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petites notes d’amertume (2)

Par |2018-10-18T05:03:02+00:00 24 mai 2013|Catégories : Chroniques|

 

J’ai sou­vent payé, chè­re­ment par­fois, ma fran­chise et ma sin­cé­ri­té. J’aurais gagné à faire sem­blant.

 

Je ne suis pas armée pour le men­songe, cela me rend très vul­né­rable au quo­ti­dien.

Tout ce qui est énon­cé prête à consé­quences. Il n’y a pas de « paroles en l’air ». Ces paroles mal­heu­reuses qui font mouche témoignent, non d’une  mal­adresse ponc­tuelle, mais d’un pro­fond manque de consi­dé­ra­tion pour l’interlocuteur.

 

Comment inter­pré­ter une atti­tude désin­volte, sinon comme un défi­cit chro­nique  de la capa­ci­té d’attention à autrui ?

Je crois plus à la sin­cé­ri­té des actes et du com­por­te­ment qu’à celle des convic­tions pro­cla­mées et affi­chées. Les actes ne trichent pas et révèlent l’identité pro­fonde des indi­vi­dus.

 

Ma sym­pa­thie va d’emblée à ceux qui sont de plain-pied dans la vie.

Lors d’une pre­mière ren­contre, pour savoir à qui j’ai à faire, je me fie plus à l’intuition d’un regard qu’aux paroles pro­non­cées. De même le contact d’une simple poi­gnée de main en dit long. Celle de l’engeance des fla­gor­neurs et des hypo­crites  est entre toutes recon­nais­sable.

 

On res­semble sou­vent à sa voix. Certaines sonnent faux.

On peine à recon­naître sa voix enre­gis­trée. Pourtant elle nous révèle à notre insu.

 

Notre voix change avec nous, dans les dif­fé­rents âges de notre vie. Certaines gagnent en souffle et en pré­sence, prennent de la pro­fon­deur comme les êtres qui les portent.

Une vie de mes­qui­ne­rie donne à cer­tains hommes âgés une étrange voix de faus­set.

 

Parmi les voix qui m’insupportent, les criardes et les sur­aigües. J’avoue  ma réti­cence à aller vers les per­sonnes qui en sont pour­vues.

On m’affirme que la poé­sie de tel poète que je trouve insi­gni­fiante doit être enten­due dite et arran­gée à plu­sieurs voix, mais je reste per­sua­dée que si elle ne sup­porte pas l’épreuve de la lec­ture en tête à tête, elle n’est qu’une dis­trac­tion par­mi d’autres.

 

Découvrir à la radio la voix de cer­tains écri­vains est par­fois si déce­vant que cela m’invite à recon­si­dé­rer ma bien­veillance pre­mière.

Selon le neu­ro­psy­chiatre et psy­cha­na­lyste Boris Cyrulnik, l’essentiel d’une conver­sa­tion passe plus par les signes de l’émotion que par l’information stric­te­ment séman­tique de la parole. C’est dire si beau­coup font fausse route en accor­dant tant de place au dis­cours.

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