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Lettre à Jean Malrieu

Par |2018-11-21T08:59:37+00:00 7 octobre 2014|Catégories : Essais|

Selon lettre

                                  à Jean Malrieu

 

 

Un éter­nel, pen­sais-je, inat­tei­gnable en l'éphémère. Et là,
je vous ai lu. Sur les conseils de Christian Bobin – grand mer­ci – et de la femme de ma vie.
On peut dépas­ser oui, Blanchot, Mallarmé, et tous les autres.
L'Occident a besoin d'un Signe qui renaisse.
Alors l'oiseau phé­nix, c'était donc vous. Allarmé de soleil,
 

J’attends l’amour comme la foudre et les voleurs de grands che­mins.
 

S'il est d'encre et de terre, le vers plonge si haut !
Pourquoi le blanc des pages serait-il la seule fin pos­sible ?
 

Tout reste à faire, en poé­sie, tou­jours – c'est comme en vie. Et ce sont avant tout les pas qui parlent,
parce que la beau­té fait du bien à la vie. Comme vous l'avez dite,
cette Dernière lettre,
une apo­théose !
 

Parce que c'est beau et parce que c'est vrai.
 

Cette sim­pli­ci­té de Dire, je vous avoue­rai qu'il m'en aura fal­lu beau­coup de ren­contres, de voyages, de remises en ques­tion, d'adieux puis de retours, de mains ten­dues pour l'entendre, par les rues, les cafés, les regards, tout d'un dedans de nous. Et c'est pour­quoi aus­si je ne puis que goû­ter ce que vous avez su don­ner. C'est là, souffle et lumière,
 

Monsieur,
 

cette lettre n'est pas un tom­beau : juste un hom­mage. Et je le vou­drais simple, même quand par­ler haut peut deve­nir lyrique, sur­tout quand on aime. Mais vous me remet­trez à ce silence qui dit vrai. Et je me tais. J'entends.
L'autre des­sine ses syl­labes, elles prennent leur mot comme on s'éprend d'un arbre, parce qu'il a fait beau dans le coeur aujourd'hui. Alors, si je vous lis, j'y suis,
 

au Coeur !
 

Nous nous ser­rons la main. Oui ce seront des vers pour un cha­cun, mais ce matin, j'ai vu vos doigts, et ils des­si­naient l'aube. Une pâleur à lumière d'encre – si je la prends dans les yeux, elle nous devient gorge – absence foudre ou bien pré­sence, et peu importe, c'est au fond : vous êtes là. Oh j'allais dire :
 

Ici, on ne meurt point.
 

Puisqu'à la ligne, il s'agit de Vie, tant aimer parle dans les mots. Ils ont moi­teur, cha­leur, humide langue, toute une peau ten­due au ciel pour mieux ver­ser aux nuages la sueur d'en être. Ici, par­ler, don­ner, c'est avant tout écrire où che­mi­ner, d'entre nos lèvres
 

OUI !
 

Parler de vous, c'est dire aus­si pour­quoi j'écris. Dire de votre poé­sie, c'est là dire :
                                                         

                                                              Poésie.

 

Où que l'on vous lise, comme par quelque ren­dez-vous indi­cible, il y est Lieu. Cela se nomme par­ler bas, puisqu'il y est ques­tion de terre. Et crier ! O oui, crier aus­si –
 

parce que c'est beau et parce que c'est vrai.
 

Il nous le faut répé­ter, comme un ver­set, com­bien de fois sans plus comp­ter, oui nous l'aurons écrit j'écris. En même temps que vivre, on peut y mettre un e – L'appel naît de si loin !
 

Alors j'écris,
“Ecoute le silence
il te dira des mots qui sont pas dans les livres”…
Puis je prends plume.
 

Auprès de vous, les mots ne sont plus comme avant. C'est par­ler temps, bien sûr, mais sur­tout coeur, celui de vos mesures.
Vos vers ne passent pas. Ils fondent. Nous entrons dans un chant qui bâtit son che­min.
C'est donc avant tout à un homme que j'écris, oui, à un homme qui aura su trou­ver son huma­ni­té, son immense mesure d'être. Tout ce aus­si pour­quoi je me risque à vivre.
 

Allons, vous dîtes sur la stèle :
 

Même le temps est accep­té, ce pro­vi­soire des mer­veilles
 

Solaire, et libre. Tout un labour. Comment vou­lez-vous que l'on aime à sa faim, quand on aime vrai­ment ?! La lumière est peut-être un fra­cas, et vos feuilles le disent, mais c'est la joie qui demeure, en majus­cule, en corps !
 

Temps du désir, à l'usage des humbles, la femme du som­meil…

Depuis l'instant où tu vins vers moi, tu pris forme de ce que j'aime

 

Je ne vous cite même pas. C'est tout entier dedans que ça prend parole. Et quand vous dîtes, il y a des mots qui se disent aus­si : renais­sons ! Parce que cette lumière de l'amour et de la mort, nous la por­tons tous. C'est juste que cer­tains ont mis leur coeur au bord des lèvres, et que ça chante un plu­riel Un.

J'en viens.

 

(…) née de l'écume
 

qui frange les êtres aimés
C'est à toi que je dirai l'étendue tou­jours
 

vierge du désir.

 

Parce qu'il faut majus­cule à désir,
Désir encore de vous lire,
et de fer­mer les yeux,
pour Vivre.
 

N.B.

Point d'analyse sty­lis­tique. Un recueil d'impressions ? Non plus. Seulement…

Un acte de poème en vie

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