jour, ou ne le puisse plus phy­si­que­ment – hypo­thèse assez peu pro­bable – je crois cer­tain que ses pou­mons s'encrasseraient très vite, mais que ce détail médi­cal aurait peu d'importance pour lui… Comment pour­rait-il, délais­sé par son moyen de lutte, sim­ple­ment consen­tir à res­pi­rer ?

 

El pesi­mis­mo
no es opcíon para los países pobres.
Hay mucho por hacer ;
pode­mos y debe­mos hacer­lo noso­tros.

Nadie se acos­tum­bra a vivir de rodillas.

Lo tor­tuo­so y el sufri­mien­to
per­die­ron hace años su aureo­la.
La exis­ten­cia puede y debe ser goza­da.

Si no ves bien, ponte gafas
o quí­tate las anteo­je­ras :
no te acos­tumbres al hambre,
no toleres la pesa­dilla.

El nego­cio de mal gober­nar un país es
extre­ma­da­mente lucra­ti­vo.

Al ejer­cer tu dere­cho de votar,
no te olvides
quién ha sido histó­ri­ca­mente tu ver­du­go.

La lega­li­dad en Guatemala
ha sido durante muchos años ile­gal,
delin­cuen­cial.

El pri­mer mun­do,
civi­li­za­do y demo­crá­ti­co, para ellos,
por supues­to.
Oscuridad y palo, para el res­to.

Un lar­va­do sen­ti­mien­to de infe­rio­ri­dad
nos retra­ta en un pai­saje kaf­kia­no.

No busques la confir­ma­ción de tus ideas,
bus­ca el error.

No vayas y escri­bas diez líneas
cuan­do lo que per­cibes es una o dos.

Aquí no todo está per­di­do.
Aquí aún todo es posible ;
inclu­sive mila­gros huma­nos
y mara­villas coti­dia­nas.

Alimento mis dudas,
las pulo,
las cele­bro ;
la cer­ti­dumbre me des­truiría aquí mis­mo
y me mataría en vida.

 

De repente me vi des­nu­do ante la muerte
que me invi­ta­ba a vivir.

Estoy conven­ci­do de que en algún lugar
flo­re­cen nues­tros sueños.
Para nues­tra des­ven­tu­ra, no es aquí.

¿ Es bel­la Guatemala ?, me pre­gun­tan,
toda geo­grafía es can­sa­da, se ago­ta,
es nada mien­tras un ser huma­no some­ta a otro,
o un niño ten­ga hambre.

El men­di­go de la calle prin­ci­pal
pide dine­ro con un ges­to de des­pre­cio.
En su alcan­ta­rilla
sabe que su pre­sente
puede ser nues­tro futu­ro.

Muy ancia­no y de pie­mu­rió mi abue­lo.
No sólo fue un hombre,
tuvo la per­ma­nen­cia de un árbol
y la tena­ci­dad de sus raíces

¿ De qué sirve sal­varse uno solo ?
Si hemos de per­ma­ne­cer será en gru­po, jun­tos.
Si la sal­va­ción nos alcan­za,
que sea comu­ni­ta­ria.

Mi paraí­so siempre es colec­ti­vo.
Mi huma­ni­dad requiere de los otros.

Si el noso­tros no tiene sen­ti­do,
¿ qué hace­mos tú, él, ella y yo aquí ?

Los seres huma­nos limi­ta­mos
dramá­ti­ca­mente la idea de dios
con nues­tra pobre ima­gi­na­ción.

Si en la ima­gi­na­ción no eres libre,
entonces nada hay que hacer

Altar de muer­tos :
Guillermo Palencia,
Rosa Palencia,
Fermín Reyes,
Alejandro Cotí
y miles de patrio­tas
víc­ti­mas del esta­do repre­sor.

Al tor­tu­ra­dor de cual­quier signo
aun la tier­ra lo vomi­ta,
lo expele,
ni a gusa­no lle­ga.

El geno­ci­da pide con sar­cas­mo que se le
demuestre su cri­men ;
no hablan lo sufi­cien­te­mente fuerte y cla­ro
los muer­tos con sus hue­sos des­nu­dos.

Nuna está todo per­di­do,
aunque hay momen­tos,
hoy por ejem­plo,
que así lo parez­can.

El pasa­do al igual que el futu­ro es por venir.
Nada está escri­to para siempre,
el pasa­do tam­bién cam­bia.

Aun empa­pa­do,
el sol da la cara de nue­vo
y se ale­gra
de tener muchos viernes por delante.

Tenemos la ben­di­ción en la boca
como si estu­vié­ra­mos a un paso del infier­no

*

 

Le pes­si­misme
n'est pas une option pour les pays pauvres.
un grand nombre de choses sont à faire ;
nous pou­vons et devons les faire nous-mêmes.

Personne ne s'habitue à vivre à genoux.

Le tor­tueux et la souf­france
ont depuis des années per­du leur auréole.
L'existence peut et doit être réjouis­sante.

Si tu ne vois pas bien, mets des lunettes
ou quitte tes œillères :
ne t'accoutume pas à la faim,
ne consens pas au cau­che­mar.

Le négoce consis­tant à gou­ver­ner mal un pays
peut aus­si rap­por­ter beau­coup.

N'oublie pas au bureau de vote
qui fut ton bour­reau dans l'histoire.

La léga­li­té au Guatemala
a été de nom­breuses années illé­gale
et délin­quante.

Le pre­mier monde,
civi­li­sé et démo­cra­tique, pour eux,
bien sûr.
Obscurité et bâton pour les autres.

Un sen­ti­ment lar­vé d'infériorité
tire notre por­trait dans un pay­sage kaf­kaïen.

Ne cherche pas la confir­ma­tion de tes idées,
cherche l'erreur.

Ne t'en va pas écrire dix lignes
quand ta pen­sée tient en un vers ou deux.

Tout n'est pas à vomir ici,
tout reste entiè­re­ment pos­sible,
y com­pris des miracles très humains
et des mer­veilles quo­ti­diennes.

J'alimente mes doutes,
je les polis,
je les célèbre ;
la cer­ti­tude, après m'avoir détruit,
ferait de moi un mort-vivant.

Je me vis sou­dain nu devant la mort
qui m'invitait à vivre.

J'ai la pleine convic­tion que quelque part
fleu­rissent nos rêves.
Malheureusement pour nous, c'est pas ici.

On me demande si c'est beau, le Guatemala.
Toute géo­gra­phie s'épuise, s'éreinte et même
s'anéantit, quand un être humain est sou­mis,
quand un enfant, sous nos yeux, meurt de faim.

Le men­diant de la rue prin­ci­pale
demande de l'argent avec un geste de mépris.
Dans son égout
il sait que son pré­sent
peut aus­si être notre futur.

Mon grand-père mou­rut âgé 
et debout.
Il ne fut pas seule­ment un homme,
il eut la per­ma­nence d'un arbre
et la téna­ci­té de ses racines.

A quoi bon se sau­ver tout seul ?
Si l'on peut demeu­rer, c'est de manière grou­pée, ensemble.
Si le salut nous rat­trape,
qu'il soit com­mu­nau­taire.

Mon para­dis est tou­jours col­lec­tif.
Mon huma­ni­té requiert les autres.

Si le mot nous n'a pas de sens,
qu'est-ce que nous fai­sons toi, elle, lui et moi ici ?

Nous autres humains, nous limi­tons
dra­ma­ti­que­ment l'idée de dieu
avec notre pauvre ima­gi­na­tion.

Si dans l'imagination tu n'es pas libre,
alors il n'y a plus rien à faire.

Autel aux morts :
Guillermo Palencia,
Rosa Palencia,
Fermín Reyes,
Alejandro Cotí
et des mil­liers de patriotes
vic­times de l'état répres­sif.

Le tor­tion­naire de tous les bords
est vomi par la terre,
est reje­té,
il n'arrive même pas aux vers.

Le géno­cide, bien sar­cas­tique, demande
que lui soient démon­tré ses crimes :
ils ne parlent pas assez fort, assez clair,
les morts et leurs osse­ments nus.

Rien n'est jamais tota­le­ment per­du,
bien qu'il y ait des moments,
aujourd'hui par exemple,
où ça paraît quand même pos­sible.

Le pas­sé à l'image du futur est à venir.
Rien n'est écrit pour tou­jours,
le pas­sé aus­si change.

Même trem­pé de pluie,
le soleil sort la tête
et se réjouit
du nombre de ven­dre­dis devant lui.

Nous avons la béné­dic­tion en bouche
comme si nous étions à deux pas de l'enfer.

 

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