> Quantique de l’insoumise, 3/​7

Quantique de l’insoumise, 3/​7

Par |2018-08-21T06:37:28+00:00 8 février 2016|Catégories : Chroniques|

 

MIGRATIONS


Froissements au che­min
des pre­mières feuilles d’automne

Nous avan­cions
l’étoile ser­rée en cœur de poing

La terre trem­blait
de ne pas être femme

 

— —  —  —  —  —  — -

 

Assises sur la grève
nous enten­dîmes s’armer

Lisières arra­chées
au prin­temps des mon­tagnes

Les pré­sages sus­pen­dus
des octaves du fleuve

 

— —  —  —  —  — —

 

Nous avons remon­té le fleuve

Chassé la glaise
et l’eau verte des brumes

Vidé les heures
bu aux cendres volées des berges froides

Nos mains jointes brû­laient
de l’œuvre du cri des lunes 

 

— —  —  —  —  —  — –

 

Nous avons remon­té le fleuve

Dans les soirs escar­pés
de nos chants d’espérance

Par les haut-pla­teaux
sous l’ombre des grands cierges

Nous accé­dions aux soleils
des hivers blancs du foehn

 

— —  —  —  —  — —

 

Nous avons remon­té le fleuve

Arrimé aux épaves
l’ancre voi­lée des cou­rants

Fendu les contours
des pro­ces­sions de nos rêves

La nuit cas­sée riait
de nos hanches étouf­fées sous les feuilles

 

— —  —  —  —  —  — —

 

Nous avons remon­té le fleuve

Une espiègle tris­tesse
marel­lait nos sou­rires

Versant aux épis
dévas­tés de la houle

Nos larmes répon­daient
à l’insolence du hêtre

 

— —  —  —  —  — —


 

Alors que som­braient
les pavés froids
de la ville

Miroirs enli­sés
dans le visage
des foules

Inertie que scel­lait
l'approche
de l’hiver

Dans un mirage
d’eau claire
on cria

Terre
 

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HIVER


Ruisseaux effa­cés
chênes enclos de l’automne

Écorces grif­fées
en fines plumes de forêt

Larmes concé­dées
à l’arbitrage du givre

Sur ce tapis de silence
la neige attend son heure

 

— —  —  —  —  — –

 

 

Nous étions cendre
nous étions sève

Nous étions louves
au confluent de la meute

Charmilles feu­trées
ver­rières étour­dies de blan­cheur

Nous sacri­fiions nos empreintes
aux pré­faces nacrées des sous-bois


— —  —  —  —  — –

Nous les avons sui­vis
nous avons appe­lé leurs noms

Désensablé leurs fon­taines
taries de s’être éga­rées

Étreint de nos voix
leurs lan­gages gla­cés

Nos man­teaux entra­vaient
l’affleurement de leurs peines

Ils ne nous ont pas recon­nues


— —  —  —  —  —  — -

 

Était-ce l’encre
était-ce la source 

Était-ce le bleu
de l’esquisse des morts

Nous affron­tions seules
le juge­ment de la pierre

Branches lan­cées nues
aux sen­tences des brouillards 


— —  —  —  —  —  — -

 

Sur les plis de la trace
nous arrê­tions la marche

Nos doigts gourds hési­taient
dans les restes de fins de jour

Arqués vers l’ombre des branches
enter­rées sous l’hiver

Nous allu­mions notre feu

 

— —  —  —  —  — —


J’assemblais pour elles
des bra­ce­lets de glace

La nuit de nos yeux lourds
ambrait l’anneau des sai­sons

Nous fuyions dans le vent des braises
lianes dia­prées sous ce des­tin de lumière

Et repar­tions au matin
l’âme vêtue de nos charmes de verre

Avant que l’hiver ne fonde


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Qu’avez-vous su
de ces lunes
de ces fleuves

De ces forêts écrites
de ces tor­rents
qu’avez-vous enten­du

Rien si ce n’est
la visite
de l'écho

Si ce n’est
l’éraflure
de  l’éclat

Rien

 


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