La poésie est le rire du Verbe, son chant voluptueux, et ce rire terrifie la mort. Ainsi Marc Alyn tenait-il la mort à distance. Né le 17 mars 1937, de santé fragile étant enfant, le poète nous a quitté le 7 décembre 2025. Sa quatre-vingt-huitième année fut annus mirabilis, annus miserabilis : son nom est associé pour toujours à la Société des Gens de Lettres, et il disparaît à la fin d’une carrière exceptionnellement longue de quatre-vingt-huit ans d’écriture.
L’année 2025 commença avec la publication par la maison d’édition La Rumeur libre de ses œuvres poétiques en trois volumes totalisant près de 1 500 pages. Le 27 mars, pendant le Printemps des Poètes à la Librairie des Batignolles de Paris, cet opus poétique était célébré par un concert de « Rêves secrets des tarots » orchestrés et chantés par Marie-Hélène Dupêcher. Le 14 juin, à la Brasserie Lipp, boulevard Saint-Germain, une matinée littéraire honorait la publication de l’étude de Gwen Garnier-Duguy sur son œuvre. Le 1er octobre, la Société des Gens de Lettres nommait son prix principal de poésie le Grand Prix de Poésie Marc Alyn. Enfin, avant la fin de l’année, doit paraitre un recueil posthume. La rétrospective ci-dessous tente de rendre honneur à une vie extraordinairement riche et variée.
Lecture de/par Marc ALYN du poème LE TABLEAU SUPPLICIE. Extrait du livre d’artiste VENISE, L’IMAGE LA MAGIE. Recueil de 3 poèmes inédits de Marc Alyn enluminés des œuvres originales de l’artiste peintre Bernard Alligand. Edition originale 2021 ©Editions d’art FMA.
L’importance de l’enfance
Tous les critiques s’accordent sur les virtuosités linguistiques de Marc Alyn. Bernard Fournier parle de « l’antithèse, des effets sonores, des allitérations et des assonances, des rebondissements à partir d’un mot, d’une image, et l’image proprement dite qui bouscule l’esprit et fait progresser le poème. »1 De telles techniques sont plus que de simples stratégies poétiques. Elles appartiennent aux jeux linguistiques des comptines et des rondes enfantines ; leur espièglerie est celle du début de la vie. La phrase de Carl Young — « ton enfant intérieur est ton âme » — correspond parfaitement à Marc Alyn.
L’enfance du poète, racontée par lui-même lors d’une série d’interviews avec Marie Cayol, qui fut la première à explorer son œuvre, était remplie de jeux de mots, de jeux avec les mots. Cela commença par ses deux prénoms, Alain Marc, inspirés par l’infatuation de sa mère pour le personnage maléfique de Fantomas créé par Marcel Alain, un nom dont le poète fit son nom de plume. Le riche terreau littéraire de sa ville natale de Reims contribua à sa maîtrise des mots tout autant que les origines champenoises et ardenoises de sa famille qui avait adopté une conscience européenne dès la Première Guerre mondiale, et que la profession de son père libraire. « La maison de mon père était construite avec des livres qui dialoguaient avec le ciel », se souvient Marc Alyn.
Le poète aimait dire qu’il était né dans les livres.2 La librairie de son père, lui-même lecteur vorace, lui donna accès à un vaste corpus d’œuvres. Les mots devinrent son foyer, l’écriture sa passion, la découverte son objectif dès sa plus petite enfance. Bernard Fournier a discerné dans la poésie adulte de Marc Alyn les traces d’une variété éclectique d’écrivains et poètes. Certes, de sa volumineuse culture livresque, Marc Alyn récoltait les phrases, images et techniques qui résonnaient en lui, les utilisant tout au long de son œuvre et produisant des effets semblables à ceux des segments d’une boule à facettes disco. Il s’agit là d’une distillation de phrases littéraires emblématiques, de concepts et d’images, ainsi que d’une passion pour la compréhension de l’univers, et non d’une parodie, comme l’a dit Robert Holkeboer dans sa recension de Infini au-delà.3 Dès le départ, Marc Alyn exprima le désir d’être « un mot, un trait d’union tendu vers le lieu qu’est le Poème, la seule maison à habiter pour l’Homme ontologique. »4
Ayant déconstruit la culture-carcan et le langage-prison, Alyn déconstruisit le temps et l’espace. Enfant, il était fasciné par le lever du soleil – la promesse du neuf et du renouvelé, nouveau départ, nouvelle naissance. Plus tard, il découvrit les pays du Levant, l’Algérie, Venise, la Yougoslavie, la Grèce et le Liban, se replongeant dans l’histoire des régions qu’à l’époque on nommait les pays de naissance de la civilisation. La réflexion sur l’écoulement du temps l’habita toute sa vie ; chaque voyage physique était accompagné de voyages dans le temps qui le ramenaient à l’histoire ancienne, notamment celle du monde méditerranéen oriental. Ce faisant, il déconstruisait le monde occidental moderne industrialisé et matérialiste pour mieux reconstruire la relation de l’homme à la nature. Cette entreprise allait de pair avec la déconstruction du temps linéaire ; en outre, sa vision organique de la nature déconstruisait les théories postmodernes et ramenait la poésie à sa forme originale — souffle, chant, performance parlée. Cette dimension iconoclaste et cosmique de son œuvre fut révolutionnaire et libéra la poésie de ses « convenances » des années avant que cela ne devienne à la mode.
Ayant lu dans sa jeunesse une grande variété de littératures, Marc Alyn en pratiquait plusieurs. Outre l’art poétique tel que les oxymores, l’allitération, l’assonance, le contrepoint, les images frappantes, les jeux de mots et les détours inattendus de la pensée d’un seul mot,5 il écrivait des poèmes en prose, des aphorismes, des essais littéraires, des romans, des adaptations (et non des traductions), des chroniques sur la poésie et sur l’art, des rapports administratifs et éditoriaux, ses mémoires, et de la poésie pour enfants. Plusieurs de ses poèmes particulièrement rythmés furent mis en musique.
Si l’on faisait une tapisserie de son œuvre, on discernerait les fils de chaîne (les genres d’écriture) à travers les formes et les couleurs formées par la trame (les différentes œuvres au fil du temps et leurs thèmes). On discernerait ainsi la discipline et la structure unique de l’œuvre qu’il accomplissait en tant qu’écrivain, poète, organisateur d’événements et de festivals artistiques et littéraires, fondateur de nombreuses revues et associations de poésie, conférencier, éditeur de recueils de poésie, et surtout découvreur de talents.
Très tôt, Marc Alyn conçut la réalité comme une illusion susceptible d’être transformée magiquement par l’imagination. Des arcs-en-ciel de son enfance, il disait que « le soleil pleuvait ». Sa première expérience de la poésie fut celle d’avant la culture et d’avant la lecture. « Nous naissons surréalistes », disait-il, affirmant par là que la poésie existe avant sa normalisation et sa codification à travers les programmes scolaires.6 Une autre expérience précoce qui façonna sa réaction à la réalité — et peut-être aussi certains mécanismes de défense — fut son expérience de la faim, de la peur, de l’exil et de la mort durant les années noires de la Seconde Guerre mondiale qui le marqua profondément.
L’enfance forme ainsi la matrice des grands thèmes poétiques de Marc Alyn : l’évasion répétée dans le rêve et l’imagination, la fugacité de toutes choses, la vigilance visuelle constante (l’oeil), un sens aigu du temps, et un amour de la nuit, peut-être né lors des raids aériens qu’il passait à l’abri dans les caves de champagne. Ainsi la définit-il : « ce lieu de toutes les peurs, le sanctuaire des monstres, des métaphores, des merveilles, menait les observateurs, les éveillés mystiques ou poétiques pris dans le tissu de l’Absolu vers le cœur des choses. »7 La nuit lui fut une clé de réflexion dès l’enfance.
Le besoin d’un cocon, d’une cachette, était aussi un élément important de son être des son enfance et le resta toute sa vie. Évoquant son premier souvenir, il déclara :
J’habite en songe une maison de poupée meublée de tables de jeux, de sofas, de miroirs minuscules. Des livres tapissent les murs mais chacun est une porte close. Par les fenêtres, parfois, un rossignol glisse son bec. Quand il pleut, les ardoises du toit chantent terriblement, puis le soleil va dénicher chaque objet jusqu’aux coins les plus reculés, fourchette à escargots vidant une coquille. Et ces petits tableaux sur les murs où sont peintes d’immenses scènes de bataille en réduction! Les géants passent là-bas sans rien voir, négligeant heureusement cet univers de papillon.8
La mort était également très présente, emprisonnant le temps :
Toutes les photographies sont des cimetières de papier glacé… Enfant solitaire en proie de l’imaginaire, j’eus très tôt la révélation de l’universalité dévorante du trépas… La mort s’avérait inépuisable, mais non point sans saveurs dissimulées sous l’amertume de la pilule qu’il faudrait avaler tôt ou tard… Des rosiers incurables guettaient notre venue afin de nous agresser. Ce museau derrière la vitre au crépuscule, qui était-ce ? La morsure / la mort sûre ? Les mots croissaient en moi comme des champignons, ajoutant le jeu à la terreur sans modérer l’ébriété. Partout retentissait la rumeur menaçante du temps : tic-tac du compte à rebours programmé au sein de chaque existence, infernale machine à retardement dans un coffre-fort sans clef.9
Conscient du rôle du poète comme lien entre la réalité et l’imagination, fasciné par l’immensité du langage, pris dans une quête de poésie absolue, et sous la pression du temps-métronome, le poète adulte évolua en perturbateur des choses. Croyant en la possibilité éternelle de renaissance et de nouveaux départs, il remettait cent fois sur le métier son ouvrage avec un cœur d’enfant et la patience d’un tisserand. Bernard Fournier compare la double nature de ses paroles à un sheol de paradis artificiels, soit un lieu neutre d’ombres et de silences submergé par l’afflux de nouveaux mots.10 L’obsession de Marc Alyn pour la dualité création / destruction l’amenait à vivre chaque nouveau départ comme l’œuvre à détruire, un feu à brûler. Ainsi créait-il une boucle fermée :
Peut-être, dit le scribe, n’est-il qu’un seul mot mal fixé
dans le labyrinthe d’une phrase immense,
bouleversant le sens du livre
par son errance
entre les lignes ?
Comme ces vers minuscules
qui émergent parfois des profondeurs de la page
dévorant l’esprit avec la fibre.
je l’imagine ainsi : mot parasite condamné
à subsister dans la marge
en dépit d’un carnage de syllabes.11
Le Scribe reçoit des images qui ont la fragilité des visions mystiques, confirmant la primordialité de l’image chez Marc Alyn. Le jeu de mots « magie-image » dit tout : « Le plus souvent, l’image n’était qu’un tissu de mirages criblé de déchirures ; mais à travers celles-ci filtrait, de loin en loin, la sauvage splendeur du monde que l’œil des profondeurs — presque éteint à force d’être seul — recevait en incandescence, hostie solaire ou miel de l’Hymette. »12 Le surréalisme est l’état naturel de la vision. Avec le feu, la nuit et la nature nourrissent le poète en quête de son foyer poétique et marchant sans cesse vers cet « ailleurs » où il se reposera enfin. La poésie était « l’étincelle qui ravive l’âme », « un discours illuminant le soleil ».13
Lecture de/par Marc ALYN du poème L’ASIE DEBARQUE. Extrait du livre d’artiste VENISE, L’IMAGE LA MAGIE. Recueil de 3 poèmes inédits de Marc Alyn enluminés des œuvres originales de l’artiste peintre Bernard Alligand. Edition originale 2021 ©Editions d’art FMA.
Débuts poétiques, 1954–1962
À quatorze ans, Marc Alyn créa la revue littéraire Terre de Feu à Reims ; en 1954, les Cahiers de Rochefort publièrent sa première brochure, Rien que vivre : poèmes, un recueil de onze pages qu’il dédia à Alain Bosquet.14 Parmi ses contacts rémois figurait Roger Caillois, avec qui il entretint une amitié tout au long de sa vie. Quelques années plus tard, le jour de son vingtième anniversaire, il remporta le prix Max Jacob en 1957 avec son premier recueil poétique, Le Temps des autres. Un recueil de poèmes en prose suivit presque immédiatement, Cruels divertissements (1957). Les deux volumes eurent un large succès.
Installé à Paris en 1957, Marc Alyn fut immédiatement accepté par une prestigieuse coterie littéraire : Elsa Triolet, Alain Bosquet, Robert Sabatier, Tristan Tzara, Jean Cocteau, Pierre Emmanuel, Anne Hébert, Angèle Vannier. Avec l’impulsivité de la jeunesse, Marc Alyn répondit à Bruno Durocher, poète polonais et survivant des camps de la mort, qui lui murmurait à l’oreille « J’ai rencontré Dieu ! » par un « Comment va-t-il ? » qui lui valut d’être aussitôt engagé comme secrétaire des Editions Caractères, fondées par Bruno Durocher.15
Sa vie littéraire parisienne venait à peine de commencer lorsque la guerre intervint dans sa vie pour la deuxième fois. Il fut appelé sous les drapeaux et servit trente mois. Il en passa tout d’abord plusieurs à apprendre les premiers secours médicaux et servit de secrétaire au ministère de la Guerre à Paris. Pendant cette période, ses poèmes étaient enregistrés par Jean-Louis Trintignant et chantés par Serge Reggiani dans une nouvelle collection créée par Pierre Seghers.16 En Algérie, où il fut déployé peu après le déclenchement de la guerre, il fut d’abord ambulancier avant de retourner à Alger comme journaliste pour le journal militaire Bled, où, en compagnie de plusieurs jeunes auteurs, il fit ses premières armes dans le journalisme. Refusant de faire la chronique de la guerre, il écrivait exclusivement sur des questions culturelles, publiant les chansons pacifistes de Boris Vian et les siennes. C’est en Algérie qu’il découvrit la poésie arabe, son premier voyage intellectuel vers l’Orient. Lors d’une permission de trois jours à Paris en 1959, il épousa Jacqueline-Claude Hamel, peintre et illustratrice (connue sous le pseudonyme Claude Argelier) et signa des exemplaires de son nouveau livre, Brûler le feu.
Soumis à la dissociation psychologique et culturelle de la guerre, Marc Alyn parvint néanmoins à ne pas interrompre sa carrière littéraire. Avant la fin de 1960, Seghers publia son étude sur François Mauriac, son mentor et fidèle ami, dans la collection Poètes d’aujourd’hui. Après sa démobilisation, Marc et Claude s’installèrent au onzième étage d’une tour HLM dans la nouvelle banlieue d’Aubervilliers, où le père de Paul Eluard, magnat de l’immobilier, avait confié à son fils la nomenclature des rues. Dans ses mémoires, Marc Alyn nota avec jubilation que cet exil dans une banlieue « abordable » était largement compensé par la présence d’un panthéon surréaliste à chaque coin de rue, y compris un « bar Baudelaire ».
Peu après, Raymond Audy, avec qui il avait servi en Algérie, lui fit faire la connaissance de T’ang Haywen, un peintre né en Chine avec qui il noua une amitié durable et sur l’œuvre duquel il écrivit un recueil entier de poèmes, le qualifiant de « calligraphe de l’invisible » et l’appelant un grand artiste chinois moderne :
Voyageur immobile, T’ang se tenait aux aguets du visible tel l’insecte qui adopte la couleur et la forme de son environnement, passant inaperçu par souci de sauvegarder son irréductible singularité. Art de lisières, de confins, territoire frontalier livrant une vue imprenable sur l’au-delà. Scribe en lévitation courbé sur ses couleurs, ses pinceaux et ses songes, Haywen capturait le ciel à travers le piège de ses cils. D’abord figuratif, il évoluera peu à peu vers une abstraction favorisant, non la chose, mais son ombre, sans nier la lumière : ainsi surgiront ces lagunes du bout du monde où, sous la torsion des vents marins, tremblent de noirs roseaux.17
En 1961, Pierre Seghers l’envoya en Slovénie, qui était à l’époque une république yougoslave, pour préparer ce qui allait devenir la toute première présentation française d’une littérature de l’autre Europe, une Anthologie de la poésie slovène (1962). Le poète relate dans ses mémoires son émerveillement devant le paysage et la culture slovène. Ce premier voyage éveilla sa passion pour Venise, où il devait séjourner trente fois au cours de sa vie et sur laquelle il écrivit deux livres.18 Ce voyage lui fit également découvrir les Bogomiles, qui devinrent pour lui une nouvelle porte vers l’Orient. Enfin, pour la première fois, le poète se fit traducteur. Entouré d’une équipe de professionnels slovènes qui lui fournissaient une traduction initiale et littérale, il créa
une formulation française en harmonie avec l’atmosphère propre à chaque poète et à chaque texte. La musique de la phrase slovène (Stendhal n’assurait-il pas « leur langue est un chant ») me précédait, me guidait de ses vibrations mystérieuses là où l’air des cîmes se frayait un chemin. Ce plaisir initial préludait aux complications de la prosodie, aux nuances, à la difficulté souvent insurmontable de marier les syntaxes dans l’espoir d’aboutir – non à une imitation servile et vaine – mais à un poème nouveau gardant la trace de ses origines.19
Pour couronner ces activités étourdissantes, Alyn publia son troisième recueil poétique, Les Délébiles, en 1962.
« Fouetté par les ailes de l’ange » : Les années uzétiennes, 1963–1972
En 1963, Marc Alyn était devenu un maître jongleur en écriture, critique, analyse, édition et surtout organisation d’associations et d’événements. Ses écrits comprenaient, dans un jeu démiurgique avec les mots, des poèmes, des poèmes en prose, des essais (l’œuvre par laquelle on découvre sa propre langue) et des poèmes pour enfants. Sa soif d’accomplissement était soutenue par l’énergie débordante de la jeunesse, mais venait peut-être aussi d’un désir de tromper le temps et de forcer le monde à entrer dans son Verbe. Il avait besoin périodiquement d’une cachette, un échappatoire qu’il pratiquait depuis l’enfance « dès que la réalité me serrait de trop près ».20 Sans jamais rompre ses attaches sociales et affectives, le poète pouvait exister simultanément dans plusieurs réalités. Après la vie à Reims/Paris et la vie entre Paris/Reims/Algérie vint la vie à Uzès/Paris/Reims/Slovénie. Ses années uzétiennes, contrairement à ce que la critique parisienne nous ressasse, ne furent nullement un exode. Il quitta le monde littéraire de Paris (qu’il qualifiait de nid de vipères) pour un « exil merveilleux ».21 Les Alyn firent partie d’un mouvement de décentralisation culturelle qu’éclairait, à trois cents kilomètres de là, Saint-Paul de Vence, où des artistes et écrivains tels que Jacques Prévert, Marc Chagall, James Baldwin et Witold Gombrowicz trouvaient foyer, inspiration et camaraderie ; la Fondation Maeght, inaugurée en 1964, l’industrie cinématographique naissante et le Festival de Cannes commençaient à transformer le sud-est de la France.
Le jeune couple déménagea en 1963 [Alyn dans ses mémoires indique 1964] en Occitanie, près de la ville romaine d’Uzès, non loin du Pont du Gard et d’Avignon, au cœur du pays huguenot. La loi Malraux de 1962 pour la protection des sites culturels menacés facilita un renouvellement urbain qui fit revivre le passé glorieux de la ville et son importance économique comme centre de sériculture. La propriété du jeune couple, le mas des poiriers, était une vieille ferme délabrée mais romantique, située au bord de la garrigue, avec des ciels nocturnes rendus célèbres au XVIIe siècle par Jean Racine qui, durant ses six mois à Uzès, déclara que les nuits y étaient plus belles que les jours parisiens. Outre André Gide, qui passa ses vacances jusqu’en 1893 chez son père a Uzès, la région possédait un riche passé littéraire, des troubadours à Jean Paulhan et bien d’autres que le paysage extraordinaire captivait. Le département du Gard et la Haute Provence en général étaient des lieux fréquentés par une multitude de figures littéraires et artistiques et comptaient sans doute le plus grand nombre de maisons d’édition de toute la France.
Dans ce lieu que Maurice Barrès appelait « le pays de l’Écriture, » Marc Alyn trouva un calme provincial qui lui rappelait peut-être sa jeunesse rémoise. La première décennie au mas fut une période fertile pendant laquelle il trouva l’au-delà infini et ouvrit son oeil imaginaire. Il s’ancra rapidement à Uzès tout en étant « ailleurs » en même temps. Cela lui permettait de prendre un nouveau départ et d’équarrir sa présence sur la scène littéraire, notamment en tant que découvreur de talents, créateur de rassemblements et associations culturelles, administrateur, éditeur et critique. Uzès fut la matrice de ses prochaines grandes œuvres.
Marc Alyn restait extrêmement occupé et était loin d’être oublié par Paris. En effet, le nombre de personnes qui continuaient à soutenir son œuvre de loin et leur importance dans la littérature française est stupéfiant. François Mauriac resta son principal mentor et lui ouvrit les colonnes du Figaro. Marc Alyn se lia d’amitié avec de nombreux artistes et écrivains locaux dont Pierre-André Benoit, le peintre Pierre Cayol et son épouse Marie, elle-même poète, sans oublier la marquise de Crussol d’Uzès qui soutenait les auteurs et artistes. Il avait des amis parmi des méridionaux d’adoption comme François Nourissier, Mario Pressinos, ou Lawrence Durrell qui collaborait à des émissions de radio avec lui et publia un livre de ses « dialogues » avec lui.22 Enfin, il fréquentait des personnalités littéraires qui faisaient le pont entre le Gard et Paris, comme Pierre Seghers, Jean Paulhan, René Char, Georges Braque, Pierre Emmanuel et Jean Hugo. Tous visitaient le mas des poiriers envoisins.23 Les dîners et soirées littéraires y rassemblaient une brillante compagnie. Il y eut de glorieuses années d’expositions et de lectures de poésie dans toute la région, jusqu’à Thonon, Annemasse, Manosque et Nîmes.24
Marc Alyn termina son roman autobiographique Le Déplacement après avoir emménagé dans une maison de rêve que les rénovations transformaient en lourd fardeau financier. Un stylo dans une main et une pelle dans l’autre, il écoutait les émissions radio de France-Culture afin d’envoyer des rapports que George-Emmanuel Clancier, secrétaire général français pour la programmation à la radio et à la télévision, lui avait demandé d’écrire. Soutenu par François Mauriac et publié par Flammarion en 1964, le succès du Déplacement amena Le Figaro à confier à son auteur ses rapports hebdomadaires sur la poésie, un poste que Marc Alyn occupa de 1964 à 1978. En 1966, Flammarion lui proposa de créer une nouvelle collection de poésie qu’il dirigea jusqu’en 1970, publiant tant de poètes français et étrangers que Robert Sabatier déclara Poésie/Flammarion la « première » collection de poésie en France. En 1968, Marc Alyn publiait Nuit majeure, couronné par le Prix international Camille Engelmann en 1971. Il disposait alors d’un véritable cabinet d’écriture dans la magnanerie :
Dans une pièce pavée de lourds carreaux de terre cuite, au premier étage d’un bâtiment voué jadis à l’élevage des vers à soie, je m’étais aménagé un nid, une cachette semblable au refuge où la pie entasse son butin. Les livres m’entouraient, sentinelles vigilantes et subtiles. Je possédais là mon balcon estival avec vue sur le verger d’Eden : pruniers aux fruits bleus, poiriers aux branches enchevêtrées et jusqu’à un palmier au tronc recouvert d’une bourre rougeâtre. En ce lieu où naguère un peuple de bombyx, nourri de feuilles de mûrier blanc, élaborait la soie avant d’être étouffé au cœur de la chrysalide à l’instant de la métamorphose en papillon, j’écrivais ou m’envolais en de vastes lectures. Poésie, histoire, religion, kabbale—aucune forme de savoir ne me rebutait… J’étais sûr qu’une porte se dissimulait dans l’épaisseur de la muraille, derrière les livres rangés en colonnes serrées sur les planches de la bibliothèque. Hôte de la magnanerie, je dévidais le fil translucide d’une phrase cousue dans le silence.25
Continuant sur sa lancée slovène, Marc Alyn proposa à Pierre Seghers, pour sa collection « Poètes d’aujourd’hui », un volume sur une figure majeure de la poésie moderniste européenne, le poète Srečko Kosovel (1904–1926), qu’on venait tout juste de publier pour la première fois en Slovénie. Sobrement intitulé Kosovel, le volume fut publié en 1965, et une fois de plus, l’adaptation par Marc Alyn des poèmes de Kosovel connut un succès éditorial. Un second volume de poésie slovène, Anthologie de la poésie slovène, fut publié en 1971. Cela poussa Alyn à faire plusieurs voyages en Slovénie puis en Croatie et à s’immerger davantage dans la culture de cette « porte de l’Orient ». Il choisit une maison d’édition rémoise pour publier un recueil de poésie croate en collaboration avec le traducteur et critique littéraire croate Zvonimir Mrkonjić, et publia d’autres poèmes dans les Cahiers de la grive, une revue fondée en 1928 à Charleville et célèbre pour avoir publié Rimbaud.26
Il résulta de l’intérêt de Marc Alyn pour la poésie moderniste slovène une entreprise de grande ampleur. En mars 1969, il créa avec son épouse l’Association Culturelle Actuelles Formes et Langages, spécialement conçue pour accompagner une impressionnante exposition de peintures d’artistes français contemporains au Centre culturel français de Ljubljana. Peu après, il signa une présentation du travail de leur ami PAB [Pierre-André Benoit], originaire d’Alès, pour un livre d’artiste publié par le Centre culturel français de Ljubljana.27 Il répéta cet exploit au printemps 1977 avec une exposition PAB à l’Institut culturel français de Rome.28 Puis, le Club Actuelles Formes et Langages était créé, suivi en août 1978 par une initiative appelée Action poétique audiovisuelle.29 Marc Alyn savait rendre la poésie vivante par de telles manifestations. Il aimait d’ailleurs lire la poésie a voie haute, ce qu’il faisait admirablement bien.
Une troisième œuvre sur la poésie slovène, Nota Bene, cimenta sa réputation d’écrivain ouvert sur le monde. Cela coïncida avec les premières soirées/débats littéraires auxquels il invitait des amis et des voisins, d’abord au mas, puis à Uzès même, avec la participation de nombreux éditeurs, poètes et artistes de renommée internationale que publiaient les éditions Actuelles Formes et Langages. Ainsi, il enrichissait la vie culturelle locale et était le pionnier d’une formule qui mettait en rapport auteurs, artistes, et musiciens.30 À l’instar du planteur d’arbres de Giono, Alyn créait sans relâche des magazines littéraires, des associations et des rencontres, surveillant leur germination et leur floraison. Il se lia d’amitié avec Robert Morel, un éditeur établi au Jas du Revest Saint-Martin qui publia sa Nouvelle poésie française en 1968. Il écrivit un livre intitulé L’Oiseau-Oracle, publié à Uzès en 1971 avec des illustrations de Claude Argelier. Le livre parlait de la chouette locale, l’effraie, à qui Alyn devait dédier de nombreux poèmes par la suite. La plupart de ces livres étaient des ouvrages de bibliophilie ou des livres d’artiste. Publiés en très petits nombres, allant de dix à cent exemplaires, ils sont aujourd’hui pratiquement introuvables.
Les années uzétiennes furent vécues pleinement. Même si Marc Alyn sentait que sa rage d’amour et sa passion pour l’illumination n’étaient pas encore assouvies,31 il publia deux grands volumes poétiques durant cette période, Nuit majeure (1968) et Infini au-delà (1972), ce dernier recevant le Prix Apollinaire. En fait, la citation de Jean Giono choisie par Marc Alyn pour accompagner ses souvenirs des années passées à Uzès dit tout : « Bienheureux ceux qui marchent dans le fouettement furieux des ailes de l’ange. »32
Vaste futur · Serge Reggiani lit Marc Alyn.
Liban et amour, 1972–1976
Bientôt, d’autres voyages internationaux suivirent. Après Venise, la Slovénie, la Croatie et la Grèce vint le Liban. Au début des années 1970, Marc Alyn connaissait bien la scène culturelle francophone libanaise, et il avait entendu parler du célèbre festival international de théâtre de Baalbeck. Son travail en tant que critique de poésie pour Le Figaro lui avait apporté un courrier volumineux et noué de nouvelles amitiés, dont Hector Klat qui l’invita à donner une série de conférences au Liban avec une exposition à Beyrouth sur le volume Poèmes-objets que Marc Alyn avait réalisé avec Claude Argelier et dans lequel ils avaient intégré art et texte. Le couple débarqua à Beyrouth avec leur livre et Infini au-delà. Marc Alyn y rencontra une belle jeune femme aux cheveux noirs venue l’interviewer. Elle lui rappela les figures hiératiques de Ravenne appelées protectrices des images, et il la décrivit plus tard comme « femme-amphore lourde de glycines de menthe / seconde de ma vie qu’emplit à peine l’infini / forêt que j’ai tenue en ma main comme un nid. »33 C’était Nohad Salameh.
Nohad Salameh était issue d’une famille libanaise distinguée. Fille du poète Youssef Fadl Allah Salameh, elle avait grandi à Baalbeck dans un milieu francophone cultivé et dans un environnement multilingue et multiculturel. Elle avait un attachement profond pour les racines multiethniques du Liban et pour son passé. Elle travaillait comme journaliste culturelle pour le journal Le Réveil, écrivait de la poésie et composait avec son père des anthologies de poésie d’amour arabe. Elle était une jeune femme libérée au meilleur sens du terme, prônant l’épanouissement d’une femme dans sa carrière comme dans sa vie personnelle.
Lors de ce premier voyage, Marc Alyn visita de nombreux sites, notamment Byblos, où il devint le « voyageur du surnaturel » et « le guérisseur des mots » destiné à « raviver la nécropole des mots ». Par la suite, il décrivit ce voyage comme une « illumination initiatique », un pas vers l’inconnu. Il confia à Nohad Salameh plusieurs années plus tard que ses amis ne le reconnurent pas à son retour en France : « Un déclic s’était produit dans les profondeurs, quelque chose comme un coup d’aile divinateur. »34
Quatre ans plus tard, en 1976 [dans ses mémoires, Marc Alyn dit 1975], il revit Nohad Salameh lors d’une conférence littéraire à Bagdad ; à la fin de l’automne, elle fut invitée à Uzès. Marc Alyn était devenu son conseiller éditorial. Elle lui envoyait ses poèmes manuscrits. Il les tapait à la machine et l’appelait « mon écolière », « ma Bérénice ». Lors du bref séjour de la jeune femme à Uzès, Marc Alyn composa le premier poème du recueil Douze poèmes de l’été, où perce l’impact qu’elle avait eu sur lui :
J’étais la forme en creux de moi-même, l’empreinte
de quelqu’un d’oublié qui se souvenait d’être
de loin en loin, ainsi que la feuille fossile
dans le charbon revit en rêve la forêt…Vint l’été. Un d’oiseau d’écume sur mon poing
à midi s’est posé, dénouant de son bec
chaque doigt un à un. Tel un faucon qui plonge,
vint l’été me cerner de sa sphère parfaite.Criblé d’ ombre, de neige au plus haut du soleil,
fermé comme de l’écorce et lisse comme l’aile,
libre en l’ extrême exil, je fus, le temps d’un livre,
le vertige qui bat aux tempes de l’été.35
Peu après, Nohad Salameh et Marc Alyn se déclarèrent leur amour. Le poète attribua à la jeune femme d’avoir ravivé son goût d’écrire, déclarant :
En un mois seulement, j’ai rédigé un recueil de poésies pour enfants, traduit des textes de Jure Castelan (un grand poète croate contemporain), et mis en point le manuscrit d’un ouvrage inédit : Dictionnaire des voyages qui avait traîné dans mes sous-vêtements pendant des années… Ajoute à cela une correspondance importante, les corrections des épreuves de plusieurs numéros de revues, et tu auras une idée de l’ampleur de ce travail. Demain, je commence la rédaction du chapitre sur Mauriac pour l’hommage collectif Génies et réalité publié par Hachette ; j’ai quatre jours devant moi pour refondre un texte d’une trentaine de pages…36
Son œuvre continuait à assembler « les mille fils / de ce songe du langage : l’analogie / où le sens et le son tremblent et en s’épousant frissonnent ».37 Nohad Salameh étant toujours à Paris pour quelques mois, ils discutèrent de leur relation – difficile entre deux poètes. À la fin de l’année, ils avaient pris leur décision : ils seraient ensemble pour la vie… Juste avant le départ de Nohad Salameh pour le Liban au début de 1977, Marc Alyn lui écrivit, « nos noms s’inscrivent désormais sous la forme d’un mot unique, tous jambages emmêlés dans l’italique de la destinée. » Tous deux, disait-il, s’étaient donné naissance mutuellement et leurs réactions étaient symbiotiques. Et il encouragea Nohad Salameh à être « le fil bon conducteur de mon énergie issue des centrales nucléaires du Verbe. C’est une magie blanche pareille à la houille écumante des rivières, la force motrice du cosmos ». Cela signifiait de nouveaux départs où le présent oscillait désormais du plus infime au plus vaste, rappelant la danse nucléaire des atomes vers l’infini.38
En disant, « Vers quelle fusion fabuleuse allons-nous ? Nos routes se croisent au centre de nos mains, et tu doubles ma vie tandis que j’allonge démesurément ta ligne de chance »39 Marc Alyn s’attela à tout préparer pour que leur vie ensemble soit « un festin et non le tissu de problèmes tristement répétitifs ». Après avoir demandé une dernière fois : « Avons-nous une vie à partager ensemble ? », il lui confia qu’il voulait « déblayer le maximum de choses afin de reprendre ensuite la rédaction d’un grand livre. »40 Tous les volumes suivant cette décision furent dédiés à Salameh qui avait ravivé sa passion pour l’écriture et pour la vie.
Cet interlude amoureux fut suivi d’années sombres, qu’ils comparèrent tous deux à une initiation mystique. La guerre du Liban les sépara pendant dix ans, sans nouvelles l’un de l’autre.
L’attente, 1977–1987
Si Marc Alyn avait travaillé dur pour atteindre un minimum de confort au mas des poiriers, sa vie à Uzès perdit son attrait après sa rencontre avec Nohad Salameh. Il qualifia le mas de « trou maudit » où il vivait « comme un mort », « une prison à la campagne ».41 Certes, la distance et le coût rendaient difficiles les déplacements vers Paris, mais une agitation renouvelée et un désir de fuite grandissaient en lui. Pourtant, il resta occupé en Provence avec toutes sortes d’écrits. Lawrence Durrell avait perçu la transformation de son écriture : « Chez Marc Alyn, qui est également un splendide critique, on trouve les lignes évidentes d’une grande personnalité qui est en train de se former, sans hâte. On sent qu’on peut compter sur lui, qu’il arrivera au sommet de son art. »42
Bientôt, la tragédie frappa. Il perdit ses parents en 1979 :
Orphelin à un âge où il est plus courant d’être père, j’eus l’impression de bénéficier sur le tard d’une rallonge d’enfance. J’éprouvai tout à coup un tel besoin de fraîcheur, d’innocence, que jaillirent spontanément de moi – surgies de quelles nappes oubliées ? — quantité de ces fabulettes, chantefables ou chantemuses (ainsi les désignait Robert Desnos) destinées à un très jeune public non encore contaminé par l’esprit cartésien et le culte de la déesse Raison. En ces années où la haute écriture se dérobait avec des cris aigus et d’aigres battements d’ailes, je fis le choix de renaître au sein d’un art naïf issu des comptines, berceuses et formulettes de la mémoire collective et qui, en définitive, a pour mission d’aiguiser l’esprit et d’affûter la perception du langage. Mes recueils L’Arche enchantée, Compagnons de la marjolaine et À la belle étoile, sans oublier Nous, les chats, furent les fruits de ce printemps tardif ; je leur dois le bonheur singulier d’être présent dans les programmes scolaires : appris par cœur, récité, mis en musique et chanté depuis des dizaines d’années… Ainsi accède-t-on à la dignité ambiguë de classique : auteur étudié dans les classes, tout à la fois familier et anonyme.43
Composer un livre pour enfants n’était pas chose simple pour Marc Alyn qui voulait dépasser la poésie « bébête » et développa un genre « dont la simplicité apparente cache des mécanismes complexes ». Tous les recueils de poèmes pour enfants écrits entre 1979 et 1989 furent publiés en tirages modestes par des maisons d’édition du Gard. Ils étaient lus et enseignés dans des cours de littérature, lui procurant un nouveau public.44 Une autre initiative en dehors de ses compositions poétiques fut une série de livres sur les chats dont le premier fut écrit à Uzès. Ce fut peut-être la seule fois où il s’approcha le plus des presses commerciales. Il aimait l’idée de percer sur un nouveau marché littéraire qui lui offrait la perspective d’une récompense financière dont il avait bien besoin. Aimant les chats depuis son enfance, il avait à Uzès une chatte nommée Isis qui lui inspira son premier livre. Illustré par Claude Argelier, il fut publié à Uzès en 1986. Au total, il écrivit trois livres sur les chats. Les deux suivants furent publiés après son retour à Paris ; le troisième et dernier, Monsieur le chat (2009), reçut le vingt-septième Prix des 30 Millions d’Amis.45 Son sous-titre « Pour les enfants de sept à soixante-dix-sept ans », est tout à la fois ludique et prémonitoire, car il correspond presque à la longueur de sa carrière poétique.
Juste avant de quitter Uzès pour Paris en 1987, Marc Alyn créa les « Journées de la Poésie » au château de Lascours, à Laudun, près de l’ancienne ville romaine d’Orange, une entreprise qu’il devait diriger pendant les sept années suivantes sous le nom d’Académie Lascours. Cette initiative fut suivie en 1995 par la bibliothèque médiatique Marc Alyn à Roquemaure, dans le cadre des activités de l’Association des Amis de Marc Alyn, sur le thème de la poésie et des arts visuels.46
En 1987, Alyn avait atteint « le mitan de ma vie. » Il estimait que ce qu’il avait publié n’était qu’un prélude à de futures œuvres. Uzès le « serrait trop fort » ; Paris devint la nouvelle cachette. Il parla de sa joie à « revivre sa vingtaine » et à flâner de la Bastille à Saint Paul avant de rejoindre sa chambre de service rue de Lesdiguières. Il quitta définitivement Uzès au printemps 1987. En octobre de la même année, il rencontra de façon tout à fait imprévue Nohad Salameh au domicile de la poétesse Claire Laffay à Sceaux. La jeune femme était en France pour relire les jeux d’épreuves de son nouveau recueil de poésie, L’Autre écriture, publié par Dominique Bedou. Nohad et Marc reprirent leurs projets d’avenir, Nohad estimant que la vie au Liban était devenue trop dangereuse et isolée. Ils passèrent la fin de l’année à Beyrouth, où Marc écrivit Le Livre des amants dans des circonstances qu’il décrivit comme « la fin du monde et … la toute fin de moi-même », appelant ce livre une victoire sur la mort. Ce volume exprime l’état dans lequel se trouvait le poète, sa difficulté de supporter la réalité, son obsession de « chercher obstinément l’autre côté des choses ». Il se voyait comme « l’enfant inépuisable que j’hébergeais au plus profond de moi-même ».47 Le livre, publié à Beyrouth littéralement sous les bombes, fut couronné par le Grand Prix de Poésie de la Société des Poètes français, trente ans après le Prix Max Jacob.
Dans la préface de l’édition originale du Livre des amants, le poète écrivit à propos de son arrivée dans le port de Jounieh en décembre 1987 :
Et, dans le froid de cette aube de cristal, tandis que je franchissais sur le quai griffé de sel, une frontière semblable à l’au-delà, j’eus la révélation violente, fulgurante, du caractère à jamais indivisible, consubstantiel, du désir et du Verbe. L’amour fou s’identifiait au Graal ouvrant les issues de tous les labyrinthes de l’univers visible et invisible : clef permettant non de s’enfuir, mais de s’enfoncer profondément au cœur du dédale dans l’intention de s’y perdre sans retour.48
Le Livre des amants contient un des plus beaux poèmes d’amour jamais écrits :
Emmène-moi dans l’Écriture, à la source où naissent les mots :
là où jaillit toujours futur le langage en ses grandes eaux !Prends ma main, nous irons ensemble à l’ombre double des vocables
qui comme nous, prestes, vont l’amble en laissant leurs pas sur le sable.Ouvre la cage au point du jour et que s’évadent les paroles
afin qu’elles fassent l’amour, libres dans l’azur, en plein vol.J’habite un alphabet perdu, là-bas au sein d’un vieux poème
dans un livre qu’on ne lit plus… Viens me rejoindre si tu m’aimes.De chaque lettre de ton corps, je veux épouser les jambages,
les pleins et les déliés, l’essor de ta course aux boucles sauvages.Dans le passé si loin je suis. Quel scribe accroupi me tourmente ?
Les mots jetés au fond du puits prient des dieux de soif et d’acanthes.Laisse ma lèvre se lisser à tes syllabes aux longs cils,
regarde-moi te regarder à travers l’encre de l’exil.Je porte en moi des galaxies, la foudre de l’esprit, l’ivresse
de créer de ma voix l’Écrit, lézard en la poutre maîtresse.Combien d’espaces à venir mûrissent, grains lourds à la treille
dans la nuit unanime et nue où surgit la neuve étincelle ?Que ta langue enfin donne vie aux sons abstraits qui me composent
et que je sois stance éblouie à ta bouche, comme une rose.
Au printemps 1988, une autre rencontre suivit à Bassorah, lors de la Biennale internationale de poésie Al Marbad. En octobre 1988, Marc, qui attendait la finalisation de sa demande de divorce (ce qui fut fait au printemps 1989), se rendit à Beyrouth où Nohad était déchirée entre son amour (la symbiose amoureuse, littéraire et poétique avec Marc) qui impliquait un avenir en France (elle attendait la publication de L’Autre écriture), et son amour pour sa famille et son pays qui impliquait un avenir au Liban. Un an plus tard, le bombardement intense de Beyrouth mit sa vie en danger ; la vie quotidienne était devenue difficile, mais elle ne pouvait toujours pas prendre une décision.
Marc Alyn était alors très occupé: en mars 1989, il prépara une soirée poétique dans la crypte de l’Église de la Madeleine à Paris, un discours sur Robert Mallet, et un choix de poèmes pour une conférence sur le thème « La poésie d’amour de M. Alyn » au Musée du Vieux Montmartre. Il prévoyait également les Journées de poésie au château de Lascours et dactylographiait le manuscrit d’un recueil intitulé À la belle étoile, écrit à Beyrouth et qu’il prévoyait de présenter sous le pseudonyme de Philippe Brienne au jury du Prix Jeunesse, dont l’argent l’aiderait à installer sa nouvelle demeure qui deviendrait aussi celle de Nohad. Lors d’une des manifestations des intellectuels contre la guerre au Liban, le 4 avril, il demanda la citoyenneté libanaise par solidarité envers ce pays martyre. Son engagement vis-à-vis de Nohad était total. Il l’appelait « Pygmalion » et Nohad Salameh répondait : « toi, mon joueur d’orgue, dont les notes construisent et détruisent des cathédrales invisibles. »50 Et, après un nouveau séjour de Marc à Beyrouth, elle lui écrivit à la fin de novembre 1989 : « Je mange à la Marc, j’aime à la Marc, et je vis à la Marc. » Sa décision était enfin prise. Marc Alyn définit la nouvelle vie qui l’attendait dans la dernière lettre qu’il lui écrivit avant son départ :
Je t’ai tant attendue, traversant ma destinée comme un chat fataliste qui poursuit, non un but, mais un songe à la lisière du jour et de la nuit. Nous accédons à la divine maturité : la fleur n’est qu’un passage : il faut savoir attendre et atteindre le fruit. Ensemble, toi et moi, nous aurons franchi le fleuve de feu afin d’en resurgir initiés, capables de dépasser la finitude à force d’éternelles métamorphoses. Toute forme naît du plaisir, jamais du devoir. Je t’habillerai d’un tissu de fulgurances, et l’œuvre devant nous aura la rondeur de la pomme. Ici commencent les années de braise. Qui sont-ils, ces deux-là, revenus du royaume des ombres pour témoigner de la grandeur de vivre ? Je prends ta main et nous avançons sur le tremplin délectable au-dessus du vide. Ne crains pas de tomber.51
De sortir du Liban n’était possible que par bateau entre Jounieh et Larnaka, une route qui était devenue très précaire. Nohad Salameh dut se séparer de tous ses biens, meubles et livres. Elle détruisit un volume inachevé de poésie d’amour arabe et la plupart des articles qu’elle avait écrits pour Le Réveil depuis 1976 ; même l’appartement dans lequel elle avait emménagé dut être vendu sous les bombardements.
Le 13 juin 1989, Nohad Salameh atterrissait à l’aéroport d’Orly avec quelques valises dans lesquelles elle avait pu emporter dix livres. Marc et Nohad se marièrent le 4 janvier 1990 à la mairie du Quatrième Arrondissement à Paris.
La vie, la joie, poème de Marc Alyn, un couplet choral Français des écoles Adventistes de Kiserian.
« Le Temps Partagé, » 1990–2025
En 1990, Marc Alyn et Nohad Salameh commencèrent leur vie ensemble, qu’ils ont jalousement préservée des curieux. Si leurs parcours avant 1990 sont documentés dans plusieurs livres,52 les dernières trente-cinq années sont surtout connues à travers leur production poétique et leurs archives personnelles déposées à la bibliothèque Carnegie de Reims, dans la Collection Youssef Salameh au Centre patrimonial Phénix de l’Université Saint-Esprit de Kaslik, au Liban, et à la Bibliothèque de l’Arsenal.53 Pendant leur longue séparation, leurs poèmes se faisaient écho, profondément enracinés dans une unité d’esprit, de disposition et de sentiment. Jeunes mariés, ils ressentirent encore plus vivement la consubstantialité du Verbe et du Désir.
Cette conjugaison poétique n’empêcha cependant pas la continuation de leurs publications séparées : Nohad reçut le Prix Louise Labé en 1988 pour L’Autre écriture et publia onze des seize volumes de poésie qui composent son œuvre poétique. Elle reçut de nombreux prix littéraires, dont le Prix International de Poésie Léopold Sédar Senghor en 2020. L’anthologie de ses poèmes intitulée D’autres annonciations, poèmes 1980–2012, reçut le prix Paul Verlaine en 2013. Les activités de Marc ne ralentissaient pas : conférences, ateliers d’écriture dans les écoles, composition de Byblos, le premier livre des Alphabets du feu, écrit dans le nid d’amour de la rue de Lesdiguières qu’il avait si soigneusement préparé pour Salameh. Il appelait ce travail :
dans mon parcours littéraire un bond en avant décisif. Entre éblouissement, fascination et retour aux sources, j’entreprends une destruction concertée de l’Histoire à partir de l’évocation d’un lieu enseveli sous tant de passé que l’on ne sait par quel siècle le saisir. Cimetière de l’alphabet, ce coin de terre symbolise à mes yeux la matrice de la perpétuelle fécondation du Verbe par lui-même.54
Dès leur première rencontre à Beyrouth en 1972, Marc avait deviné l’âme sœur en Nohad, écrivant :
Entre Nohad et moi, quelque chose s’était ouvert à la façon la mer Rouge devant les Hébreux, juste le temps d’un flash, d’une étincelle, puis les eaux s’étaient refermées, ne nous laissant au cœur qu’un goût d’iode et de sel. Nous retrouverions plus tard cette saveur unique au fil de nos poèmes parallèles.55
La symbiose des thèmes entre les deux poètes mérite une étude approfondie, tout comme leur sens du sacré. Ils partageaient le même besoin de réfléchir au passage du temps, d’éveiller le lecteur, et le même amour pour les images éblouissantes, visionnaires ou incantatoires. Cela se voit dans les thèmes choisis par Nohad : l’importance du temps et du passé (Baalbek : les demeures sacrificielles, 2007 ; Passagère de la durée, 2010 ; Saïda/Sidon et Baalbek/Héliopolis, 2024), l’aspect visionnaire de la poésie (Chants de l’avant-songe, 1993), l’exil et l’errance perpétuelle (Jardin sans terre, 2024), et surtout ses livres dédiés aux femmes qui, à leur époque, étaient des modèles pour la libération des femmes (Le Livre de Lilith, 2016 ; Marcheuses au bord du gouffre, 2017 ; Les Éveilleuses, 2019). Marc et Nohad partageaient l’érotisme comme discipline spirituelle et existentielle.
Le cancer du larynx qui frappa Marc Alyn à partir de 1991 et qui le priva de voix pendant les six années suivantes, ne prit fin que lorsque le tube trachéal fut retiré en 2000. Cela ne l’empêcha pas de relire, à l’hôpital Bichat, les épreuves du Scribe errant en 1992, un recueil qui traite de l’écriture en temps de maladie ; la dépression montre « dans les six poèmes du Calvaire le symbole du Verbe crucifié, abandonné au début d’un Écrit déshérité. »56 Marc Alyn écrivit également deux ensembles poétiques sur sa maladie, Parole planète et Voix Off (ce dernier fait partie de l’État naissant). En 1994, il reçut le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres et le Grand Prix de l’Académie française. Et il créa la Société des Amis de Marc Alyn, qui dura cinq ans (1996–2001). Dès Infini au-delà, le poète préférait des unités poétiques relativement courtes qui étaient ensuite rassemblées en recueil, une technique qu’il avait développée dans ses recueils de poèmes pour enfants et qu’il choisit pour ses livres d’artiste, en particulier les quatre livres illustrés par Pierre Cayol qu’il écrivit dans les années 1990. Nohad Salameh écrivit elle aussi un court recueil de poèmes illustré par Cayol qui est sans doute le premier exemple de leur œuvre « commune. »57
La préoccupation de Marc Alyn pour le temps devint de plus en plus pressante au fil des années. Le temps est un faucon qui plonge, le titre de ses mémoires publiées en 2018, témoigne de l’accélération inexorable du temps tout au long de la vie. Faisant écho à la nostalgie exprimée depuis plus de deux mille ans par l’expression tempus fugit, le poète montre une volonté farouche de lutter contre le crépuscule de la vie.
Ce temps dont le décompte s’accélérait est devenu après 2000 un « temps partagé » avec Nohad, enrichi par l’amour du couple l’un pour l’autre et par leur amour pour l’art. Ainsi naquit leur coécriture. En 2001, un de leurs amis, Alain Benoit, qui dirigeait la maison d’édition Itinéraire dans le Gard, publia leur premier livre coécrit, Les miroirs byzantins. En 2024, leur second livre d’artiste composé de de cinq poèmes chacun et richement illustré par Bernard Alligand, les révèle comme complices dans la vie et le travail. L’œuvre illustre la tension entre le temps cosmique et terrestre, entre l’éphémère et l’éternel, et « transcende la perception linéaire du temps par un jeu de miroirs et de formes géométriques symbolisant la naissance et l’expansion de l’univers dans les couleurs contrastées du rouge et du noir parsemées d’étoiles argentées et dorées. »58Quand Marc dit « les heures déchiquetées rauquent le chant des herbes », Nohad parle de « la bouche qui saigne des poèmes ». Là où il parle du « temps éternel vers les rivages de l’enfance », elle répond : « le temps fuit côte à côte, sacoche sans fond, radeau de Méduse, vers les miracles. »
Le vagabond, celui qui veut sans relâche changer le rapport de ses lecteurs au monde, a une trajectoire de vie en marge des normes conventionnelles – prophète et survivant, humain trop humain. Sa vie démasque les défis de son époque et dit tout haut ce que les autres disent tout bas. Dénonçant la société moderne dans les aphorismes du Silentiaire, Marc Alyn définit son destin de poète comme déchiffreur insomniaque des secrets échanges entre l’alphabet sacré et l’alphabet profane. Il orna la poésie de mille parures, l’appelant impayable et impitoyable, » « le parloir des morts, », une maladie magnifique et douloureuse.59 Il surmonta cinq défis historiques : la Seconde Guerre mondiale, la guerre d’Algérie, la guerre du Liban, la guerre contre le cancer, et la guerre des trois dernières années de sa vie contre la dégénérescence maculaire. Il imaginait, dans un écrit récent, son ami défunt Pierre-André Benoit lui écrivant depuis sa maison de Rivières une lettre ou un poème « que nous déchiffrerons plus tard, quand nos yeux s’ouvriront définitivement. »60 Jour après jour, malgré son affaiblissement, il dictait ses poèmes et ses révisions à Nohad et composait cet été encore un nouveau volume qu’il appelait une « poésie ovale ».
Tel un personnage biblique, Marc Alyn a une destinée « ouverte ». Il n’arrivera peut-être pas « au cœur des choses », mais le tracé de son voyage est sûr :
Où nous allons, le temps rêve d’exister, de naître et de mourir
sans fin, en tumulte, avec les vagues et les vents.
Libérés des formes, nos gestes nous suivent : il faut
se serrer encore
pour leur faire place
sur l’arête sombre où nous oscillons
entre deux grappes de vertige.Où nous allons, la nuit sans rives s’effiloche
sa neige noire par d’anciennes lèvres
se glisse
jusqu’au muscle effacé qui continue de battre
et de se souvenir
dans ce qui fut sa cage.61
Cet article est une traduction/adaptation de l’article publié en ligne par la revue américaine World Literature Today, le 25 août 2025 et qui s’intitulait : Alice-Catherine Carls, “‘Whipped by the Angel’s Wings’: French Writer Marc Alyn at the Pinnacle of His Career,” https://worldliteraturetoday.org/blog/essay/whipped-angels-wings-french-writer-marc-alyn-pinnacle-his-career-alice-catherine-carls . Traduit par Alice-Catherine Carls avec la gracieuse permission de World Literature Today.
Une représentation radiophonique du poème de Marc Alyn, réalisée par Jean-Pierre Colas, diffusée dans l’émission “Les dossiers de la poésie”, le 13 novembre 1971, sur France Culture.
Photo de Une : photo d’archives du poète français Marc Alyn. Photo © DR.
Notes
2. Marc Alyn, entretien avec Alice-Catherine Carls, 9 juin 2025.
3. Robert Holkeboer, critique de Marc Alyn Infini au-delà, Books Abroad 47, n° 2 (printemps 1973) : 320. Les critiques américains universitaires d’Alyn, formés à la littérature française de l’entre-deux-guerres, ont totalement manqué le caractère révolutionnaire de sa poésie. Voir Francis J. Carmody, critique de Brûler le feu, Books Abroad 34, n° 2 (printemps 1960), 143. Ils semblaient plus intéressés par ses œuvres plus « académiques » comme La nouvelle poésie française et Mauriac. Holkeboer a soutenu sa thèse de doctorat, La poésie de Marc Alyn : introduction et traduction, à l’Université d’Ohio en 1971. Les articles de Holkeboer sur Marc Alyn dans le numéro d’été 1972 de Books Abroad comprend deux poèmes traduits en anglais. Sinon, les œuvres de Marc Alyn n’ont pas été traduites en anglais.
4. Gwen Garnier-Duguy, Le Scribe en marche. Lire Marc Alyn (La Rumeur Libre, 2025), 107.
5. Bernard Fournier a réalisé une analyse magistrale de la poétique de Marc Alyn dans L’imaginaire dans la poésie de Marc Alyn, 9.
6. Marc Alyn, entretien avec Alice-Catherine Carls, 9 juin 2025.
7. Cité dans Marc Alyn, Mémoires provisoires. Entretiens avec Marie Cayol (L’Harmattan, 2002), 139.
8. Cité dans Marie Cayol, Marc Alyn, 17.
9. Cité dans Marie Cayol, Marc Alyn, 25
10. Bernard Fournier, L’imaginaire, 222.
11. Marc Alyn, « La Nuit du labyrinthe, Chant IX ». Œuvres poétiques, 1:215.
12. Marc Alyn, Le Silentiaire. Œuvres poétiques, 2 :447.
13. Gwen Garnier-Duguy utilise six thèmes pour organiser son étude de l’œuvre de Marc Alyn : la nature, la nuit, le feu, la Parole, Venise et l’Orient. Garnier-Duguy, Le Scribe en marche, 9, 15, 24, 28, 33, 38. Les citations proviennent de Parole planète, citée dans le travail de Garnier-Duguy, 56–57.
14. MarcAlyn, Rien que vivre.
16 Martine Lafon, « Être à Uzès, »La nouvelle cigale uzégeoise, n° 24, décembre 2021, 18–19.
17. Marc Alyn, Le temps, 93. Les poèmes dédiés à T’ang Haywen portent le titreT’ang l’obscur et ont été publiés pour la première fois en 2019.
18. Marc Alyn, Le Piéton de Venise (Bartillat, 2005); Venise, démons et merveilles (Écriture, 2014).
19. Marc Alyn, Le temps, 80–81.
21. Cité dans Marie Cayol, Marc Alyn, 159.
22. Lawrence Durrell, Le grand suppositoire. Entretiens avec Marc Alyn (Pierre Belfond, 1972).
23. Imitant la formule d’un poète présentant un autre poète, la maison d’édition Les Vanneaux a publié en 2012 une étude sur Marc Alyn signée par André Ughetto. La liste des artistes et écrivains de la région du Gard est donnée dans Marie Cayol, Marc Alyn, 171.
24. Cité dans Marie Cayol, Marc Alyn, 149.
25. Marc Alyn, Le temps, 121–22.
26. Marc Alyn – Zvonimir Mrkonjic, Poésie croate d’aujourd’hui (Cahiers de la grive n° 1, vers 1970).
27. Le poste Facebook de la librairie À la Demi-Lune, 21 février 2024 ; Marc Alyn, Ma menthe, 85.
28. Cité dans Marie Cayol, Marc Alyn, 151.
29. Notes de Jean-Louis Meunier. E‑mail de Marie Cayol à Alice-Catherine Carls, 4 août 2025.
30. Martine Lafon, « Être à Uzès », 12–20.
31. Pour plus de détails sur ces initiatives culturelles, voir Marc Alyn, Le temps, en particulier le chapitre intitulé « Environs d’Uzès, géographie sentimentale. »
32. Marc Alyn, Le Temps, 121. Martine Lafon, dans « Être à Uzès », donne un récit très complet des années uzétiennes.
33. La citation provient du volume Byblos. Cité dans Marc Alyn, Le temps, 148. Dans Marie Cayol, Marc Alyn, le poète donne une version plus longue de cette strophe. Voir p. 163.
34. Marie Cayol cite longuement cette première expérience au Liban. Marc Alyn, 163–68. La citation provient de Marc Alyn, Ma menthe, 53.
35. Marc Alyn, Œuvres poétiques, 1:317–18.
36. Marc Alyn, Ma menthe, 78.
37. Marc Alyn, « Dans la magnanerie ». Œuvres poétiques, 1:321.
38. Marc Alyn, Ma menthe, 69, 72.
39. Marc Alyn, Ma menthe, 46.
40. Marc Alyn, Ma menthe, 26, 56.
41. Marc Alyn, Ma menthe, 23, 61.
44. Marc Alyn à Nohad Salameh, 13 et 18 décembre 1976. Ma menthe, 57, 61.
45. Marc Alyn, Nous, les chats, 1992; L’Ami des chats, 2008; Monsieur le chat, 2009; L’Arche enchantée, 1979; Compagnons de la marjolaine, 1989.
46. L’association a publié les Cahiers Marc Alyn entre 1996 et 2001. Le volume 5, publié en 2000, compte soixante-huit pages.
47. Marc Alyn, Le temps, 179, 182.
48. Marc Alyn, Œuvres complètes, 1:331.
49. Marc Alyn, « Les amants de Byblos ». Œuvres complètes, 1:339.
50. Marc Alyn, Ma menthe, 318. Voir aussi 337, 349–51, 372.
51. Marc Alyn, Ma menthe, 358. La destruction de ses manuscrits est mentionnée à la page 66.
52. La vie de couple de Nohad Salameh et de marc Alyn depuis leur mariage reste un mystère malgré la publication de leurs lettres d’amour, Ma menthe à l’aube mon amante, les mémoires d’Alyn, Le temps est un faucon qui plonge, et l’interview de Marie Cayol avec Marc Alyn dans Mémoires provisoires. Marie Cayol fut la première à énumérer les thèmes de la création d’Alyn sans dissocier travail et vie.
53. Les deux poètes ont également fait des dons à d’autres institutions. En 2014, son don de documents a créé la Collection Youssef Salameh au Liban, au Centre patrimonial Phénix de l’Université Saint-Esprit de Kaslik. Des manuscrits et documents d’Alyn relatifs à ses relations avec plusieurs institutions culturelles ont été donnés à la Bibliothèque de l’Arsenal en 2015. Les deux collections sont accessibles en ligne à la Bibliothèque Nationale de France sous le titre « Gallica/Marc Alyn ».
57. Marc Alyn, Grain d’ombre (1992), avec trois eaux-fortes ; Carnet d’éclairs (1994), avec trois eaux-fortes ; Les transparentes (1999), avec trois eaux-fortes enrichies d’aquarelle ; Le manuscrit de Roquemaure (2002) avec quatre gravures en linotype enrichies d’aquarelle. Nohad Salameh, L’oiseleur(2000), avec trois gravures en linotype enrichies d’aquarelle.
58. Le Temps partagé. Marc Alyn. Nohad Salameh. Bernard Alligand (Éditions d’art FMA, 2024).
59. Le Silentiaire. Oeuvres poétiques 2:439, 448, 453.
60. Cité dans Marie Cayol, Marc Alyn, 152.
61. Marc Alyn, « Où nous allons ». Œuvres complètes, 1:186.
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- Luca Ariano, Demeures de mémoire - 23 novembre 2025
- Przemysław Czapliński, La carte déplacée. L’imaginaire géographique et culturel des lettres polonaises au tournant des XXe et XXI siècles - 6 novembre 2025
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- La poésie de Christopher Okemwa - 15 septembre 2014
- La poésie d’Awiakta - 20 juillet 2014
- La poésie d’Awiakta - 29 juin 2014
- Poèmes de Marilou Awiakta choisis et traduits par Alice-Catherine Carls - 29 juin 2014













