> Nouvelles Nouvelles de poésie (8). Confidences et bibliothèques idéales

Nouvelles Nouvelles de poésie (8). Confidences et bibliothèques idéales

Par | 2018-05-25T13:12:09+00:00 15 mars 2015|Catégories : Chroniques|

 

D’Alain Absire à Frédérick Tristan, sous la hou­lette de « L’Atelier Imaginaire », ils sont 18 écri­vains à se sou­mettre aux confi­dences d’origine qui expliquent com­ment ils en sont arri­vés à deve­nir écri­vains ou poètes. De sur­croît, ils nous confient leur « biblio­thèque idéale », celle qui les ame­na à rêver avec des mots pour le dire.

   Au fond, cet exer­cice « obli­gé »  réserve bien des sur­prises et des ensei­gne­ments et il faut féli­ci­ter LE CASTOR ASTRAL pour l’initiative.  Comme l’écrit le pre­mier pré­fa­cier de l’ouvrage Livres secrets, Guy Rouquet, le défi rele­vé par les auteurs sol­li­ci­tés « vivi­fie l’esprit et l’imaginaire de ceux qui, à l’instar de Rainer Maria Rilke, ont décou­vert sou­dain qu’ils ne pour­raient pas vivre sans écrire ». De sur­prise en sur­prise, j’ai décou­vert quant à moi des auteurs que je croyais connaître, avec qui j’ai lié en un demi siècle des liens d’amitié, et qui me sont appa­rus pour­tant comme des décou­vertes, des étran­gers par­fois même !

   Ainsi, avec grande émo­tion, sans l’ombre d’une miè­vre­rie, j’ai appris que Jean-Yves Reuzeau n’avait jamais vu son père  « tenir un livre dans ses mains. Jamais ». En effet, pour lui, ces objets « étaient tota­le­ment inutiles » (sic).  Ainsi, le milieu de son enfance fut à l’opposé du mien (ma famille pré­ten­dait repré­sen­ter  une élite mau­ras­sienne !). Du trop et du pas assez peut naître cepen­dant une voca­tion sem­blable. Ce constat est encou­ra­geant pour tous. Et quand l’adolescent Jean-Yves cédait à la bou­li­mie de lec­ture et de musique élec­trique, et au charme de l’insoumis Boris Vian, j’apprenais à me révol­ter dans La nau­sée de Jean-Paul Sartre, déni­ché en cachette dans la biblio­thèque de mon père Jean-Pierre Maxence qui fut l’un des pre­miers cri­tiques natio­na­listes à saluer pour­tant le talent immense du phi­lo­sophe. Énigme des des­tins. Qui pou­vait devi­ner que peu après 1968, après avoir été concur­rent direct du Castor Astral en créant L’Athanor, l’humour de nos vies d’ « édi­teur-décou­vreur » allait faire de Jean-Yves et de moi, mieux que des cama­rades de même com­bat poé­tique, des conni­vents regar­dant dans la même direc­tion édi­to­riale, en quelque sorte ?

   Au sur­plus, en lisant Livres secrets, j’ai aimé par­ti­cu­liè­re­ment les sou­ve­nirs arabes d’Hubert Haddad, à l’heure de « Kit Carson », puis son achat des Fleurs du mal en édi­tion de poche (alors qu’il avait quinze ans). En revanche, je me suis fou­tu d’apprendre que Jean Orizet maî­tri­sait l’espagnol et l’anglais, mais agréa­ble­ment éton­né par sa ren­contre pas­sion­née avec Borges  à son domi­cile de Buenos Aires. Côté femme, j’ai eu envie de lire Cécilia Dutter, après avoir pris connais­sance de ses rap­ports avec son père de sang qui expli­qua ses pre­mières lec­tures édi­fiantes (la bible et les évan­giles) et son obses­sion plus tar­dive de bâtir un pont entre Terre et Ciel. Enfin, j’ai rêvé debout en ima­gi­nant l’enfance de l’excellent poète Seyhmus Dagtekin reve­nu de son vil­lage du Kurdistan… Au fond, Livres secrets illustre par ana­lo­gie la diver­si­té des ori­gines de nos scribes contem­po­rains. Ce livre sou­ligne avec grand bon­heur qu’il n’y a pas de recettes pour faire naître une voca­tion d’écriture. Et puis, une fois refer­mé, il nous donne le désir de sou­mettre au jeu de ques­tions quelque peu indis­crètes d’autres poètes absents ici. Ainsi, en lisant le tout der­nier recueil du « Spinoziste » Jacques Viallebesset publié par Al Manar (Sous l’étoile de Giono),  je me suis inter­ro­gé sur le pays d’origine du poète. Devient-on chantre clas­sique de la nature sou­ve­raine par appren­tis­sage in situ ou a contra­rio ?

    Quoi qu’il en soit, l’enfance et l’adolescence d’un auteur  sont tou­jours des clefs de com­pré­hen­sion pour le conte­nu d’une œuvre. Nul ne peut men­tir ou biai­ser avec les tem­pêtes de sa famille d’origine. Alain Absire le dit fort bien, une « véri­table géo­gra­phie de ter­ri­toires d’écriture » est « aus­si variée que la carte du monde où les hommes vivent » ! Les dési­rs ne s’affirment qu’au fil du temps, sous la houle des révoltes pri­mi­tives. 

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