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Petites notes d’amertume (3)

Par | 2018-05-21T18:36:24+00:00 1 juillet 2013|Catégories : Chroniques|

L’horreur est humaine, hélas, et ne peut se résu­mer à quelques erreurs conjonc­tu­relles.

J’essaie de gar­der à l’esprit que chez tout être peuvent coha­bi­ter le meilleur et le pire.

Pour avoir le der­nier mot, coûte que coûte, cer­tains reviennent à la charge, armés de toute leur artille­rie rhé­to­rique pour unique connais­sance. Est-ce par orgueil qu’ils tiennent à avoir abso­lu­ment rai­son, en dépit de tout argu­ment valable ?

La notion de par­don m’est incom­pré­hen­sible et tota­le­ment étran­gère. Celle de  ven­geance l’est tout autant.

La haine est un lent et puis­sant poi­son pour celui qui en use. Elle consume son hôte à petit feu.

S’il m’est impos­sible de par­don­ner, je ne demande pas non plus à être par­don­née.

Ma ran­cune n’implique ni ven­geance, ni haine. Mais elle per­siste au fond de moi quand l’oubli est impos­sible, quand la désin­vol­ture et la tra­hi­son laissent des traces trop vives.

L’oubli n’existe qu’en sur­face. Il n’efface pas tout.

Comme si bre­douiller quelques mots d’excuses avait le pou­voir de tout effa­cer par miracle ! Mais cer­tains sont même inca­pables de ce mini­mum.

Les bles­sures se cica­trisent indé­pen­dam­ment du par­don et de la ven­geance… ou ne se cica­trisent pas.

Il y a des bles­sures sans reproche, sans res­sen­ti­ment ni ran­cœur, qui laissent silen­cieu­se­ment  leur dou­leur infi­nie et irré­mé­diable au plus pro­fond, leur déchi­rure invi­sible, insoup­çon­née.

Le par­don me semble à l’origine de bien des com­por­te­ments les plus ignobles dans nos socié­tés à morale judéo-chré­tienne. Il exo­nère d’avance toutes les bas­sesses et toutes les lâche­tés.

Sans le par­don, nous serions obli­gés de réflé­chir avant d’agir, sachant que toute tra­hi­son est irré­mé­diable.

La pos­si­bi­li­té du par­don per­met toutes les igno­mi­nies sans état d’âme.

Pardon et ven­geance ne s’opposent nul­le­ment. Au contraire, ils forment  les deux prin­cipes fon­da­teurs de nos socié­tés. C’est pour­quoi notre his­toire a été si san­gui­naire.

Il y a dans le binôme haine /​ par­don quelque chose d’une rela­tion sado­ma­so­chiste et mal­saine.
 

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