> Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs. Margo Ohayon

Regards sur la poésie française contemporaine des profondeurs. Margo Ohayon

Par | 2018-02-18T08:00:33+00:00 14 avril 2015|Catégories : Chroniques|

Il y a long­temps. Il écoute une inter­jec­tion. Elle se pro­longe, se pro­longe, bruit lan­ci­nant, peut-être un élan­ce­ment, loin vers un nœud inex­tri­cable.
Est-ceune pelote, un enche­vê­tre­ment, un réseau ? Tout en sort, tout y retourne.
Il déroule un ruban, le ruban n'a pas de fin, des­sus on peut lire un poème qui serait une cha­rade.
Il tire un deuxième fil, et voi­là que celui-ci le mène vers une autre sec­tion de ce poème.
Ainsi est-il conduit sur divers seg­ments du lan­gage qui appar­tien­draient à un ensemble.
Lui, l'ignore. Dans cette affaire il est le seul igno­rant.
Le monde autour regarde et voit ce qu'il ne peut pas per­ce­voir. C'est ce qui se forme, cet ensemble. Lui, le contemple du dedans, d'un centre qui ne four­ni­rait pas des contours mais des points de vue des par­ties de cet ensemble en train de se consti­tuer. Sa vision serait inté­rieure. Pour voir l'ensemble il lui fau­drait être dehors.
Il n'est pas enfer­mé mais d'un côté qui appar­tien­drait à un élé­ment essen­tiel du lan­gage, lequel serait lui-même un élé­ment d'une équa­tion écrite, élé­ment sans quoi les jeux à l'intérieur de cette équa­tion ne pour­raient pas se faire, c'est-à-dire acqué­rir une mobi­li­té qui agi­rait aus­si sur celle des pièces for­mant cet ensemble.
Ces angles de vue seraient telles des facettes, facettes qui seraient telles des ailettes sus­cep­tibles de se mettre en mou­ve­ment. Ainsi peut-on voir tour­ner de petits ven­ti­la­teurs encas­trés dans la vitre d'une fenêtre.
Ceux qui voient la forme glo­bale de la découpe sont à l'extérieur.
Lui, de l'intérieur four­nit des façons de voir les par­ties qui com­posent l'ensemble regar­dé du dehors.
Cela relève d'une bizar­re­rie vitale comme la nature sait en fabri­quer : état d'évidence d'une étran­ge­té pra­tique, dont lui, le poète, suit le mou­ve­ment, emprunte la ligne du tra­jet qu'elle inflé­chit.
Il est un homme du moins celui qui, à sa place, tente de rem­plir son rôle pour que fonc­tionne le méca­nisme.
Voilà ci-des­sous les ten­ta­tives d'expression d'un de ces points de vue : le silence.

 

mar­go ohayon

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