> Quantique de l’insoumise, 4/​7

Quantique de l’insoumise, 4/​7

Par |2018-08-20T04:49:44+00:00 23 mars 2016|Catégories : Chroniques|

Nous repre­nons pour quatre numé­ros la publi­ca­tion de la suite poé­tique d'Etienne Quillet. En priant nos lec­teurs et l'auteur de bien vou­loir nous par­don­ner d'avoir don­né prio­ri­té à l'actualité.

 

 

HIVER


Ruisseaux effa­cés
chênes enclos de l’automne

Écorces grif­fées
en fines plumes de forêt

Larmes concé­dées
à l’arbitrage du givre

Sur ce tapis de silence
la neige attend son heure

 

— —  —  —  —  —  — —

 

Nous étions cendre
nous étions sève

Nous étions louves
au confluent de la meute

Charmilles feu­trées
ver­rières étour­dies de blan­cheur

Nous sacri­fiions nos empreintes
aux pré­faces nacrées des sous-bois


— —  —  —  —  —  — –

 

Nous les avons sui­vis
nous avons appe­lé leurs noms

Désensablé leurs fon­taines
taries de s’être éga­rées

Étreint de nos voix
leurs lan­gages gla­cés

Nos man­teaux entra­vaient
l’affleurement de leurs peines

Ils ne nous ont pas recon­nues


— —  —  —  —  — –

 

Était-ce l’encre
était-ce la source 

 

Était-ce le bleu
de l’esquisse des morts

Nous affron­tions seules
le juge­ment de la pierre

Branches lan­cées nues
aux sen­tences des brouillards 


— —  —  —  —  — —

 

Sur les plis de la trace
nous arrê­tions la marche

Nos doigts gourds hési­taient
dans les restes de fins de jour

Arqués vers l’ombre des branches
enter­rées sous l’hiver

Nous allu­mions notre feu

 

— —  —  —  —  — —

 

J’assemblais pour elles
des bra­ce­lets de glace

La nuit de nos yeux lourds
ambrait l’anneau des sai­sons

Nous fuyions dans le vent des braises
lianes dia­prées sous ce des­tin de lumière

Et repar­tions au matin
l’âme vêtue de nos charmes de verre

Avant que l’hiver ne fonde

 

— —  —  —  —  — –

 


Qu’avez-vous su
de ces lunes
de ces fleuves

De ces forêts écrites
de ces tor­rents
qu’avez-vous enten­du

Rien si ce n’est
la visite
de l'écho

Si ce n’est
l’éraflure
de  l’éclat

Rien

 

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TEMPÊTE


 

Comment pou­vions-nous voir
dans le chant de l’alouette

Dans le ver­sant des tilleuls
dans l’invitation des plaines

Dans le pacte secret des abeilles
com­ment pou­vions-nous croire

Que se char­geaient au loin
les crues sau­vages du lierre

 

— —  —  —  —  —  — -

 

Ses filles impa­tientes
encer­claient la val­lée

Le ciel dis­per­sait
les pluies noires du sur­sis

Nous l’aperçûmes enfin
dans la réflexion de l’alliage

Elle lan­çait depuis l’aube
des sillons affa­més de désert


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Elle était masque          
elle était pesan­teur

Elle était arche
sous le sable des terres

Elle était col­line
dans le cri des loups

Elle était tem­pête
elle dan­sait sa vio­lence

 

— —  —  —  —  — –

 

Assoiffée de matière
déchi­rée de nuages

Accusant l’horizon
de l’avoir sou­dain fait chair

Elle ensei­gnait aux êtres
la dis­si­dence du vide

 

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Nous avons lais­sé aux cou­rants
nos charges de lumière

Tournant en grappes déliées
dans le cadran des roches

Nous invo­quions l’aigle
aux serres fer­mées du jour

 

— —  —  —  —  —  — -

 

La tem­pête au dehors
empor­tait nos alliées

Prostrées sous une vire amie
à l’ombre des dis­pa­rues

Nous atten­dions le silence

 

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La route était lourde
jon­chée d’arbres cou­chés

Morts et avec eux
nos sœurs

Comme une soie
bru­meuse

De tris­tesse


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