> Quantique de l’insoumise, 6/​7

Quantique de l’insoumise, 6/​7

Par | 2018-02-23T23:08:22+00:00 13 avril 2016|Catégories : Chroniques|

 

DÉSERT


À leurs visages
à leurs voix révo­quées

À leurs mains vides
à leurs corps éva­dés

Qu’opposer
que répondre qu’élever

Sinon l’étoile
achar­née de la marche

— —  —  —  —  —  — –

 

                                                                                            

Nous n’avons pas vu
sous la menace des saules

Dans le repli des fou­gères
ni même aux jonc­tions

Des terres ocres et brunes
qu'au pre­mier oli­vier

Qu’à la pre­mière dune
nous nous enfon­cions dans le désert

D’autres sont par­ties
vingt peut-être trente

Elles ont lais­sé vides
leurs fou­lards leurs tentes

Leurs habits nus
ali­gnés sous l’auvent

Nous ne les avons pas sui­vies
nous ne les avons pas cher­chées

Le mou­ve­ment des sables
recou­vrait leur trace

— —  —  —  —  —  — -

 

Combien étions-nous
soli­tudes brû­lées

Peintures sèches
racines orpaillées de soif

Étendues dans l’ombre
des cartes oubliées

Nous l’appelions
nous l’appelions encore

— —  —  —  —  — –

 

La main chaude
de l’absence

M’appela au rebord
des plaintes des falaises

J’ai jeté au vent
les car­nets de la marche

Sans la nom­mer

— —  —  —  —  — —

 

On l’ouvrait pour sen­tir
le bruit de la nuit

On lui volait
son silence

Elle le reprit
et finit d’exister

Tout ce temps pas­sé
à ne regar­der que l’aube

Temps d’érosions sourdes
et de colères entre­dites

Orages ados­sés à nos
arbres éven­trés de prières

Nous nous retrou­ve­rons
au banc des insou­mises

Dans le refrain des mers
à l’avenir du monde

°°°

 

 

MER


Des mois entiers de marche
à dis­si­per le prin­temps

Les cam­pagnes fleu­ris­saient
du marais de nos deuils

Nous nous arrê­te­rons disions-nous
nous nous arrê­te­rons

Aux der­nières pierres
du der­nier som­met

— —  —  —  —  —  — -

 

La val­lée dis­pa­rais­sait
dans les nuages en contre­bas

Il ne res­ta bien­tôt à gra­vir
qu’une roche humide et grise

L’air se char­geait d’embruns
ceux pen­sions-nous

Des soirs de renon­ce­ment

— —  —  —  —  —  — -

 

Au som­met  
l’horizon

Et dans nos gorges
et dans nos larmes

La mer le bleu
le bleu immense

Nous déta­châmes nos che­veux

— —  —  —  —  —  — -

 

Elle par­don­na l’hiver
elle par­don­na les morts

Leurs noms soli­taires
abî­més de néant

Elle par­don­na la colère
étouf­fée de nos pleurs

L’écume sur ses mains
for­mait un banc de cyprès

— —  —  —  —  —  — -

 

La mer prit nos corps
jusqu'au soir

L’été flot­tait
dans nos têtes

Nous l’accrochions
pour goû­ter

— —  —  —  —  —  — -

 

Ici l’eau s’arrête
lorsque les pierres crient

Elles claquent dans
un lit d’orage

Pour ces jours d’avant
qu’on ne rever­ra plus

— —  —  —  —  — —

 

L’as-tu jamais enten­due
la voix de cette mer qui danse

L’as-tu jamais écou­tée
sous mes mains de corail

Sur ce corps salé sur ce nu
que j’arrache aux grands fonds

Il fau­drait s’asseoir là seuls
pen­dant que le mau­vais bruit s’éloigne

Cette marée que l’on connait
n’est pas ce que tu crois

Le rivage s’habille
d’une nou­velle cou­leur

À chaque lever de mer

°°°