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Nouveaux poèmes d’Elie-Charles Flamand

Par | 2018-05-24T10:28:09+00:00 16 mai 2016|Catégories : Chroniques|

 

 

DÉPLOIEMENT

 

La tête en espoir de ful­gu­rance
Est pen­chée sur l’implacable ouvrage
Dans la chambre que réchauffe par­fois
Le foyer de la rigueur

Au plus près d’une haute cou­leur
Se glane la faveur des repères
Qui s’échappent de la toute-pré­sence opa­les­cente
Recouvrant l’arrogance du réel

Mais une par­tie du vieux rebord
– Défense contre les ténèbres pour­tant à défri­cher
Puis à déchif­frer peu à peu –
Vient d’être dis­soute par l’eau stel­laire

Alors à la proue de toi
Les plus vul­né­rables cer­ti­tudes tombent en pous­sière
Disséminée sur l’océan des mondes
Les nuages des jour­nées blanches se déchirent
Et dans la trouée les cieux s’enroulent
Autour de la perle du feu suprême
Enfouie au centre du silence

 

 

 

L’AUBE INVERSÉE

 

Adoucissements et fris­sons
Entours qui s’effacent peu à peu

Nos défa­veurs vont-elles aller en s’amplifiant
Dans le jour cor­ro­dé
Alors que le cré­pus­cule tisse sa toile ?

On s’attarde sur la mar­gelle de l’ombre
Et la nui­tée pointe son mufle
Or même si l’incertain menace
D’englober toute délec­ta­tion
Nous voyons s’entrouvrir avec déli­ca­tesse
L’huis de l’envers
Et l’écart paci­fié nous tendre
Une main sati­née

À la brune nos dési­rs sont affi­nés par le gris
Et dans l’aura d’une lampe
Vite cou­ron­née par des pha­lènes
Viennent fusion­ner pour impul­ser un élan nova­teur
Les très adverses reflets

Mais déjà aux pro­fon­deurs nigres­centes des forêts
Les mys­tères affûtent leurs ques­tions

 

 

NON À LA SUPPLIQUE DU RETOUR

 

Il n’est pas trop tard pour bri­ser
La ser­rure qui depuis si long­temps ver­rouillait
L’enceinte sur­mon­tée de piques ensan­glan­tées
Emprisonnant les effluves des bien­faits
Ils s’impatientaient déjà prêts à jaillir
Sur ces jour­nées crou­pis­santes

Ne t’assoupis pas la viva­ci­té n’est pas tarie
Ni les routes escar­pées vers le regain
Tendresse d’un des­tin tis­sé pour­tant d’alertes

Ouvre ta paume à la rosée de la patiente
Nue étoi­lée
À fleur de souf­france et de contraintes
Évince les tumultes sac­ca­dés
Malgré leurs attraits vite deve­nus délé­tères

Les pré­ve­nances enser­rées dans des lam­bris d’opaline
Ne sont plus hors de por­tée
Transfigure leurs fluc­tua­tions en passe-temps

Désormais tu as droit à une aide vigi­lante
Celle de l’invisible com­pa­gnon

 

 

 

DÉCISIF

 

Toujours mal étreinte l’énigme de vie
Ne se consume pas même à l’approche des faîtes
Et ces faits s’engravent dans la fange du mutisme
Ou s’éparpillent lorsqu’advient
La défla­gra­tion de sou­daines idées

Feuille qui offre son jaune ardent
L’automne agence ses retraites poi­gnantes
L’hiver arrache par­mi les fumées des copeaux à sa sai­son
Le prin­temps construit une chape qui fris­sonne de sur­abon­dance
L’été croise des lames ful­gu­rantes
Sa coupe cani­cu­laire déborde
D’une écume qui m’éclabousse
Alors qu’en tout temps la mort bous­cule son contraire

Cesse d’errer d’effleurer les aspé­ri­tés des dis­cor­dances
Tourne désor­mais ton regard vers l’ici
Qui concentre des vas­ti­tudes
Et jumelle-le avec un main­te­nant
Ruisselant de défi­ni­tives suc­cu­lences

 

 

 

L’ATTENTION IMMÉDIATE

 

La pente s’est inver­sée
Et le cam­pa­nile de la quié­tude resur­git
Les formes pétri­fiées se mettent à tré­pi­der
Elles secouent leurs hardes de tris­tesse

Voici donc que la coquille du som­meil
Maintenant bri­sée laisse se répandre
Des pro­diges oppor­tuns

Le sur­croît sèche­ment retombe
Lui aus­si s’est usé contre l’immobile
Pourtant un âge fas­tueux reste entier
Il se blot­tit dans la sou­plesse de plé­ni­tude
Et à la déro­bée il se rap­proche d’un très aimable désert

Ce qui doit paraître dans la grotte cen­trale
Surmontée d’une tour qui gran­dit
Aura la net­te­té du tran­chant en alerte
Épée de soleil pour essar­ter nos nuits
Les plus inten­sé­ment téné­breuses

Plonge sous la sur­face d’une déli­vrance peut-être éphé­mère
Pour échap­per aux har­pons des apo­théoses qui s’étiolent
Et dont les dégâts empreints d’événements racor­nis
Lèchent les bles­sures por­tées par la fausse lumière
Se décom­po­sant car nouée à l’ombre
Alors que l’orage ploie la des­ti­née

Force reste à la part qui ampli­fie nos len­de­mains
Et défie les solen­ni­tés se rete­nant aux brises les plus ténues
Tandis que le tour­billon des bon­heurs farouches
Danse sur l’esplanade éri­gée à la lisière des tour­ments
L’abrupt redou­ble­ra l’audace de ces esca­lades
Dans la brume que tisse l’esseulement

Au bas des murailles de plomb
Rampe le ruis­se­let des ins­tants lucides

Se por­ter au-devant de soi-même
C’est détruire le châ­teau en sable des illu­sions contrai­gnantes
Et s’inventer et se réin­ven­ter

 

 

 

 

 

 

 

 

L’AVÈNEMENT DU HAUT LANGAGE

 

Le cor­tège de la tri­bu­la­tion se fige
Les mots encor robustes s’en échappent
Et s’élancent d’abord vers des friches non­cha­lantes
Avant de s’abandonner à l’effusion des attraits
Les met­tant sur les traces d’un bou­quet de cris­tal­li­sa­tions
Limpidité en plé­ni­tudes
Éclairs qui per­durent

Arrivés au terme de la résur­gence
Les pen­chants s’embrasent

Dans la clai­rière où tout est calme
La tor­peur s’est déchi­rée
Entends de loin­taines paroles qui se rap­prochent
Elles tremblent puis se raf­fer­missent dans le des­sein
D’édifier un sanc­tuaire fra­gile
Ainsi l’on pour­ra célé­brer la parole de l’éveil

La cou­pole vibre et s’entrouvre
Pour lais­ser place à l’irradiation des signes sécu­laires
Sondant l’immensité dont une goutte de rosée
– Semence céleste
Foyer qui jamais ne s’éteindra –
Tombe et fer­vem­ment se dis­perse

 

 

JUSTIFIER L’ÉNIGME

 

                                                                                  Geheimnisse sind Nahrungsmittel

                                                                                  – inzi­tie­rende Potenzen (1). NOVALIS

 

En ma pré­sence le mal arrache la ram­barde
Qui empê­chait cer­tains corps agiles
De se noyer dans le bour­bier gri­ma­çant de la détresse
Oui mais le souffle de l’attente finit par gui­der mon allure
Vers les limites où par­fois s’animent
Diverses formes légères mais rapi­de­ment ascen­dantes

Le van­tail du prin­temps s’écartait moins qu’à demi
Et déver­sait le rai de ces MYSTÈRES d’abord tant dédai­gnés
Un socle qu’affermit pour­tant un bien terne assen­ti­ment
De là ils s’en vont ral­lu­mer trop peu sou­vent les fanaux
Disposés de très loin en trop loin
Par un siècle déjà fort obs­cur­ci

Le mont érige ses cer­ti­tudes
Témoin tu le gra­vis lour­de­ment
En t’accrochant aux seules branches vives
Près de tes pieds se creuse le pré­ci­pice au fond phos­pho­rique et nua­geux
Qui se com­plaît à sur­éle­ver encor
L’indiscernable som­met

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(1) Les mys­tères sont des nour­ri­tures – des puis­sances d’incitation.

 

Signalons, du même auteur, la récente publi­ca­tion d'UN STRELITZIA MONTE DE L'ENTREFAITE, aux édi­tions de La lucarne ovale, dont Recours au poème ren­dra compte pro­chai­ne­ment.

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