> L’atelier des poètes (2) : Les quatre saisons de la poésie

L’atelier des poètes (2) : Les quatre saisons de la poésie

Par | 2018-02-20T18:18:34+00:00 7 décembre 2012|Catégories : Chroniques|

Depuis le mois de Juin, le micro­cosme de la poé­sie, je veux dire ce que la poé­sie , qui ne sau­rait être réduite à cela, compte d’auteurs plus ou moins recon­nus, d’éditeurs, d’organisateurs d’évènements, d’institutions , a été agi­té , par divers mou­ve­ments et réac­tions. Ce fut d’abord , en début d’été une péti­tion , lan­cée par cer­tains, que Jean-Luc Godard appe­lait les « pro­fes­sion­nels de la pro­fes­sion » , contre une réforme sou­hai­tée par la direc­tion du Centre National du Livre ; réforme dont, au demeu­rant,  nul ne sait ce qu’elle recou­vrait , sinon que le bud­get de sub­ven­tions alloué à la poé­sie n’était pas remis en cause , puisqu’elle n’a pas eu le temps d’être pré­sen­tée avant qu’elle ne soit ran­gée dans les car­tons … Et l’été pas­sa et la vaine polé­mique s’éteint  quand l’automne vint . C’est alors que le ciel s’assombrit et que la foudre tom­ba .Dans un appel « au secours » , à la fois déses­pé­ré et pathé­tique , Jean-Pierre Siméon , le direc­teur artis­tique du « Printemps des poètes » appre­nait à la pla­nète « poé­sie » , deux choses :d’une part  que le Ministère de l’Education Nationale  ampu­tait la sub­ven­tion qu’il accorde depuis des années de soixante-mille euros, d’autre part  que ce manque de soixante-mille euros remet­tait en cause l’existence même du pro­chain «  Printemps des poètes » ;  De plus , il  invi­tait  tous celles et ceux qui aiment la poé­sie à écrire à Monsieur le Ministre de l’Education Nationale pour qu’il réta­blisse sa part de sub­ven­tion. Depuis, des mil­liers et des mil­liers de per­sonnes ont envoyé cette lettre à M. Le Ministre de l’Education Nationale. J’espère que les signa­taires, prompts à péti­tion­ner en Juin, ont tous répon­du à cet appel … Depuis, de nom­breuses «  per­son­na­li­tés » du monde poé­tique ont écrit. Depuis,  les réseaux sociaux se sont mobi­li­sés et ont recueilli, eux aus­si, des mil­liers de signa­tures. Pour l’instant, en vain. Le Ministère de l’Education Nationale fait la sourde oreille…D’aucuns, rêvant sans doute d’un « grand soir » de la poé­sie en sont à envi­sa­ger de défi­ler der­rière des ban­de­roles. D’autres encore s’apprêtent à créer un « syn­di­cat des poètes » …Et l’hiver arrive, temps de la réflexion, avant que les forces de la vie ne germent à nou­veau et qu’éclose le Printemps.

Que pen­ser de tous ces évè­ne­ments ?

Tout d’abord que le Conseiller de Monsieur le Ministre de l’Education Nationale a fait faire à Vincent Peillon, émi­nent phi­lo­sophe qui connait la fonc­tion pri­mor­diale de la poé­sie , qui est de contri­buer à « ré-enchan­ter le monde » , de redon­ner du sens et de l’espérance, de réveiller le rêve ( Qui a dit qu’il vou­lait « réveiller le rêve fran­çais » ?) et dont l’engagement en faveur de la poé­sie ne sau­rait être , à prio­ri, remis en cause , plus qu’une erreur comp­table . Il lui a fait faire une vraie « Faute » poli­tique . Connait-il, celui-là, la petite école de Louisfert , où pen­dant des années, le « hus­sard noir de la République » qu’était l’instituteur René-Guy Cadou , après avoir « ensei­gné » toute la jour­née à des enfants de pay­sans à lire, écrire et comp­ter, repous­sait ces cahiers d’écoliers qu’il venait de cor­ri­ger , pour écrire une des plus grande œuvre de la poé­sie fran­çaise du ving­tième siècle , œuvre d’ailleurs apprise dans les écoles ? Sait-il, celui-là , que l’association «  Le prin­temps des poètes » a implan­té , avec le sou­tien de la Fédération Nationale des Collectivités pour la Culture , la poé­sie au cœur de la vie citoyenne, dans trente villes  et vil­lages fran­çais, en leur accor­dant le label, inven­té en 2011, «  Villes et vil­lages en poé­sie » ? Ignore-il que cette même asso­cia­tion, ses res­pon­sables et son per­son­nel , com­pé­tent, créa­tif et entiè­re­ment dévoué à la pro­mo­tion de la poé­sie, orga­nise , chaque année , avec l’Office cen­tral de la coopé­ra­tion à l’école , des stages des­ti­nés aux ensei­gnants , et décerne le label «  Ecole en poé­sie » . Mésestime-il le rôle de recons­truc­tion du lien social , qu’à tra­vers les mil­liers d’évènements , orga­ni­sés chaque année dans le cadre du «  Printemps des poètes » , celui-ci joue ?

Certainement ! Il faut donc conclure que «  la poé­sie » n’est pas au pro­gramme de l’Ecole Nationale d’Administration, ce qui est dom­mage et dom­ma­geable.

Ensuite, que le «  Printemps des poètes », « inven­tion » heu­reuse de quelques per­son­na­li­tés du monde de la culture , dont un poli­tique « éclai­ré » connais­sant , lui, la fonc­tion socié­tale des sym­boles et de la fête dans toute socié­té , dont il ne vient à l’idée de per­sonne qu’il dis­pa­raisse , ne sau­rait dépendre seule­ment des fluc­tua­tions bud­gé­taires de quelque minis­tère que ce soit , ni des orien­ta­tions poli­tiques de tel ou tel gou­ver­ne­ment . La poé­sie  appar­tient à tous : poètes, édi­teurs, comé­diens, orga­ni­sa­teurs d’évènements poé­tiques le plus sou­vent béné­voles , ensei­gnants, libraires , lec­teurs et sur­tout au public, ce public , issu de tous les milieux socio-cultu­rels , qui se compte par cen­taines de mil­liers de per­sonnes ,qui assistent et par­ti­cipent aux plus de dix-mille évè­ne­ments orga­ni­sés au prin­temps mais , pré­pa­rés et coor­don­nés toute l’année par l’association «  Le prin­temps des poètes » . Certes, la poé­sie , dans son ensemble , est éco­no­mi­que­ment très fra­gile et ne sau­rait se pas­ser des sub­ven­tions publiques , que ce soit celles des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales  ou celles, natio­nales , des dif­fé­rents minis­tères . C’est , effec­ti­ve­ment, essen­tiel­le­ment grâce à deux évé­ne­ments que la poé­sie a retrou­vé  droit de cité . L’un , pré­cur­seur , créé il y a trente ans , Le Marché de la poé­sie, qui a su fédé­rer , à sa manière , tous ceux qui par­ti­cipent à la créa­tion , édi­tion  et dif­fu­sion de la poé­sie en France, l’autre, le «  Printemps des poètes » qui a su ras­sem­bler sous sa marque, deve­nue elle-même un  «  label » , les mil­liers de bonnes volon­tés créant et ani­mant des évé­ne­ments poé­tiques , en trans­cen­dant les cli­vages qui marquent ce milieu. Mais suf­fit-il que  toutes celles et ceux-là péti­tionnent et mani­festent ? Certes, il faut le faire,  pour que les pou­voirs publics main­tiennent et même aug­mentent leurs sou­tiens et leurs aides. Mais le monde poé­tique ne sau­rait se conten­ter d’un sta­tut d’assistanat.  Souvenons –nous de l’origine du mot poé­sie : « Poïesis » : Faire .

Enfin, qu’il faut « sau­ver le prin­temps des poètes » en ne lais­sant pas l’association qui l’anime et le coor­donne dépendre du «  bon ou mau­vais vou­loir des gou­ver­nants ». Si la poé­sie est, par excel­lence, acte de par­tage gra­tuit, sa dif­fu­sion, sa pro­mo­tion, sa pro­pa­ga­tion ne sau­raient  més­es­ti­mer le rôle de l’argent pour ce faire . Sauver «  Le prin­temps des poètes »  c’est donc don­ner à l’association qui le gère et l’anime, des moyens finan­ciers. C’est en mobi­li­sant tous celles et ceux qui, à quelque titre que ce soit, aiment la poé­sie, que cela peut se faire. L’association «  Le Printemps des poètes » a besoin de mécènes !  Que tous ceux qui ont, un jour,  par­ti­ci­pé, à quelque titre que ce soit au « Printemps des poètes » y aillent de leur obole, même modeste, sur­tout si elle est modeste. Que tous ceux qui ont béné­fi­cié de son sou­tien en voyant leur tra­vail «  label­li­sé  »  aient quelque recon­nais­sance. Que tous ceux qui aiment la poé­sie fassent un geste de géné­ro­si­té, en fai­sant honte aux épi­ciers du cœur. L’association « Le Printemps des poètes » n’a pas besoin de cha­ri­té mais de soli­da­ri­té, en actes, c’est-à-dire  en espèces « son­nantes et tré­bu­chantes »

Revenons à l’essentiel : la poé­sie vous aide à vivre ? Aidez-le « Printemps des poètes » à vivre..

Que la poé­sie vous garde…

 

 

 

 

 

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