> Quantique de l’insoumise 5/​7

Quantique de l’insoumise 5/​7

Par |2018-10-16T16:27:53+00:00 4 avril 2016|Catégories : Chroniques|

 

TEMPÊTE

 

Comment pou­vions-nous voir
dans le chant de l’alouette

Dans le ver­sant des tilleuls
dans l’invitation des plaines

Dans le pacte secret des abeilles
com­ment pou­vions-nous croire

Que se char­geaient au loin
les crues sau­vages du lierre

— —  —  —  —  —  — –

Ses filles impa­tientes
encer­claient la val­lée

Le ciel dis­per­sait
les pluies noires du sur­sis

Nous l’aperçûmes enfin
dans la réflexion de l’alliage

Elle lan­çait depuis l’aube
des sillons affa­més de désert

— —  —  —  —  — —

Elle était masque          
elle était pesan­teur

Elle était arche
sous le sable des terres

Elle était col­line
dans le cri des loups

Elle était tem­pête
elle dan­sait sa vio­lence

— —  —  —  —  —  — -

Assoiffée de matière
déchi­rée de nuages

Accusant l’horizon
de l’avoir sou­dain fait chair

Elle ensei­gnait aux êtres
la dis­si­dence du vide

— —  —  —  —  —  — -

Nous avons lais­sé aux cou­rants
nos charges de lumière

Tournant en grappes déliées
dans le cadran des roches

Nous invo­quions l’aigle
aux serres fer­mées du jour

— —  —  —  —  —  — -

La tem­pête au dehors
empor­tait nos alliées

Prostrées sous une vire amie
à l’ombre des dis­pa­rues

Nous atten­dions le silence

— —  —  —  —  — —

La route était lourde
jon­chée d’arbres cou­chés

Morts et avec eux
nos sœurs

Comme une soie
bru­meuse

De tris­tesse

 

°°°

 

DÉSERT


À leurs visages
à leurs voix révo­quées

À leurs mains vides
à leurs corps éva­dés

Qu’opposer
que répondre qu’élever

Sinon l’étoile
achar­née de la marche

— —  —  —  —  —  — –

Nous n’avons pas vu
sous la menace des saules

Dans le repli des fou­gères
ni même aux jonc­tions

Des terres ocres et brunes
qu'au pre­mier oli­vier

Qu’à la pre­mière dune
nous nous enfon­cions dans le désert

— —  —  —  —  —  — –

D’autres sont par­ties
vingt peut-être trente

Elles ont lais­sé vides
leurs fou­lards leurs tentes

Leurs habits nus
ali­gnés sous l’auvent

Nous ne les avons pas sui­vies
nous ne les avons pas cher­chées

Le mou­ve­ment des sables
recou­vrait leur trace

— —  —  —  —  —  — –

Combien étions-nous
soli­tudes brû­lées

Peintures sèches
racines orpaillées de soif

Étendues dans l’ombre
des cartes oubliées

Nous l’appelions
nous l’appelions encore

— —  —  —  —  —  — -

La main chaude
de l’absence

M’appela au rebord
des plaintes des falaises

J’ai jeté au vent
les car­nets de la marche

Sans la nom­mer

— —  —  —  —  — –

On l’ouvrait pour sen­tir
le bruit de la nuit

On lui volait
son silence

Elle le reprit
et finit d’exister

— —  —  —  —  —  — -

Tout ce temps pas­sé
à ne regar­der que l’aube

Temps d’érosions sourdes
et de colères entre­dites

Orages ados­sés à nos
arbres éven­trés de prières

Nous nous retrou­ve­rons
au banc des insou­mises

Dans le refrain des mers
à l’avenir du monde

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