La poésie est le rire du Verbe, son chant voluptueux, et ce rire ter­ri­fie la mort. Ain­si Marc Alyn tenait-il la mort à dis­tance. Né le 17 mars 1937, de san­té frag­ile étant enfant, le poète nous a quit­té le 7 décem­bre 2025. Sa qua­tre-vingt-huitième année fut annus mirabilis, annus mis­er­abilis : son nom est asso­cié pour tou­jours à la Société des Gens de Let­tres, et il dis­paraît à la fin d’une car­rière excep­tion­nelle­ment longue de qua­tre-vingt-huit ans d’écriture.

L’année 2025 com­mença avec la pub­li­ca­tion par la mai­son d’édition La Rumeur libre de ses œuvres poé­tiques en trois vol­umes total­isant près de 1 500 pages. Le 27 mars, pen­dant le Print­emps des Poètes à la Librairie des Batig­nolles de Paris, cet opus poé­tique était célébré par un con­cert de « Rêves secrets des tarots » orchestrés et chan­tés par Marie-Hélène Dupêch­er. Le 14 juin, à la Brasserie Lipp, boule­vard Saint-Ger­main, une mat­inée lit­téraire hon­o­rait la pub­li­ca­tion de l’é­tude de Gwen Gar­nier-Duguy sur son œuvre. Le 1er octo­bre, la Société des Gens de Let­tres nom­mait son prix prin­ci­pal de poésie le Grand Prix de Poésie Marc Alyn. Enfin, avant la fin de l’année, doit paraitre un recueil posthume. La rétro­spec­tive ci-dessous tente de ren­dre hon­neur à une vie extra­or­di­naire­ment riche et variée.

Lecture de/par Marc ALYN du poème LE TABLEAU SUPPLICIE. Extrait du livre d’artiste VENISE, L’IMAGE LA MAGIE. Recueil de 3 poèmes inédits de Marc Alyn enlu­minés des œuvres orig­i­nales de l’artiste pein­tre Bernard Alli­gand. Edi­tion orig­i­nale 2021 ©Edi­tions d’art FMA. 

L’importance de l’enfance

Tous les cri­tiques s’ac­cor­dent sur les vir­tu­osités lin­guis­tiques de Marc Alyn. Bernard Fournier par­le de « l’an­tithèse, des effets sonores, des allitéra­tions et des asso­nances, des rebondisse­ments à par­tir d’un mot, d’une image, et l’image pro­pre­ment dite qui bous­cule l’e­sprit et fait pro­gress­er le poème. »1 De telles tech­niques sont plus que de sim­ples straté­gies poé­tiques. Elles appar­ti­en­nent aux jeux lin­guis­tiques des comptines et des ron­des enfan­tines ; leur espiè­g­lerie est celle du début de la vie. La phrase de Carl Young — « ton enfant intérieur est ton âme » — cor­re­spond par­faite­ment à Marc Alyn.

L’en­fance du poète, racon­tée par lui-même lors d’une série d’in­ter­views avec Marie Cay­ol, qui fut la pre­mière à explor­er son œuvre, était rem­plie de jeux de mots, de jeux avec les mots. Cela com­mença par ses deux prénoms, Alain Marc, inspirés par l’in­fat­u­a­tion de sa mère pour le per­son­nage malé­fique de Fan­tomas créé par Mar­cel Alain, un nom dont le poète fit son nom de plume. Le riche ter­reau lit­téraire de sa ville natale de Reims con­tribua à sa maîtrise des mots tout autant que les orig­ines cham­p­enois­es et arde­nois­es de sa famille qui avait adop­té une con­science européenne dès la Pre­mière Guerre mon­di­ale, et que la pro­fes­sion de son père libraire. « La mai­son de mon père était con­stru­ite avec des livres qui dia­loguaient avec le ciel », se sou­vient Marc Alyn.

Le poète aimait dire qu’il était né dans les livres.2 La librairie de son père, lui-même  lecteur vorace, lui don­na accès à un vaste cor­pus d’œu­vres. Les mots dev­in­rent son foy­er, l’écri­t­ure sa pas­sion, la décou­verte son objec­tif dès sa plus petite enfance. Bernard Fournier a dis­cerné dans la poésie adulte de Marc Alyn les traces d’une var­iété éclec­tique d’écrivains et poètes. Certes, de sa volu­mineuse cul­ture livresque, Marc Alyn récoltait les phras­es, images et tech­niques qui réson­naient en lui, les util­isant tout au long de son œuvre et pro­duisant des effets sem­blables à ceux des seg­ments d’une boule à facettes dis­co. Il s’agit là d’une dis­til­la­tion de phras­es lit­téraires emblé­ma­tiques, de con­cepts et d’im­ages, ain­si que d’une pas­sion pour la com­préhen­sion de l’u­nivers, et non d’une par­o­die, comme l’a dit Robert Holke­boer dans sa recen­sion de Infi­ni au-delà.3 Dès le départ, Marc Alyn expri­ma le désir d’être « un mot, un trait d’u­nion ten­du vers le lieu qu’est le Poème, la seule mai­son à habiter pour l’Homme ontologique. »4

Ayant décon­stru­it la cul­ture-car­can et le lan­gage-prison, Alyn décon­stru­isit le temps et l’espace. Enfant, il était fasciné par le lever du soleil – la promesse du neuf et du renou­velé, nou­veau départ, nou­velle nais­sance. Plus tard, il décou­vrit les pays du Lev­ant, l’Al­gérie, Venise, la Yougoslavie, la Grèce et le Liban, se rep­longeant dans l’histoire des régions qu’à l’époque on nom­mait les pays de nais­sance de la civil­i­sa­tion. La réflex­ion sur l’écoulement du temps l’habita toute sa vie ; chaque voy­age physique était accom­pa­g­né de voy­ages dans le temps qui le rame­naient à l’his­toire anci­enne, notam­ment celle du monde méditer­ranéen ori­en­tal. Ce faisant, il décon­stru­i­sait le monde occi­den­tal mod­erne indus­tri­al­isé et matéri­al­iste pour mieux recon­stru­ire la rela­tion de l’homme à la nature. Cette entre­prise allait de pair avec la décon­struc­tion du temps linéaire ; en out­re, sa vision organique de la nature décon­stru­i­sait les théories post­mod­ernes et rame­nait la poésie à sa forme orig­i­nale — souf­fle, chant, per­for­mance par­lée. Cette dimen­sion icon­o­claste et cos­mique de son œuvre fut révo­lu­tion­naire et libéra la poésie de ses « con­ve­nances » des années avant que cela ne devi­enne à la mode.

Ayant lu dans sa jeunesse une grande var­iété de lit­téra­tures, Marc Alyn en pra­ti­quait plusieurs. Out­re l’art poé­tique tel que les oxy­mores, l’al­litéra­tion, l’as­so­nance, le con­tre­point, les images frap­pantes, les jeux de mots et les détours inat­ten­dus de la pen­sée d’un seul mot,5 il écrivait des poèmes en prose, des apho­rismes, des essais lit­téraires, des romans, des adap­ta­tions (et non des tra­duc­tions), des chroniques sur la poésie et sur l’art, des rap­ports admin­is­trat­ifs et édi­to­ri­aux, ses mémoires, et de la poésie pour enfants. Plusieurs de ses poèmes par­ti­c­ulière­ment ryth­més furent mis en musique.

Si l’on fai­sait une tapis­serie de son œuvre, on dis­cern­erait les fils de chaîne (les gen­res d’écri­t­ure) à tra­vers les formes et les couleurs for­mées par la trame (les dif­férentes œuvres au fil du temps et leurs thèmes). On dis­cern­erait ain­si la dis­ci­pline et la struc­ture unique de l’œuvre qu’il accom­plis­sait en tant qu’écrivain, poète, organ­isa­teur d’événe­ments et de fes­ti­vals artis­tiques et lit­téraires, fon­da­teur de nom­breuses revues et asso­ci­a­tions de poésie, con­férenci­er, édi­teur de recueils de poésie, et surtout décou­vreur de talents.

Très tôt, Marc Alyn conçut la réal­ité comme une illu­sion sus­cep­ti­ble d’être trans­for­mée mag­ique­ment par l’imag­i­na­tion. Des arcs-en-ciel de son enfance, il dis­ait que « le soleil pleu­vait ». Sa pre­mière expéri­ence de la poésie fut celle d’avant la cul­ture et d’avant la lec­ture. « Nous nais­sons sur­réal­istes », dis­ait-il, affir­mant par là que la poésie existe avant sa nor­mal­i­sa­tion et sa cod­i­fi­ca­tion à tra­vers les pro­grammes sco­laires.6 Une autre expéri­ence pré­coce qui façon­na sa réac­tion à la réal­ité — et peut-être aus­si cer­tains mécan­ismes de défense — fut son expéri­ence de la faim, de la peur, de l’ex­il et de la mort durant les années noires de la Sec­onde Guerre mon­di­ale qui le mar­qua profondément.

L’en­fance forme ain­si la matrice des grands thèmes poé­tiques de Marc Alyn : l’é­va­sion répétée dans le rêve et l’imag­i­na­tion, la fugac­ité de toutes choses, la vig­i­lance visuelle con­stante (l’oeil), un sens aigu du temps, et un amour de la nuit, peut-être né lors des raids aériens qu’il pas­sait à l’abri dans les caves de cham­pagne. Ain­si la définit-il : « ce lieu de toutes les peurs, le sanc­tu­aire des mon­stres, des métaphores, des mer­veilles, menait les obser­va­teurs, les éveil­lés mys­tiques ou poé­tiques pris dans le tis­su de l’Ab­solu vers le cœur des choses. »7 La nuit lui fut une clé de réflex­ion dès l’enfance.

Le besoin d’un cocon, d’une cachette, était aus­si un élé­ment impor­tant de son être des son enfance et le res­ta toute sa vie. Évo­quant son pre­mier sou­venir, il déclara :

J’habite en songe une mai­son de poupée meublée de tables de jeux, de sofas, de miroirs minus­cules. Des livres tapis­sent les murs mais cha­cun est une porte close. Par les fenêtres, par­fois, un rossig­nol glisse son bec. Quand il pleut, les ardois­es du toit chantent ter­ri­ble­ment, puis le soleil va dénich­er chaque objet jusqu’aux coins les plus reculés, fourchette à escar­gots vidant une coquille. Et ces petits tableaux sur les murs où sont peintes d’im­menses scènes de bataille en réduc­tion! Les géants passent là-bas sans rien voir, nég­ligeant heureuse­ment cet univers de papil­lon.8

La mort était égale­ment très présente, empris­on­nant le temps :

Toutes les pho­togra­phies sont des cimetières de papi­er glacé… Enfant soli­taire en proie de l’imag­i­naire, j’eus très tôt la révéla­tion de l’u­ni­ver­sal­ité dévo­rante du tré­pas… La mort s’avérait inépuis­able, mais non point sans saveurs dis­simulées sous l’amertume de la pilule qu’il faudrait avaler tôt ou tard… Des rosiers incur­ables guet­taient notre venue afin de nous agress­er. Ce muse­au der­rière la vit­re au cré­pus­cule, qui était-ce ? La mor­sure / la mort sûre ? Les mots crois­saient en moi comme des champignons, ajoutant le jeu à la ter­reur sans mod­ér­er l’ébriété. Partout reten­tis­sait la rumeur menaçante du temps : tic-tac du compte à rebours pro­gram­mé au sein de chaque exis­tence, infer­nale machine à retarde­ment dans un cof­fre-fort sans clef.9

Con­scient du rôle du poète comme lien entre la réal­ité et l’imag­i­na­tion, fasciné par l’im­men­sité du lan­gage, pris dans une quête de poésie absolue, et sous la pres­sion du temps-métronome, le poète adulte évolua en per­tur­ba­teur des choses. Croy­ant en la pos­si­bil­ité éter­nelle de renais­sance et de nou­veaux départs, il remet­tait cent fois sur le méti­er son ouvrage avec un cœur d’en­fant et la patience d’un tis­serand. Bernard Fournier com­pare la dou­ble nature de ses paroles à un she­ol de par­adis arti­fi­ciels, soit un lieu neu­tre d’om­bres et de silences sub­mergé par l’af­flux de nou­veaux mots.10 L’obsession de Marc Alyn pour la dual­ité créa­tion / destruc­tion l’a­me­nait à vivre chaque nou­veau départ comme l’œu­vre à détru­ire, un feu à brûler. Ain­si créait-il une boucle fermée :

Peut-être, dit le scribe, n’est-il qu’un seul mot mal fixé
dans le labyrinthe d’une phrase immense,
boulever­sant le sens du livre
par son errance
entre les lignes ?
Comme ces vers minuscules
qui émer­gent par­fois des pro­fondeurs de la page
dévo­rant l’e­sprit avec la fibre.
je l’imag­ine ain­si : mot par­a­site condamné
à sub­sis­ter dans la marge
en dépit d’un car­nage de syl­labes.11

Le Scribe reçoit des images qui ont la fragilité des visions mys­tiques, con­fir­mant la pri­mor­dial­ité de l’image chez Marc Alyn. Le jeu de mots « magie-image » dit tout : « Le plus sou­vent, l’im­age n’é­tait qu’un tis­su de mirages criblé de déchirures ; mais à tra­vers celles-ci fil­trait, de loin en loin, la sauvage splen­deur du monde que l’œil des pro­fondeurs — presque éteint à force d’être seul — rece­vait en incan­des­cence, hostie solaire ou miel de l’Hymette. »12 Le sur­réal­isme est l’é­tat naturel de la vision. Avec le feu, la nuit et la nature nour­ris­sent le poète en quête de son foy­er poé­tique et marchant sans cesse vers cet « ailleurs » où il se reposera enfin. La poésie était « l’ét­in­celle qui ravive l’âme », « un dis­cours illu­mi­nant le soleil ».13

Lec­ture de/par Marc ALYN du poème L’ASIE DEBARQUE. Extrait du livre d’artiste VENISE, L’IMAGE LA MAGIE. Recueil de 3 poèmes inédits de Marc Alyn enlu­minés des œuvres orig­i­nales de l’artiste pein­tre Bernard Alli­gand. Edi­tion orig­i­nale 2021 ©Edi­tions d’art FMA.

Débuts poétiques, 1954–1962

À qua­torze ans, Marc Alyn créa la revue lit­téraire Terre de Feu à Reims ; en 1954, les Cahiers de Rochefort pub­lièrent sa pre­mière brochure, Rien que vivre : poèmes, un recueil de onze pages qu’il dédia à Alain Bosquet.14 Par­mi ses con­tacts rémois fig­u­rait Roger Cail­lois, avec qui il entretint une ami­tié tout au long de sa vie. Quelques années plus tard, le jour de son vingtième anniver­saire, il rem­por­ta le prix Max Jacob en 1957 avec son pre­mier recueil poé­tique, Le Temps des autres. Un recueil de poèmes en prose suiv­it presque immé­di­ate­ment, Cru­els diver­tisse­ments (1957). Les deux vol­umes eurent un large succès.

Instal­lé à Paris en 1957, Marc Alyn fut immé­di­ate­ment accep­té par une pres­tigieuse coterie lit­téraire : Elsa Tri­o­let, Alain Bosquet, Robert Sabati­er, Tris­tan Tzara, Jean Cocteau, Pierre Emmanuel, Anne Hébert, Angèle Van­nier. Avec l’impulsivité de la jeunesse, Marc Alyn répon­dit à Bruno Durocher, poète polon­ais et sur­vivant des camps de la mort, qui lui mur­mu­rait à l’or­eille « J’ai ren­con­tré Dieu ! » par un « Com­ment va-t-il ? » qui lui val­ut d’être aus­sitôt engagé comme secré­taire des Edi­tions Car­ac­tères, fondées par Bruno Durocher.15

Sa vie lit­téraire parisi­enne venait à peine de com­mencer lorsque la guerre inter­vint dans sa vie pour la deux­ième fois. Il fut appelé sous les dra­peaux et servit trente mois. Il en pas­sa tout d’abord plusieurs à appren­dre les pre­miers sec­ours médi­caux et servit de secré­taire au min­istère de la Guerre à Paris. Pen­dant cette péri­ode, ses poèmes étaient enreg­istrés par  Jean-Louis Trintig­nant et chan­tés par Serge Reg­giani dans une nou­velle col­lec­tion créée par Pierre Seghers.16 En Algérie, où il fut déployé peu après le déclenche­ment de la guerre, il fut d’abord ambu­lanci­er avant de retourn­er à Alger comme jour­nal­iste pour le jour­nal mil­i­taire Bled, où, en com­pag­nie de plusieurs jeunes auteurs, il fit ses pre­mières armes dans le jour­nal­isme. Refu­sant de faire la chronique de la guerre, il écrivait exclu­sive­ment sur des ques­tions cul­turelles, pub­liant les chan­sons paci­fistes de Boris Vian et les siennes. C’est en Algérie qu’il décou­vrit la poésie arabe, son pre­mier voy­age intel­lectuel vers l’Orient. Lors d’une per­mis­sion de trois jours à Paris en 1959, il épousa Jacque­line-Claude Hamel, pein­tre et illus­tra­trice (con­nue sous le pseu­do­nyme Claude Arge­li­er) et signa des exem­plaires de son nou­veau livre, Brûler le feu.

Soumis à la dis­so­ci­a­tion psy­chologique et cul­turelle de la guerre, Marc Alyn parvint néan­moins à ne pas inter­rompre sa car­rière lit­téraire. Avant la fin de 1960, Seghers pub­lia son étude sur François Mau­ri­ac, son men­tor et fidèle ami, dans la col­lec­tion Poètes d’au­jour­d’hui. Après sa démo­bil­i­sa­tion, Marc et Claude s’in­stal­lèrent au onz­ième étage d’une tour HLM dans la nou­velle ban­lieue d’Aubervil­liers, où le père de Paul Elu­ard, mag­nat de l’im­mo­bili­er, avait con­fié à son fils la nomen­cla­ture des rues. Dans ses mémoires, Marc Alyn nota avec jubi­la­tion que cet exil dans une ban­lieue « abor­d­able » était large­ment com­pen­sé par la présence d’un pan­théon sur­réal­iste à chaque coin de rue, y com­pris un « bar Baudelaire ».

Peu après, Ray­mond Audy, avec qui il avait servi en Algérie, lui fit faire la con­nais­sance de T’ang Hay­wen, un pein­tre né en Chine avec qui il noua une ami­tié durable et sur l’œu­vre duquel il écriv­it un recueil entier de poèmes, le qual­i­fi­ant de « cal­ligraphe de l’in­vis­i­ble » et l’appelant un grand artiste chi­nois moderne :

Voyageur immo­bile, T’ang se tenait aux aguets du vis­i­ble tel l’in­secte qui adopte la couleur et la forme de son envi­ron­nement, pas­sant inaperçu par souci de sauve­g­arder son irré­ductible sin­gu­lar­ité. Art de lisières, de con­fins, ter­ri­toire frontal­ier livrant une vue impren­able sur l’au-delà. Scribe en lévi­ta­tion cour­bé sur ses couleurs, ses pinceaux et ses songes, Hay­wen cap­turait le ciel à tra­vers le piège de ses cils. D’abord fig­u­ratif, il évoluera peu à peu vers une abstrac­tion favorisant, non la chose, mais son ombre, sans nier la lumière : ain­si sur­giront ces lagunes du bout du monde où, sous la tor­sion des vents marins, trem­blent de noirs roseaux.17

En 1961, Pierre Seghers l’envoya en Slovénie, qui était à l’époque une république yougoslave, pour pré­par­er ce qui allait devenir la toute pre­mière présen­ta­tion française d’une lit­téra­ture de l’autre Europe, une Antholo­gie de la poésie slovène (1962). Le poète relate dans ses mémoires son émer­veille­ment devant le paysage et la cul­ture slovène. Ce pre­mier voy­age éveil­la sa pas­sion pour Venise, où il devait séjourn­er trente fois au cours de sa vie et sur laque­lle il écriv­it deux livres.18 Ce voy­age lui fit égale­ment décou­vrir les Bogomiles, qui dev­in­rent pour lui une nou­velle porte vers l’Ori­ent. Enfin, pour la pre­mière fois, le poète se fit tra­duc­teur. Entouré d’une équipe de pro­fes­sion­nels slovènes qui lui four­nis­saient une tra­duc­tion ini­tiale et lit­térale, il créa

une for­mu­la­tion française en har­monie avec l’at­mo­sphère pro­pre à chaque poète et à chaque texte. La musique de la phrase slovène (Stend­hal n’assurait-il pas « leur langue est un chant ») me précé­dait, me guidait de ses vibra­tions mys­térieuses là où l’air des cîmes se frayait un chemin. Ce plaisir ini­tial prélu­dait aux com­pli­ca­tions de la prosodie, aux nuances, à la dif­fi­culté sou­vent insur­montable de mari­er les syn­tax­es dans l’e­spoir d’aboutir – non à une imi­ta­tion servile et vaine – mais à un poème nou­veau gar­dant la trace de ses orig­ines.19

Pour couron­ner ces activ­ités étour­dis­santes, Alyn pub­lia son troisième recueil poé­tique, Les Délé­biles, en 1962.

« Fouetté par les ailes de l’ange » : Les années uzétiennes, 1963–1972

En 1963, Marc Alyn était devenu un maître jon­gleur en écri­t­ure, cri­tique, analyse, édi­tion et surtout organ­i­sa­tion d’as­so­ci­a­tions et d’événe­ments. Ses écrits com­pre­naient, dans un jeu démi­urgique avec les mots, des poèmes, des poèmes en prose, des essais (l’œu­vre par laque­lle on décou­vre sa pro­pre langue) et des poèmes pour enfants. Sa soif d’ac­com­plisse­ment était soutenue par l’én­ergie débor­dante de la jeunesse, mais venait peut-être aus­si d’un désir de tromper le temps et de forcer le monde à entr­er dans son Verbe. Il avait besoin péri­odique­ment d’une cachette, un échap­pa­toire qu’il pra­ti­quait depuis l’en­fance « dès que la réal­ité me ser­rait de trop près ».20 Sans jamais rompre ses attach­es sociales et affec­tives, le poète pou­vait exis­ter simul­tané­ment dans plusieurs réal­ités. Après la vie à Reims/Paris et la vie entre Paris/Reims/Algérie vint la vie à Uzès/Paris/Reims/Slovénie. Ses années uzé­ti­ennes, con­traire­ment à ce que la cri­tique parisi­enne nous ressasse, ne furent nulle­ment un exode. Il quit­ta le  monde lit­téraire  de Paris (qu’il qual­i­fi­ait de nid de vipères) pour un « exil mer­veilleux ».21 Les Alyn firent par­tie d’un mou­ve­ment de décen­tral­i­sa­tion cul­turelle qu’éclairait, à trois cents kilo­mètres de là, Saint-Paul de Vence, où des artistes et écrivains tels que Jacques Prévert, Marc Cha­gall, James Bald­win et Witold Gom­brow­icz trou­vaient foy­er, inspi­ra­tion et cama­raderie ; la Fon­da­tion Maeght, inau­gurée en 1964, l’in­dus­trie ciné­matographique nais­sante et le Fes­ti­val de Cannes com­mençaient à trans­former le sud-est de la France.

Le jeune cou­ple démé­nagea en 1963 [Alyn dans ses mémoires indique 1964] en Occ­i­tanie, près de la ville romaine d’Uzès, non loin du Pont du Gard et d’Av­i­gnon, au cœur du pays huguenot. La loi Mal­raux de 1962 pour la pro­tec­tion des sites cul­turels men­acés facili­ta un renou­velle­ment urbain qui fit revivre le passé glo­rieux de la ville et son impor­tance économique comme cen­tre de séri­cul­ture. La pro­priété du jeune cou­ple, le mas des poiri­ers, était une vieille ferme délabrée mais roman­tique, située au bord de la gar­rigue, avec des ciels noc­turnes ren­dus célèbres au XVI­Ie siè­cle par Jean Racine qui, durant ses six mois à Uzès, déclara que les nuits y étaient plus belles que les jours parisiens. Out­re André Gide, qui pas­sa ses vacances jusqu’en 1893 chez son père a Uzès, la région pos­sé­dait un riche passé lit­téraire, des trou­ba­dours à Jean Paul­han et bien d’autres que le paysage extra­or­di­naire cap­ti­vait. Le départe­ment du Gard et la Haute Provence en général étaient des lieux fréquen­tés par une mul­ti­tude de fig­ures lit­téraires et artis­tiques et comp­taient sans doute le plus grand nom­bre de maisons d’édi­tion de toute la France. 

Dans ce lieu que Mau­rice Bar­rès appelait « le pays de l’Écri­t­ure, » Marc Alyn trou­va un calme provin­cial qui lui rap­pelait peut-être sa jeunesse rémoi­se. La pre­mière décen­nie au mas fut une péri­ode fer­tile pen­dant laque­lle il trou­va l’au-delà infi­ni et ouvrit son oeil imag­i­naire. Il s’ancra rapi­de­ment à Uzès tout en étant « ailleurs » en même temps. Cela lui per­me­t­tait de pren­dre un nou­veau départ et d’équar­rir sa présence sur la scène lit­téraire, notam­ment en tant que décou­vreur de tal­ents, créa­teur de rassem­ble­ments et asso­ci­a­tions cul­turelles, admin­is­tra­teur, édi­teur et cri­tique. Uzès fut la matrice de ses prochaines grandes œuvres.

Marc Alyn restait extrême­ment occupé et était loin d’être oublié par Paris. En effet, le nom­bre de per­son­nes qui con­tin­u­aient à soutenir son œuvre de loin et leur impor­tance dans la lit­téra­ture française est stupé­fi­ant. François Mau­ri­ac res­ta son prin­ci­pal men­tor et lui ouvrit les colonnes du Figaro. Marc Alyn se lia d’ami­tié avec de nom­breux artistes et écrivains locaux dont Pierre-André Benoit, le pein­tre Pierre Cay­ol et son épouse Marie, elle-même poète, sans oubli­er la mar­quise de Crus­sol d’Uzès qui soute­nait les auteurs et artistes. Il avait des amis par­mi des mérid­ionaux d’adoption comme François Nourissier, Mario Pressi­nos, ou Lawrence Dur­rell qui col­lab­o­rait à des émis­sions de radio avec lui et pub­lia un livre de ses « dia­logues » avec lui.22 Enfin, il fréquen­tait des per­son­nal­ités lit­téraires qui fai­saient le pont entre le Gard et Paris, comme Pierre Seghers, Jean Paul­han, René Char, Georges Braque, Pierre Emmanuel et Jean Hugo. Tous vis­i­taient le mas des poiri­ers envoisins.23 Les dîn­ers et soirées lit­téraires y rassem­blaient une bril­lante com­pag­nie. Il y eut de glo­rieuses années d’ex­po­si­tions et de lec­tures de poésie dans toute la région, jusqu’à Thonon, Annemasse, Manosque et Nîmes.24

Marc Alyn ter­mi­na son roman auto­bi­ographique Le Déplace­ment après avoir emmé­nagé dans une mai­son de rêve que les réno­va­tions trans­for­maient en lourd fardeau financier. Un sty­lo dans une main et une pelle dans l’autre, il écoutait les émis­sions radio de France-Cul­ture afin d’en­voy­er des rap­ports que George-Emmanuel Clanci­er, secré­taire général français pour la pro­gram­ma­tion à la radio et à la télévi­sion, lui avait demandé d’écrire. Soutenu par François Mau­ri­ac et pub­lié par Flam­mar­i­on en 1964, le suc­cès du Déplace­ment ame­na Le Figaro à con­fi­er à son auteur ses rap­ports heb­do­madaires sur la poésie, un poste que Marc Alyn occu­pa de 1964 à 1978. En 1966, Flam­mar­i­on lui pro­posa de créer une nou­velle col­lec­tion de poésie qu’il dirigea jusqu’en 1970, pub­liant tant de poètes français et étrangers que Robert Sabati­er déclara Poésie/Flammarion la « pre­mière » col­lec­tion de poésie en France. En 1968, Marc Alyn pub­li­ait Nuit majeure, couron­né par le Prix inter­na­tion­al Camille Engel­mann en 1971. Il dis­po­sait alors d’un véri­ta­ble cab­i­net d’écri­t­ure dans la magnanerie :

Dans une pièce pavée de lourds car­reaux de terre cuite, au pre­mier étage d’un bâti­ment voué jadis à l’élevage des vers à soie, je m’étais amé­nagé un nid, une cachette sem­blable au refuge où la pie entasse son butin. Les livres m’en­touraient, sen­tinelles vig­i­lantes et sub­tiles. Je pos­sé­dais là mon bal­con esti­val avec vue sur le verg­er d’E­den : pruniers aux fruits bleus, poiri­ers aux branch­es enchevêtrées et jusqu’à un palmi­er au tronc recou­vert d’une bourre rougeâtre. En ce lieu où naguère un peu­ple de bom­byx, nour­ri de feuilles de mûri­er blanc, élab­o­rait la soie avant d’être étouf­fé au cœur de la chrysalide à l’instant de la méta­mor­phose en papil­lon, j’écrivais ou m’envolais en de vastes lec­tures. Poésie, his­toire, reli­gion, kabbale—aucune forme de savoir ne me rebu­tait… J’é­tais sûr qu’une porte se dis­sim­u­lait dans l’épaisseur de la muraille, der­rière les livres rangés en colonnes ser­rées sur les planch­es de la bib­lio­thèque. Hôte de la mag­naner­ie, je dévidais le fil translu­cide d’une phrase cousue dans le silence.25

Con­tin­u­ant sur sa lancée slovène, Marc Alyn pro­posa à Pierre Seghers, pour sa col­lec­tion « Poètes d’au­jour­d’hui », un vol­ume sur une fig­ure majeure de la poésie mod­erniste européenne, le poète Srečko Kosov­el (1904–1926), qu’on venait tout juste de pub­li­er pour la pre­mière fois en Slovénie. Sobre­ment inti­t­ulé Kosov­el, le vol­ume fut pub­lié en 1965, et une fois de plus, l’adap­ta­tion par Marc Alyn des poèmes de Kosov­el con­nut un suc­cès édi­to­r­i­al. Un sec­ond vol­ume de poésie slovène, Antholo­gie de la poésie slovène, fut pub­lié en 1971. Cela pous­sa Alyn à faire plusieurs voy­ages en Slovénie puis en Croat­ie et à s’im­merg­er davan­tage dans la cul­ture de cette « porte de l’Ori­ent ». Il choisit une mai­son d’édi­tion rémoi­se pour pub­li­er un recueil de poésie croate en col­lab­o­ra­tion avec le tra­duc­teur et cri­tique lit­téraire croate Zvon­imir Mrkon­jić, et pub­lia d’autres poèmes dans les Cahiers de la grive, une revue fondée en 1928 à Charleville et célèbre pour avoir pub­lié Rim­baud.26

Il résul­ta de l’in­térêt de Marc Alyn pour la poésie mod­erniste slovène une entre­prise de grande ampleur. En mars 1969, il créa avec son épouse l’As­so­ci­a­tion Cul­turelle Actuelles Formes et Lan­gages, spé­ciale­ment conçue pour accom­pa­g­n­er une impres­sion­nante expo­si­tion de pein­tures d’artistes français con­tem­po­rains au Cen­tre cul­turel français de Ljubl­jana. Peu après, il signa une présen­ta­tion du tra­vail de leur ami PAB [Pierre-André Benoit], orig­i­naire d’Alès, pour un livre d’artiste pub­lié par le Cen­tre cul­turel français de Ljubl­jana.27 Il répé­ta cet exploit au print­emps 1977 avec une expo­si­tion PAB à l’In­sti­tut cul­turel français de Rome.28 Puis, le Club Actuelles Formes et Lan­gages était créé, suivi en août 1978 par une ini­tia­tive appelée Action poé­tique audio­vi­suelle.29 Marc Alyn savait ren­dre la poésie vivante par de telles man­i­fes­ta­tions. Il aimait d’ailleurs lire la poésie a voie haute, ce qu’il fai­sait admirable­ment bien.

Une troisième œuvre sur la poésie slovène, Nota Bene, cimen­ta sa répu­ta­tion d’écrivain ouvert sur le monde. Cela coïn­ci­da avec les pre­mières soirées/débats lit­téraires aux­quels il invi­tait des amis et des voisins, d’abord au mas, puis à Uzès même, avec la par­tic­i­pa­tion de nom­breux édi­teurs, poètes et artistes de renom­mée inter­na­tionale que pub­li­aient les édi­tions Actuelles Formes et Lan­gages. Ain­si, il enrichis­sait la vie cul­turelle locale et était le pio­nnier d’une for­mule qui met­tait en rap­port auteurs, artistes, et musi­ciens.30 À l’in­star du planteur d’ar­bres de Giono, Alyn créait sans relâche des mag­a­zines lit­téraires, des asso­ci­a­tions et des ren­con­tres, sur­veil­lant leur ger­mi­na­tion et leur flo­rai­son. Il se lia d’ami­tié avec Robert Morel, un édi­teur établi au Jas du Revest Saint-Mar­tin qui pub­lia sa Nou­velle poésie française en 1968. Il écriv­it un livre inti­t­ulé L’Oiseau-Ora­cle, pub­lié à Uzès en 1971 avec des illus­tra­tions de Claude Arge­li­er. Le livre par­lait de la chou­ette locale, l’effraie, à qui Alyn devait dédi­er de nom­breux poèmes par la suite. La plu­part de ces livres étaient des ouvrages de bib­lio­philie ou des livres d’artiste. Pub­liés en très petits nom­bres, allant de dix à cent exem­plaires, ils sont aujour­d’hui pra­tique­ment introuvables.

Les années uzé­ti­ennes furent vécues pleine­ment. Même si Marc Alyn sen­tait que sa rage d’amour et sa pas­sion pour l’il­lu­mi­na­tion n’é­taient pas encore assou­vies,31 il pub­lia deux grands vol­umes poé­tiques durant cette péri­ode, Nuit majeure (1968) et Infi­ni au-delà (1972), ce dernier rece­vant le Prix Apol­li­naire. En fait, la cita­tion de Jean Giono choisie par Marc Alyn pour accom­pa­g­n­er ses sou­venirs des années passées à Uzès dit tout : « Bien­heureux ceux qui marchent dans le fou­et­te­ment furieux des ailes de l’ange. »32

Vaste futur · Serge Reg­giani lit Marc Alyn.

Liban et amour, 1972–1976

Bien­tôt, d’autres voy­ages inter­na­tionaux suivirent. Après Venise, la Slovénie, la Croat­ie et la Grèce vint le Liban. Au début des années 1970, Marc Alyn con­nais­sait bien la scène cul­turelle fran­coph­o­ne libanaise, et il avait enten­du par­ler du célèbre fes­ti­val inter­na­tion­al de théâtre de Baal­beck. Son tra­vail en tant que cri­tique de poésie pour Le Figaro lui avait apporté un cour­ri­er volu­mineux et noué de nou­velles ami­tiés, dont Hec­tor Klat qui l’in­vi­ta à don­ner une série de con­férences au Liban avec une expo­si­tion à Bey­routh sur le vol­ume Poèmes-objets que Marc Alyn avait réal­isé avec Claude Arge­li­er et dans lequel ils avaient inté­gré art et texte. Le cou­ple débar­qua à Bey­routh avec leur livre et Infi­ni au-delà. Marc Alyn y ren­con­tra une belle jeune femme aux cheveux noirs venue l’interviewer. Elle lui rap­pela les fig­ures hiéra­tiques de Ravenne appelées pro­tec­tri­ces des images, et il la décriv­it plus tard comme « femme-amphore lourde de glycines de men­the / sec­onde de ma vie qu’emplit à peine l’infini / forêt que j’ai tenue en ma main comme un nid. »33 C’é­tait Nohad Salameh.

Nohad Salameh était issue d’une famille libanaise dis­tin­guée. Fille du poète Youssef Fadl Allah Salameh, elle avait gran­di à Baal­beck dans un milieu fran­coph­o­ne cul­tivé et dans un envi­ron­nement mul­ti­lingue et mul­ti­cul­turel. Elle avait un attache­ment pro­fond pour les racines mul­ti­eth­niques du Liban et pour son passé. Elle tra­vail­lait comme jour­nal­iste cul­turelle pour le jour­nal Le Réveil, écrivait de la poésie et com­po­sait avec son père des antholo­gies de poésie d’amour arabe. Elle était une jeune femme libérée au meilleur sens du terme, prô­nant l’é­panouisse­ment d’une femme dans sa car­rière comme dans sa vie personnelle.

Lors de ce pre­mier voy­age, Marc Alyn visi­ta de nom­breux sites, notam­ment Byb­los, où il devint le « voyageur du sur­na­turel » et « le guéris­seur des mots » des­tiné à « raviv­er la nécro­p­ole des mots ». Par la suite, il décriv­it ce voy­age comme une « illu­mi­na­tion ini­ti­a­tique », un pas vers l’in­con­nu. Il con­fia à Nohad Salameh plusieurs années plus tard que ses amis ne le recon­nurent pas à son retour en France : « Un déclic s’était pro­duit dans les pro­fondeurs, quelque chose comme un coup d’aile div­ina­teur. »34

Qua­tre ans plus tard, en 1976 [dans ses mémoires, Marc Alyn dit 1975], il revit Nohad Salameh lors d’une con­férence lit­téraire à Bag­dad ; à la fin de l’au­tomne, elle fut invitée à Uzès. Marc Alyn était devenu son con­seiller édi­to­r­i­al. Elle lui envoy­ait ses poèmes man­u­scrits. Il les tapait à la machine et l’ap­pelait « mon écol­ière », « ma Bérénice ». Lors du bref séjour de la jeune femme à Uzès, Marc Alyn com­posa le pre­mier poème du recueil Douze poèmes de l’été, où perce l’im­pact qu’elle avait eu sur lui :

J’é­tais la forme en creux de moi-même, l’empreinte
de quelqu’un d’oublié qui se sou­ve­nait d’être
de loin en loin, ain­si que la feuille fossile
dans le char­bon revit en rêve la forêt…

Vint l’été. Un d’oiseau d’écume sur mon poing
à midi s’est posé, dénouant de son bec
chaque doigt un à un. Tel un fau­con qui plonge,
vint l’été me cern­er de sa sphère parfaite.

Criblé d’ ombre, de neige au plus haut du soleil,
fer­mé comme de l’é­corce et lisse comme l’aile,
libre en l’ extrême exil, je fus, le temps d’un livre,
le ver­tige qui bat aux tem­pes de l’été.35

Peu après, Nohad Salameh et Marc Alyn se déclarèrent leur amour. Le poète attribua à la jeune femme d’avoir ravivé son goût d’écrire, déclarant :

En un mois seule­ment, j’ai rédigé un recueil de poésies pour enfants, traduit des textes de Jure Caste­lan (un grand poète croate con­tem­po­rain), et mis en point le man­u­scrit d’un ouvrage inédit : Dic­tio­n­naire des voy­ages qui avait traîné dans mes sous-vête­ments pen­dant des années… Ajoute à cela une cor­re­spon­dance impor­tante, les cor­rec­tions des épreuves de plusieurs numéros de revues, et tu auras une idée de l’am­pleur de ce tra­vail. Demain, je com­mence la rédac­tion du chapitre sur Mau­ri­ac pour l’hom­mage col­lec­tif Génies et réal­ité pub­lié par Hachette ; j’ai qua­tre jours devant moi pour refon­dre un texte d’une trentaine de pages…36

Son œuvre con­tin­u­ait à assem­bler « les mille fils / de ce songe du lan­gage : l’analo­gie / où le sens et le son trem­blent et en s’épousant fris­son­nent ».37 Nohad Salameh étant tou­jours à Paris pour quelques mois, ils dis­cutèrent de leur rela­tion – dif­fi­cile entre deux poètes. À la fin de l’an­née, ils avaient pris leur déci­sion : ils seraient ensem­ble pour la vie… Juste avant le départ de Nohad Salameh pour le Liban au début de 1977, Marc Alyn lui écriv­it, « nos noms s’inscrivent désor­mais sous la forme d’un mot unique, tous jam­bages emmêlés dans l’i­talique de la des­tinée. » Tous deux, dis­ait-il, s’étaient don­né nais­sance mutuelle­ment et leurs réac­tions étaient sym­bi­o­tiques. Et il encour­agea Nohad Salameh à être « le fil bon con­duc­teur de mon énergie issue des cen­trales nucléaires du Verbe. C’est une magie blanche pareille à la houille écumante des riv­ières, la force motrice du cos­mos ». Cela sig­nifi­ait de nou­veaux départs où le présent oscil­lait désor­mais du plus infime au plus vaste, rap­pelant la danse nucléaire des atom­es vers l’in­fi­ni.38

En dis­ant, « Vers quelle fusion fab­uleuse allons-nous ? Nos routes se croisent au cen­tre de nos mains, et tu dou­bles ma vie tan­dis que j’al­longe démesuré­ment ta ligne de chance »39 Marc Alyn s’at­tela à tout pré­par­er pour que leur vie ensem­ble soit « un fes­tin et non le tis­su de prob­lèmes tris­te­ment répéti­tifs ». Après avoir demandé une dernière fois : « Avons-nous une vie à partager ensem­ble ? », il lui con­fia qu’il voulait « déblay­er le max­i­mum de choses afin de repren­dre ensuite la rédac­tion d’un grand livre. »40 Tous les vol­umes suiv­ant cette déci­sion furent dédiés à Salameh qui avait ravivé sa pas­sion pour l’écri­t­ure et pour la vie.

Cet inter­lude amoureux fut suivi d’an­nées som­bres, qu’ils com­parèrent tous deux à une ini­ti­a­tion mys­tique. La guerre du Liban les sépara pen­dant dix ans, sans nou­velles l’un de l’autre.

L’attente, 1977–1987

Si Marc Alyn avait tra­vail­lé dur pour attein­dre un min­i­mum de con­fort au mas des poiri­ers, sa vie à Uzès perdit son attrait après sa ren­con­tre avec Nohad Salameh. Il qual­i­fia le mas de « trou mau­dit » où il vivait « comme un mort », « une prison à la cam­pagne ».41 Certes, la dis­tance et le coût rendaient dif­fi­ciles les déplace­ments vers Paris, mais une agi­ta­tion renou­velée et un désir de fuite gran­dis­saient en lui. Pour­tant, il res­ta occupé en Provence avec toutes sortes d’écrits. Lawrence Dur­rell avait perçu la trans­for­ma­tion de son écri­t­ure : « Chez Marc Alyn, qui est égale­ment un splen­dide cri­tique, on trou­ve les lignes évi­dentes d’une grande per­son­nal­ité qui est en train de se for­mer, sans hâte. On sent qu’on peut compter sur lui, qu’il arrivera au som­met de son art. »42

Bien­tôt, la tragédie frap­pa. Il perdit ses par­ents en 1979 :

Orphe­lin à un âge où il est plus courant d’être père, j’eus l’im­pres­sion de béné­fici­er sur le tard d’une ral­longe d’enfance. J’éprou­vai tout à coup un tel besoin de fraîcheur, d’in­no­cence, que jail­lirent spon­tané­ment de moi – sur­gies de quelles nappes oubliées ? — quan­tité de ces fab­ulettes, chante­fa­bles ou chante­mus­es (ain­si les désig­nait Robert Desnos) des­tinées à un très jeune pub­lic non encore con­t­a­m­iné par l’e­sprit cartésien et le culte de la déesse Rai­son. En ces années où la haute écri­t­ure se dérobait avec des cris aigus et d’ai­gres bat­te­ments d’ailes, je fis le choix de renaître au sein d’un art naïf issu des comptines, berceuses et for­mulettes de la mémoire col­lec­tive et qui, en défini­tive, a pour mis­sion d’aigu­is­er l’e­sprit et d’af­fûter la per­cep­tion du lan­gage. Mes recueils L’Arche enchan­tée, Com­pagnons de la mar­jo­laine et À la belle étoile, sans oubli­er Nous, les chats, furent les fruits de ce print­emps tardif ; je leur dois le bon­heur sin­guli­er d’être présent dans les pro­grammes sco­laires : appris par cœur, réc­ité, mis en musique et chan­té depuis des dizaines d’années… Ain­si accède-t-on à la dig­nité ambiguë de clas­sique : auteur étudié dans les class­es, tout à la fois fam­i­li­er et anonyme.43

Com­pos­er un livre pour enfants n’était pas chose sim­ple pour Marc Alyn qui voulait dépass­er la poésie « bébête » et dévelop­pa un genre « dont la sim­plic­ité appar­ente cache des mécan­ismes com­plex­es ». Tous les recueils de poèmes pour enfants écrits entre 1979 et 1989 furent pub­liés en tirages mod­estes par des maisons d’édi­tion du Gard. Ils étaient lus et enseignés dans des cours de lit­téra­ture, lui procu­rant un nou­veau pub­lic.44 Une autre ini­tia­tive en dehors de ses com­po­si­tions poé­tiques fut une série de livres sur les chats dont le pre­mier fut écrit à Uzès. Ce fut peut-être la seule fois où il s’ap­procha le plus des press­es com­mer­ciales. Il aimait l’idée de percer sur un nou­veau marché lit­téraire qui lui offrait la per­spec­tive d’une récom­pense finan­cière dont il avait bien besoin. Aimant les chats depuis son enfance, il avait à Uzès une chat­te nom­mée Isis qui lui inspi­ra son pre­mier livre. Illus­tré par Claude Arge­li­er, il fut pub­lié à Uzès en 1986. Au total, il écriv­it trois livres sur les chats. Les deux suiv­ants furent pub­liés après son retour à Paris ; le troisième et dernier, Mon­sieur le chat (2009), reçut le vingt-sep­tième Prix des 30 Mil­lions d’Amis.45 Son sous-titre « Pour les enfants de sept à soix­ante-dix-sept ans », est tout à la fois ludique et pré­moni­toire, car il cor­re­spond presque à la longueur de sa car­rière poétique.

Juste avant de quit­ter Uzès pour Paris en 1987, Marc Alyn créa les « Journées de la Poésie » au château de Las­cours, à Laudun, près de l’an­ci­enne ville romaine d’O­r­ange, une entre­prise qu’il devait diriger pen­dant les sept années suiv­antes sous le nom d’A­cadémie Las­cours. Cette ini­tia­tive fut suiv­ie en 1995 par la bib­lio­thèque médi­a­tique Marc Alyn à Roque­mau­re, dans le cadre des activ­ités de l’As­so­ci­a­tion des Amis de Marc Alyn, sur le thème de la poésie et des arts visuels.46

En 1987, Alyn avait atteint « le mitan de ma vie. » Il esti­mait que ce qu’il avait pub­lié n’é­tait qu’un prélude à de futures œuvres. Uzès le « ser­rait trop fort » ; Paris devint la nou­velle cachette. Il par­la de sa joie à « revivre sa ving­taine » et à flân­er de la Bastille à Saint Paul avant de rejoin­dre sa cham­bre de ser­vice rue de Les­digu­ières. Il quit­ta défini­tive­ment Uzès au print­emps 1987. En octo­bre de la même année, il ren­con­tra de façon tout à fait imprévue Nohad Salameh au domi­cile de la poétesse Claire Laf­fay à Sceaux. La jeune femme était en France pour relire les jeux d’épreuves de son nou­veau recueil de poésie, L’Autre écri­t­ure, pub­lié par Dominique Bedou. Nohad et Marc reprirent leurs pro­jets d’avenir, Nohad esti­mant que la vie au Liban était dev­enue trop dan­gereuse et isolée. Ils passèrent la fin de l’année à Bey­routh, où Marc écriv­it Le Livre des amants dans des cir­con­stances qu’il décriv­it comme « la fin du monde et … la toute fin de moi-même », appelant ce livre une vic­toire sur la mort. Ce vol­ume exprime l’é­tat dans lequel se trou­vait le poète, sa dif­fi­culté de sup­port­er la réal­ité, son obses­sion de « chercher obstiné­ment l’autre côté des choses ». Il se voy­ait comme « l’en­fant inépuis­able que j’hébergeais au plus pro­fond de moi-même ».47 Le livre, pub­lié à Bey­routh lit­térale­ment sous les bombes, fut couron­né par le Grand Prix de Poésie de la Société des Poètes français, trente ans après le Prix Max Jacob.

Dans la pré­face de l’édi­tion orig­i­nale du Livre des amants, le poète écriv­it à pro­pos de son arrivée dans le port de Jounieh en décem­bre 1987 :

Et, dans le froid de cette aube de cristal, tan­dis que je fran­chis­sais sur le quai grif­fé de sel, une fron­tière sem­blable à l’au-delà, j’eus la révéla­tion vio­lente, ful­gu­rante, du car­ac­tère à jamais indi­vis­i­ble, con­sub­stantiel, du désir et du Verbe. L’amour fou s’i­den­ti­fi­ait au Graal ouvrant les issues de tous les labyrinthes de l’u­nivers vis­i­ble et invis­i­ble : clef per­me­t­tant non de s’enfuir, mais de s’enfoncer pro­fondé­ment au cœur du dédale dans l’in­ten­tion de s’y per­dre sans retour.48

Le Livre des amants con­tient un des plus beaux poèmes d’amour jamais écrits :

Emmène-moi dans l’Écri­t­ure, à la source où nais­sent les mots :
là où jail­lit tou­jours futur le lan­gage en ses grandes eaux !

Prends ma main, nous irons ensem­ble à l’om­bre dou­ble des vocables
qui comme nous, prestes, vont l’amble en lais­sant leurs pas sur le sable.

Ouvre la cage au point du jour et que s’évadent les paroles
afin qu’elles fassent l’amour, libres dans l’azur, en plein vol.

J’habite un alpha­bet per­du, là-bas au sein d’un vieux poème
dans un livre qu’on ne lit plus… Viens me rejoin­dre si tu m’aimes.

De chaque let­tre de ton corps, je veux épouser les jambages,
les pleins et les déliés, l’essor de ta course aux boucles sauvages.

Dans le passé si loin je suis. Quel scribe accroupi me tourmente ?
Les mots jetés au fond du puits prient des dieux de soif et d’acanthes.

Laisse ma lèvre se liss­er à tes syl­labes aux longs cils,
regarde-moi te regarder à tra­vers l’en­cre de l’exil.

Je porte en moi des galax­ies, la foudre de l’e­sprit, l’ivresse
de créer de ma voix l’Écrit, lézard en la poutre maîtresse.

Com­bi­en d’e­spaces à venir mûris­sent, grains lourds à la treille
dans la nuit unanime et nue où sur­git la neuve étincelle ?

Que ta langue enfin donne vie aux sons abstraits qui me composent
et que je sois stance éblouie à ta bouche, comme une rose.

Au print­emps 1988, une autre ren­con­tre suiv­it à Bas­so­rah, lors de la Bien­nale inter­na­tionale de poésie Al Mar­bad. En octo­bre 1988, Marc, qui attendait la final­i­sa­tion de sa demande de divorce (ce qui fut fait au print­emps 1989), se ren­dit à Bey­routh où Nohad était déchirée entre son amour (la sym­biose amoureuse, lit­téraire et poé­tique avec Marc) qui impli­quait un avenir en France (elle attendait la pub­li­ca­tion de L’Autre écri­t­ure), et son amour pour sa famille et son pays qui impli­quait un avenir au Liban. Un an plus tard, le bom­barde­ment intense de Bey­routh mit sa vie en dan­ger ; la vie quo­ti­di­enne était dev­enue dif­fi­cile, mais elle ne pou­vait tou­jours pas pren­dre une décision.

Marc Alyn était alors très occupé: en mars 1989, il pré­para une soirée poé­tique dans la crypte de l’Église de la Madeleine à Paris, un dis­cours sur Robert Mal­let, et un choix de poèmes pour une con­férence sur le thème « La poésie d’amour de M. Alyn » au Musée du Vieux Mont­martre. Il prévoy­ait égale­ment les Journées de poésie au château de Las­cours et dacty­lo­graphi­ait le man­u­scrit d’un recueil inti­t­ulé À la belle étoile, écrit à Bey­routh et qu’il prévoy­ait de présen­ter sous le pseu­do­nyme de Philippe Bri­enne au jury du Prix Jeunesse, dont l’ar­gent l’aiderait à installer sa nou­velle demeure qui deviendrait aus­si celle de Nohad. Lors d’une des man­i­fes­ta­tions des intel­lectuels con­tre la guerre au Liban, le 4 avril, il deman­da la citoyen­neté libanaise par sol­i­dar­ité envers ce pays mar­tyre. Son engage­ment vis-à-vis de Nohad était total. Il l’ap­pelait « Pyg­malion » et Nohad Salameh répondait : « toi, mon joueur d’orgue, dont les notes con­stru­isent et détru­isent des cathé­drales invis­i­bles. »50  Et, après un nou­veau séjour de Marc à Bey­routh, elle lui écriv­it à la fin de novem­bre 1989 : « Je mange à la Marc, j’aime à la Marc, et je vis à la Marc. » Sa déci­sion était enfin prise. Marc Alyn définit la nou­velle vie qui l’at­tendait dans la dernière let­tre qu’il lui écriv­it avant son départ :

Je t’ai tant atten­due, tra­ver­sant ma des­tinée comme un chat fatal­iste qui pour­suit, non un but, mais un songe à la lisière du jour et de la nuit. Nous accé­dons à la divine matu­rité : la fleur n’est qu’un pas­sage : il faut savoir atten­dre et attein­dre le fruit. Ensem­ble, toi et moi, nous aurons franchi le fleuve de feu afin d’en resur­gir ini­tiés, capa­bles de dépass­er la fini­tude à force d’éternelles méta­mor­phoses. Toute forme naît du plaisir, jamais du devoir. Je t’habillerai d’un tis­su de ful­gu­rances, et l’œuvre devant nous aura la ron­deur de la pomme. Ici com­men­cent les années de braise. Qui sont-ils, ces deux-là, revenus du roy­aume des ombres pour témoign­er de la grandeur de vivre ? Je prends ta main et nous avançons sur le trem­plin délec­table au-dessus du vide. Ne crains pas de tomber.51

De sor­tir du Liban n’était pos­si­ble que par bateau entre Jounieh et Lar­na­ka, une route qui était dev­enue très pré­caire. Nohad Salameh dut se sépar­er de tous ses biens, meubles et livres. Elle détru­isit un vol­ume inachevé de poésie d’amour arabe et la plu­part des arti­cles qu’elle avait écrits pour Le Réveil depuis 1976 ; même l’ap­parte­ment dans lequel elle avait emmé­nagé dut être ven­du sous les bombardements.

Le 13 juin 1989, Nohad Salameh atter­ris­sait à l’aéro­port d’Or­ly avec quelques valis­es dans lesquelles elle avait pu emporter dix livres. Marc et Nohad se mar­ièrent le 4 jan­vi­er 1990 à la mairie du Qua­trième Arrondisse­ment à Paris.

La vie, la joie, poème de Marc Alyn, un cou­plet choral Français des écoles Adven­tistes de Kiserian.

« Le Temps Partagé, » 1990–2025

En 1990, Marc Alyn et Nohad Salameh com­mencèrent leur vie ensem­ble, qu’ils ont jalouse­ment préservée des curieux. Si leurs par­cours avant 1990 sont doc­u­men­tés dans plusieurs livres,52 les dernières trente-cinq années sont surtout con­nues à tra­vers leur pro­duc­tion poé­tique et leurs archives per­son­nelles déposées à la bib­lio­thèque Carnegie de Reims, dans la Col­lec­tion Youssef Salameh au Cen­tre pat­ri­mo­ni­al Phénix de l’U­ni­ver­sité Saint-Esprit de Kaslik, au Liban, et à la Bib­lio­thèque de l’Arse­nal.53 Pen­dant leur longue sépa­ra­tion, leurs poèmes se fai­saient écho, pro­fondé­ment enrac­inés dans une unité d’e­sprit, de dis­po­si­tion et de sen­ti­ment. Jeunes mar­iés, ils ressen­tirent encore plus vive­ment la con­sub­stan­tial­ité du Verbe et du Désir.

Cette con­ju­gai­son poé­tique n’empêcha cepen­dant pas la con­tin­u­a­tion de leurs pub­li­ca­tions séparées : Nohad reçut le Prix Louise Labé en 1988 pour L’Autre écri­t­ure et pub­lia onze des seize vol­umes de poésie qui com­posent son œuvre poé­tique. Elle reçut de nom­breux prix lit­téraires, dont le Prix Inter­na­tion­al de Poésie Léopold Sédar Sen­g­hor en 2020. L’anthologie de ses poèmes inti­t­ulée D’autres annon­ci­a­tions, poèmes 1980–2012, reçut le prix Paul Ver­laine en 2013. Les activ­ités de Marc ne ralen­tis­saient pas : con­férences, ate­liers d’écri­t­ure dans les écoles, com­po­si­tion de Byb­los, le pre­mier livre des Alpha­bets du feu, écrit dans le nid d’amour de la rue de Les­digu­ières qu’il avait si soigneuse­ment pré­paré pour Salameh. Il appelait ce travail :

dans mon par­cours lit­téraire un bond en avant décisif. Entre éblouisse­ment, fas­ci­na­tion et retour aux sources, j’en­tre­prends une destruc­tion con­certée de l’His­toire à par­tir de l’évo­ca­tion d’un lieu enseveli sous tant de passé que l’on ne sait par quel siè­cle le saisir. Cimetière de l’al­pha­bet, ce coin de terre sym­bol­ise à mes yeux la matrice de la per­pétuelle fécon­da­tion du Verbe par lui-même.54

Dès leur pre­mière ren­con­tre à Bey­routh en 1972, Marc avait dev­iné l’âme sœur en Nohad, écrivant :

Entre Nohad et moi, quelque chose s’é­tait ouvert à la façon  la mer Rouge devant les Hébreux, juste le temps d’un flash, d’une étin­celle, puis les eaux s’étaient refer­mées, ne nous lais­sant au cœur qu’un goût d’iode et de sel. Nous retrou­ve­ri­ons plus tard cette saveur unique au fil de nos poèmes par­al­lèles.55

La sym­biose des thèmes entre les deux poètes mérite une étude appro­fondie, tout comme leur sens du sacré. Ils partageaient le même besoin de réfléchir au pas­sage du temps, d’éveiller le lecteur, et le même amour pour les images éblouis­santes, vision­naires ou incan­ta­toires. Cela se voit dans les thèmes choi­sis par Nohad : l’im­por­tance du temps et du passé (Baal­bek : les demeures sac­ri­fi­cielles, 2007 ; Pas­sagère de la durée, 2010 ; Saïda/Sidon et Baalbek/Héliopolis, 2024), l’aspect vision­naire de la poésie (Chants de l’a­vant-songe, 1993), l’ex­il et l’er­rance per­pétuelle (Jardin sans terre, 2024), et surtout ses livres dédiés aux femmes qui, à leur époque, étaient des mod­èles pour la libéra­tion des femmes (Le Livre de Lilith, 2016 ; Marcheuses au bord du gouf­fre, 2017 ; Les Éveilleuses, 2019). Marc et Nohad partageaient l’éro­tisme comme dis­ci­pline spir­ituelle et existentielle.

Le can­cer du lar­ynx qui frap­pa Marc Alyn à par­tir de 1991 et qui le pri­va de voix pen­dant les six années suiv­antes, ne prit fin que lorsque le tube tra­chéal fut retiré en 2000. Cela ne l’empêcha pas de relire, à l’hôpi­tal Bichat, les épreuves du Scribe errant en 1992, un recueil qui traite de l’écri­t­ure en temps de mal­adie ; la dépres­sion mon­tre « dans les six poèmes du Cal­vaire le sym­bole du Verbe cru­ci­fié, aban­don­né au début d’un Écrit déshérité. »56 Marc Alyn écriv­it égale­ment deux ensem­bles poé­tiques sur sa mal­adie, Parole planète et Voix Off (ce dernier fait par­tie de l’É­tat nais­sant). En 1994, il reçut le Grand Prix de la Société des Gens de Let­tres et le Grand Prix de l’A­cadémie française. Et il créa la Société des Amis de Marc Alyn, qui dura cinq ans (1996–2001). Dès Infi­ni au-delà, le poète préférait des unités poé­tiques rel­a­tive­ment cour­tes qui étaient ensuite rassem­blées en recueil, une tech­nique qu’il avait dévelop­pée dans ses recueils de poèmes pour enfants et qu’il choisit pour ses livres d’artiste, en par­ti­c­uli­er les qua­tre livres illus­trés par Pierre Cay­ol qu’il écriv­it dans les années 1990. Nohad Salameh écriv­it elle aus­si un court recueil de poèmes illus­tré par Cay­ol qui est sans doute le pre­mier exem­ple de leur œuvre « com­mune. »57

La préoc­cu­pa­tion de Marc Alyn pour le temps devint de plus en plus pres­sante au fil des années. Le temps est un fau­con qui plonge, le titre de ses mémoires pub­liées en 2018, témoigne de l’ac­céléra­tion inex­orable du temps tout au long de la vie. Faisant écho à la nos­tal­gie exprimée depuis plus de deux mille ans par l’expression tem­pus fugit, le poète mon­tre une volon­té farouche de lut­ter con­tre le cré­pus­cule de la vie.

Ce temps dont le décompte s’accélérait est devenu après 2000 un « temps partagé » avec Nohad, enrichi par l’amour du cou­ple l’un pour l’autre et par leur amour pour l’art. Ain­si naquit leur coécri­t­ure. En 2001, un de leurs amis, Alain Benoit, qui dirigeait la mai­son d’édi­tion Itinéraire dans le Gard, pub­lia leur pre­mier livre coécrit, Les miroirs byzan­tins. En 2024, leur sec­ond livre d’artiste com­posé de de cinq poèmes cha­cun et riche­ment illus­tré par Bernard Alli­gand, les révèle comme com­plices dans la vie et le tra­vail. L’œu­vre illus­tre la ten­sion entre le temps cos­mique et ter­restre, entre l’éphémère et l’éter­nel, et « tran­scende la per­cep­tion linéaire du temps par un jeu de miroirs et de formes géométriques sym­bol­isant la nais­sance et l’ex­pan­sion de l’u­nivers dans les couleurs con­trastées du rouge et du noir parsemées d’é­toiles argen­tées et dorées. »58Quand Marc dit « les heures déchi­quetées rauquent le chant des herbes », Nohad par­le de « la bouche qui saigne des poèmes ». Là où il par­le du « temps éter­nel vers les rivages de l’en­fance », elle répond : « le temps fuit côte à côte, sacoche sans fond, radeau de Méduse, vers les miracles. »

 Le vagabond, celui qui veut sans relâche chang­er le rap­port de ses lecteurs au monde, a une tra­jec­toire de vie en marge des normes con­ven­tion­nelles – prophète et sur­vivant, humain trop humain. Sa vie démasque les défis de son époque et dit tout haut ce que les autres dis­ent tout bas. Dénonçant la société mod­erne dans les apho­rismes du Silen­ti­aire, Marc Alyn définit son des­tin de poète comme déchiffreur insom­ni­aque des secrets échanges entre l’alphabet sacré et l’alphabet pro­fane. Il orna la poésie de mille parures, l’appelant impayable et impi­toy­able, » « le par­loir des morts, », une mal­adie mag­nifique et douloureuse.59 Il sur­mon­ta cinq défis his­toriques : la Sec­onde Guerre mon­di­ale, la guerre d’Al­gérie, la guerre du Liban, la guerre con­tre le can­cer, et la guerre des trois dernières années de sa vie con­tre la dégénéres­cence mac­u­laire. Il imag­i­nait, dans un écrit récent, son ami défunt Pierre-André Benoit lui écrivant depuis sa mai­son de Riv­ières une let­tre ou un poème « que nous déchiffrerons plus tard, quand nos yeux s’ou­vriront défini­tive­ment. »60 Jour après jour, mal­gré son affaib­lisse­ment, il dic­tait ses poèmes et ses révi­sions à Nohad et com­po­sait cet été encore un nou­veau vol­ume qu’il appelait une « poésie ovale ».

Tel un per­son­nage biblique, Marc Alyn a une des­tinée « ouverte ». Il n’ar­rivera peut-être pas « au cœur des choses », mais le tracé de son voy­age est sûr :

Où nous allons, le temps rêve d’ex­is­ter, de naître et de mourir
sans fin, en tumulte, avec les vagues et les vents.
Libérés des formes, nos gestes nous suiv­ent : il faut
se ser­rer encore
pour leur faire place
sur l’arête som­bre où nous oscillons
entre deux grappes de vertige.

Où nous allons, la nuit sans rives s’effiloche
sa neige noire par d’anciennes lèvres
se glisse
jusqu’au mus­cle effacé qui con­tin­ue de battre
et de se souvenir
dans ce qui fut sa cage.61

Cet arti­cle est une traduction/adaptation de l’article pub­lié en ligne par la revue améri­caine World Lit­er­a­ture Today, le 25 août 2025 et qui s’intitulait : Alice-Cather­ine Carls, “‘Whipped by the Angel’s Wings’: French Writer Marc Alyn at the Pin­na­cle of His Career,” https://worldliteraturetoday.org/blog/essay/whipped-angels-wings-french-writer-marc-alyn-pinnacle-his-career-alice-catherine-carls  . Traduit par Alice-Cather­ine Carls avec la gra­cieuse per­mis­sion de World Lit­er­a­ture Today.

Une représen­ta­tion radio­phonique du poème de Marc Alyn, réal­isée par Jean-Pierre Colas, dif­fusée dans l’émis­sion “Les dossiers de la poésie”, le 13 novem­bre 1971, sur France Culture.

Pho­to de Une : photo d’archives du poète français Marc Alyn. Pho­to © DR.

Notes

  1. Bernard Fournier, L’Imag­i­naire dans la poésie de Marc Alyn(L’Har­mat­tan, 2004), 9.

2. Marc Alyn, entre­tien avec Alice-Cather­ine Carls, 9 juin 2025.

3. Robert Holke­boer, cri­tique de Marc Alyn Infi­ni au-delà, Books Abroad 47, n° 2 (print­emps 1973) : 320. Les cri­tiques améri­cains uni­ver­si­taires d’A­lyn, for­més à la lit­téra­ture française de l’en­tre-deux-guer­res, ont totale­ment man­qué le car­ac­tère révo­lu­tion­naire de sa poésie. Voir Fran­cis J. Car­mody, cri­tique de Brûler le feu, Books Abroad 34, n° 2 (print­emps 1960), 143. Ils sem­blaient plus intéressés par ses œuvres plus « académiques » comme La nou­velle poésie française et Mau­ri­ac. Holke­boer a soutenu sa thèse de doc­tor­at, La poésie de Marc Alyn : intro­duc­tion et tra­duc­tion, à l’U­ni­ver­sité d’O­hio en 1971. Les arti­cles de Holke­boer sur Marc Alyn dans le numéro d’été 1972 de Books Abroad com­prend deux poèmes  traduits en anglais. Sinon, les œuvres de Marc Alyn n’ont pas été traduites en anglais.

4. Gwen Gar­nier-Duguy, Le Scribe en marche. Lire Marc Alyn (La Rumeur Libre, 2025), 107.

5. Bernard Fournier a réal­isé une analyse magis­trale de la poé­tique de Marc Alyn dans L’imag­i­naire dans la poésie de Marc Alyn, 9.

6. Marc Alyn, entre­tien avec Alice-Cather­ine Carls, 9 juin 2025.

7. Cité dans Marc Alyn, Mémoires pro­vi­soires. Entre­tiens avec Marie Cay­ol (L’Har­mat­tan, 2002), 139.

8. Cité dans Marie Cay­ol, Marc Alyn, 17.

9. Cité dans Marie Cay­ol, Marc Alyn, 25

10. Bernard Fournier, L’imag­i­naire, 222.

11. Marc Alyn, « La Nuit du labyrinthe, Chant IX ». Œuvres poé­tiques, 1:215.

12. Marc Alyn, Le Silen­ti­aire. Œuvres poé­tiques, 2 :447.

13. Gwen Gar­nier-Duguy utilise six thèmes pour organ­is­er son étude de l’œu­vre de Marc Alyn : la nature, la nuit, le feu, la Parole, Venise et l’Ori­ent. Gar­nier-Duguy, Le Scribe en marche, 9, 15, 24, 28, 33, 38. Les cita­tions provi­en­nent de Parole planète, citée dans le tra­vail de Gar­nier-Duguy, 56–57.

14. Mar­cA­lyn, Rien que vivre.

15 Marc Alyn, Le temps, 48.

16 Mar­tine Lafon, « Être à Uzès, »La nou­velle cigale uzé­geoise, n° 24, décem­bre 2021, 18–19.

17. Marc Alyn, Le temps, 93. Les poèmes dédiés à T’ang Hay­wen por­tent le titreT’ang l’ob­scur et ont été pub­liés pour la pre­mière fois en 2019.

18. Marc Alyn, Le Pié­ton de Venise (Bar­tillat, 2005); Venise, démons et mer­veilles (Écri­t­ure, 2014).

19. Marc Alyn, Le temps, 80–81.

20. Marc Alyn, Le temps, 174.

21. Cité dans Marie Cay­ol, Marc Alyn, 159.

22. Lawrence Dur­rell, Le grand sup­pos­i­toire. Entre­tiens avec Marc Alyn (Pierre Bel­fond, 1972).

23. Imi­tant la for­mule d’un poète présen­tant un autre poète, la mai­son d’édi­tion Les Van­neaux a pub­lié en 2012 une étude sur Marc Alyn signée par André Ughet­to. La liste des artistes et écrivains de la région du Gard est don­née dans   Marie Cay­ol, Marc Alyn, 171.

24. Cité dans Marie Cay­ol, Marc Alyn, 149.

25. Marc Alyn, Le temps, 121–22.

26. Marc Alyn – Zvon­imir Mrkon­jic, Poésie croate d’au­jour­d’hui (Cahiers de la grive n° 1, vers 1970).

27. Le poste Face­book de la librairie À la Demi-Lune, 21 févri­er 2024 ; Marc Alyn, Ma men­the, 85.

28. Cité dans Marie Cay­ol, Marc Alyn, 151.

29. Notes de Jean-Louis Meu­nier. E‑mail de Marie Cay­ol à Alice-Cather­ine Carls, 4 août 2025.

30. Mar­tine Lafon, « Être à Uzès », 12–20.

31. Pour plus de détails sur ces ini­tia­tives cul­turelles, voir Marc Alyn, Le temps, en par­ti­c­uli­er le chapitre inti­t­ulé « Envi­rons d’Uzès, géo­gra­phie sentimentale. »

32. Marc Alyn, Le Temps, 121. Mar­tine Lafon, dans « Être à Uzès », donne un réc­it très com­plet des années uzétiennes.

33. La cita­tion provient du vol­ume Byb­los. Cité dans Marc Alyn, Le temps, 148. Dans Marie Cay­ol, Marc Alyn, le poète donne une ver­sion plus longue de cette stro­phe. Voir p. 163.

34. Marie Cay­ol cite longue­ment cette pre­mière expéri­ence au Liban. Marc Alyn, 163–68. La cita­tion provient de Marc Alyn, Ma men­the, 53.

35. Marc Alyn, Œuvres poé­tiques, 1:317–18.

36. Marc Alyn, Ma men­the, 78.

37. Marc Alyn, « Dans la mag­naner­ie ». Œuvres poé­tiques, 1:321.

38. Marc Alyn, Ma men­the, 69, 72.

39. Marc Alyn, Ma men­the, 46.

40. Marc Alyn, Ma men­the, 26, 56.

41. Marc Alyn, Ma men­the, 23, 61.

42. Marc Alyn, Le temps, 137.

43. Marc Alyn ‚Le temps, 170.

44. Marc Alyn à Nohad Salameh, 13 et 18 décem­bre 1976. Ma men­the, 57, 61.

45. Marc Alyn, Nous, les chats, 1992; L’A­mi des chats, 2008; Mon­sieur le chat, 2009; L’Arche enchan­tée, 1979; Com­pagnons de la mar­jo­laine, 1989.

46. L’as­so­ci­a­tion a pub­lié les Cahiers Marc Alyn entre 1996 et 2001. Le vol­ume 5, pub­lié en 2000, compte soix­ante-huit pages.

47. Marc Alyn, Le temps, 179, 182.

48. Marc Alyn, Œuvres com­plètes, 1:331.

49. Marc Alyn, « Les amants de Byb­los ». Œuvres com­plètes, 1:339.

50. Marc Alyn, Ma men­the, 318. Voir aus­si 337, 349–51, 372.

51. Marc Alyn, Ma men­the, 358. La destruc­tion de ses man­u­scrits est men­tion­née à la page 66.

52. La vie de cou­ple de Nohad Salameh et de marc Alyn depuis leur mariage reste un mys­tère mal­gré la pub­li­ca­tion de leurs let­tres d’amour, Ma men­the à l’aube mon amante, les mémoires d’A­lyn, Le temps est un fau­con qui plonge, et l’interview de Marie Cay­ol avec Marc Alyn dans Mémoires pro­vi­soires. Marie Cay­ol fut la pre­mière à énumér­er les thèmes de la créa­tion d’A­lyn sans dis­soci­er tra­vail et vie.

53. Les deux poètes ont égale­ment fait des dons à d’autres insti­tu­tions. En 2014, son don de doc­u­ments a créé la Col­lec­tion Youssef Salameh au Liban, au Cen­tre pat­ri­mo­ni­al Phénix de l’U­ni­ver­sité Saint-Esprit de Kaslik. Des man­u­scrits et doc­u­ments d’A­lyn relat­ifs à ses rela­tions avec plusieurs insti­tu­tions cul­turelles ont été don­nés à la Bib­lio­thèque de l’Arse­nal en 2015. Les deux col­lec­tions sont acces­si­bles en ligne à la Bib­lio­thèque Nationale de France sous le titre « Gallica/Marc Alyn ».

54. Marc Alyn, Le temps, 185.

55. Marc Alyn, Le temps, 149.

56. Marc Alyn, Le temps, 189.

57. Marc Alyn, Grain d’om­bre (1992), avec trois eaux-fortes ; Car­net d’é­clairs (1994), avec trois eaux-fortes ; Les trans­par­entes (1999), avec trois eaux-fortes enrichies d’aquarelle ; Le man­u­scrit de Roque­mau­re (2002) avec qua­tre gravures en lino­type enrichies d’aquarelle. Nohad Salameh, L’oise­leur(2000), avec trois gravures en lino­type enrichies d’aquarelle.

58.  Le Temps partagé. Marc Alyn. Nohad Salameh. Bernard Alli­gand (Édi­tions d’art FMA, 2024).

59. Le Silen­ti­aire. Oeu­vres poé­tiques 2:439, 448, 453.

60. Cité dans Marie Cay­ol, Marc Alyn, 152.

61.  Marc Alyn, « Où nous allons ». Œuvres com­plètes, 1:186.

 

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Alice-Catherine Carls

Alice-Cather­ine Carls est pro­fesseure émérite de l’University of Ten­nessee at Mar­tin aux États-Unis. Diplômée de Paris I‑Pan­théon-Sor­bonne et Paris IV-Sor­bonne, elle est spé­cial­iste de l’histoire diplo­ma­tique, cul­turelle, et lit­téraire de l’Europe des 20e et 21e siè­cles et tra­duc­trice du polon­ais et de l’anglais améri­cain en français et du français et du polon­ais en anglais. Elle a écrit/édité/traduit trente-deux livres et env­i­ron cinq cents arti­cles, tra­duc­tions, et recen­sions pub­liés en plusieurs langues dans une douzaine de pays. Sa co-tra­duc­tion de poèmes de Krzysztof Siw­czyk, A Cal­lig­ra­phy of Days, a été final­iste du Prix Oxford-Wei­den­feld de tra­duc­tion pour 2025. Elle col­la­bore régulière­ment à plusieurs pub­li­ca­tions dont World Lit­er­a­ture Today, Recours au Poème, et Archi­wum Emigracji.
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