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La poésie est métisse

Par |2018-10-16T20:44:29+00:00 12 juillet 2012|Catégories : Chroniques|

La poé­sie est métisse, elle est musi­cale et nau­séeuse, minu­tieu­se­ment tech­nique et vis­cé­ra­le­ment libre, elle ne res­pecte rien et sur­tout pas tes sou­ve­nirs, elle se dis­sout dans ta cage tho­ra­cique comme les volutes mauves de l’opium, elle écar­tèle le plus secret de tes ins­tants, elle tourne dans le ciel éblouis­sant des galaxies comme un satel­lite ivre, elle est per­due, elle est aveugle, elle est mys­tique, elle est ordure et tré­sor, joie et pous­sière, lumière et peur, or et sanie, arme et vic­time, décep­tion, décou­verte, un muet la tue tous les matins pour la réin­ven­ter tous les midis, elle prend son envol à la lisière des forêts, elle déchire les fleurs cen­drées du cré­pus­cule, elle cogne ta voûte crâ­nienne comme les tam­bours du Bronx et les galops des hordes bar­bares, elle glisse sur le par­quet obs­cur de tes milon­gas, elle est répé­ti­tion, scan­sion, res­sas­se­ment, refrain, elle est le flux de chaque jour à l’horizon de chaque nuit, elle est l’attente de la mort et le refus de toute mort, elle est la véri­té déri­vant dans l’océan des com­pro­mis et des renon­ce­ments, elle est som­nam­bule comme ta vie et lucide comme tes insom­nies, elle est la fièvre qui ronge tes tempes, elle est la soif qui sourd aux com­mis­sures de tes lèvres, elle est cette eau mal­saine qui jamais ne te rafraî­chi­ra et don­ne­ra nais­sance à une infi­ni­té de soifs, elle dérive au fil de l’eau per­due de ton enfance, elle est le vent invi­sible sur l’herbe et la vipère invi­sible dans l’herbe, elle est ce doigt rêveur sur les touches d’un pia­no aban­don­né, elle pince les cordes d’une gui­tare désac­cor­dée dans une mai­son vide, elle est la foule qui bâtit des bar­ri­cades, elle est le pain don­né à un men­diant, elle est le regard don­né au soli­taire et le sou­rire à l’ignoré, elle t’attend, elle t’attend depuis tou­jours, elle a besoin de toi, un besoin dévo­rant de ta voix et de ta vie, elle mur­mure, elle crie, elle tousse, elle crache le sang de chaque mot et de chaque silence, elle va, elle tré­buche, elle tombe et se relève, elle avance, elle est la véri­té, elle est le che­min et la vie.

 

mars 2012
 

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