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Quantique de l’insoumise 7/​7

Par | 2018-05-26T19:41:31+00:00 2 mai 2016|Catégories : Chroniques|

 

MER


Des mois entiers de marche
à dis­si­per le prin­temps

Les cam­pagnes fleu­ris­saient
du marais de nos deuils

Nous nous arrê­te­rons disions-nous
nous nous arrê­te­rons

Aux der­nières pierres
du der­nier som­met

— —  —  —  —  —  —  — -

 


La val­lée dis­pa­rais­sait
dans les nuages en contre­bas

Il ne res­ta bien­tôt à gra­vir
qu’une roche humide et grise

L’air se char­geait d’embruns
ceux pen­sions-nous

Des soirs de renon­ce­ment

— —  —  —  —  — —


Au som­met  
l’horizon

Et dans nos gorges
et dans nos larmes

La mer le bleu
le bleu immense

Nous déta­châmes nos che­veux

— —  —  —  —  —  — —

 

Elle par­don­na l’hiver
elle par­don­na les morts

Leurs noms soli­taires
abî­més de néant

Elle par­don­na la colère
étouf­fée de nos pleurs

L’écume sur ses mains
for­mait un banc de cyprès

— —  —  —  —  —  — –

 

La mer prit nos corps
jusqu'au soir

L’été flot­tait
dans nos têtes

Nous l’accrochions
pour goû­ter

— —  —  —  —  —  — -

 

Ici l’eau s’arrête
lorsque les pierres crient

Elles claquent dans
un lit d’orage

Pour ces jours d’avant
qu’on ne rever­ra plus

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L’as-tu jamais enten­due
la voix de cette mer qui danse

L’as-tu jamais écou­tée
sous mes mains de corail

Sur ce corps salé sur ce nu
que j’arrache aux grands fonds

Il fau­drait s’asseoir là seuls
pen­dant que le mau­vais bruit s’éloigne

Cette marée que l’on connait
n’est pas ce que tu crois

Le rivage s’habille
d’une nou­velle cou­leur

À chaque lever de mer

°°°

 

 

ELLE DIT


Elle peint
dans le vent du large

Toiles offertes
au chant ramu­ré de la vague

Couchée dans un essaim
de baies rouges elle dit 

Les voi­ci
les cou­leurs

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Porte-moi
face au soleil

Vers cet autre rivage
où l’océan perd ses vagues 

Dansons sur l’été
de mon corps

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Sur l’ébauche
tami­sée du seuil

J’ai vu l’enfance
j’ai vu l’arbre

J’ai vu le ciel bleu
par-des­sus les nuages

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Ce jar­din
dans mon ventre

C’est elle
je le sais c’est elle

C’est le monde
qui cherche à naître

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Les arpèges d’avril

Je sens leur cou­leur
de matins frais

Courir sur
tes robes fleu­ries

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Ces robes reti­rées
sous une porte de verre

Un arbre
perd ses feuilles dans le noir

Je veux tou­cher
la ten­dresse de tes mots

— —  —  —  —  —  — –

Combien faut-il d'hivers
de nuits lourdes
au bout de soi

Combien de sen­tiers
de rideaux effa­cées

Pour com­prendre
pour voir
pour voir enfin

L’aurore com­mence tou­jours
par un demi-tour de terre

°°°

 

 

Nous achevons la publication de Quantique de l’Insoumise, écrit en février 2015 à Rangoun.

 

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