> Regards sur les poésies contemporaines d’Afrique noire (2)

Regards sur les poésies contemporaines d’Afrique noire (2)

Par | 2018-02-23T01:26:33+00:00 29 septembre 2013|Catégories : Essais|

           

Jacques Fame Ndongo, poète des lumières de l’Afritude

                                                         

par Raymond Mbassi Atéba et Martin Paul  Ango Medjo

 

 

 Fiat lux ! Que la lumière[1] soit. Lumière, de son ancêtre latin lux, est l’unité d’éclairage qui exprime la sen­sa­tion qu’on éprouve devant une sur­face éclai­rée par une source lumi­neuse. Jacques Fame Ndongo s’est inter­ro­gé sur ce qu’est la lumière et son rôle dans la cryp­to-com­mu­ni­ca­tion. L’auteur d’Espace de lumière (2000) explique :

« Qu’une infi­ni­té de lumières existe. Mais nous ne pou­vons appré­hen­der, grâce à nos sens, que ce que l’on appelle, pro­saï­que­ment, la « lumière visible » lon­gueur d’onde com­prise entre 0,4 et 0,8 micro­mètre : (10-6m) 145. Ne soyons donc pas sur­pris d’apprendre qu’il y a des lumières que nous ne voyons pas. Tout est ques­tion de fré­quence et de lon­gueur d’onde, c’est-à-dire de vibra­tions, tant au niveau de la matière (corps dense) que de l’immatériel (corps lumi­nes­cent). Le mer­veilleux temps des pho­nons et des pho­tons »,

 

          L’esthétique roma­nesque de Mongo Beti (1985), Le Prince et le Scribe (1985), Paul Biya ou l’incarnation de la rigueur(1985), Nnanga kon (1988), La com­mu­ni­ca­tion par les signaux en milieu rural. Le cas du Cameroun (1991), Un regard afri­cain sur la com­mu­ni­ca­tion. À la décou­verte de la géo­mé­trie circulaire(1996), Espaces de lumière (2000), Le Temps des titans (2002), Médias et enjeux des pou­voirs. Essai sur le vou­loir-faire, le savoir-faire et le pouvoir-faire(2006), Le Merveilleux champ des pho­nons et des pho­tons (2007), Ils ont man­gé mon fils (2007), L’A-fric (2008). Chef tra­di­tion­nel, homme poli­tique, écri­vain, essayiste, poète, jour­na­liste, cryp­to-com­mu­ni­co­logue, sémio­ti­cien, ensei­gnant, cher­cheur, Chef de dépar­te­ment, Directeur, Recteur, Ministre. Autant de des­ti­na­tions que le souffle de l’âme de Jacques Fame Ndongo emprunte pour s’incruster dans les cœurs et les sou­ve­nirs. Pour ten­ter de res­ti­tuer, très briè­ve­ment, l’étymon au sens de source vivi­fiante de cette lumière qui jaillit de la galaxie tra­cé par  la plume flam­boyante de cet esprit hors pair, il importe de pré­ci­ser d’emblé que l’heureux attrait de l’éclatante figure de la poé­sie de Jacques Fame Ndongo s’incarne jus­te­ment  dans l’un de ses per­son­nages majeurs, Jean et au sujet duquel Andréas affirme : Jean sera la lumière de notre vil­lage ![2]

Espaces de lumière appa­raît donc comme cette intel­li­gence, comme cette lan­terne émise par l’âme rayon­nante d’un artiste[3]. Car, comme l’explique Patrick Drout, il existe sept étapes de la conscience humaine. Le niveau 7, les niveaux de conscience14, 21, 28, 35, 42,49. Le niveau de conscience 42,  écrit-il, est le plan cos­mique : lumières qui brillent, niveau de fré­quences intel­li­gentes, lumière de la créa­tion. Champ de l’énergie rela­ti­viste. (Le mer­veilleux temps des pho­nons et des pho­tons, p.168.)

 Dans sa poé­sie, Jacques Fame Ndongo fait valoir une force vitale, une éner­gie trans­mise et qui fait vibrer des ondes lumi­neuses selon une fré­quence sus­cep­tible d’être cap­tée par tous. Il pré­cise :

Il s’agit de corps luminescents(ou « corps de lumière » selon la ter­mi­no­lo­gie du phy­si­cien fran­çais Patrick Drout) consti­tués de pho­tons (plus petites par­ti­cules de lumière char­gées d’énergie mais ayant une masse au repos nulle), et pou­vant cap­ter des pho­nons (quan­tum d’énergie acous­tique ana­logue pour les ondes élec­tro­ma­gné­tique) émis selon une fré­quence pré­cise.[4]

 

                En par­cou­rant les che­mins de son ins­pi­ra­tion, Jacques Fame Ndongo ins­crit, avec soins, la poé­sie fran­co­phone moderne dans l’esprit des lec­teurs.   Entouré d’un halo de magie où les vers évo­luent comme dans des lieux secrets en pleine forêt dense, son vers sent le souffle de l’Afrique avec ses héros, ses his­toires, ses  croyances et ses tra­di­tions.

             Dans ses poèmes, Jacques Fame Ndongo s’emploie à mobi­li­ser minu­tieu­se­ment des his­toires qui illu­minent un monde qu’il connaît bien, lui jusqu’à qui les muses font grâce de des­cendre leur verbe. Le lec­teur y retrouve de nom­breuses allu­sions, tel­le­ment le poète est proche d’un his­to­rien au sens jus­te­ment de his­tôr, témoin, celui qui sait parce qu’il a vu ou vécu. Ce qu’on ne peut nier, c’est que l’auteur de Le mer­veilleux champs des pho­nons et des Photons donne le témoi­gnage d’un aède affi­lié à la magie de la cryp­to-com­mu­ni­ca­tion dont il a une maî­trise par­faite. Sa poé­sie se tresse sur de nom­breux thèmes qui estam­pillent sa plume d’un style ori­gi­nal où coule une parole si imma­cu­lée et si saine et où on y découvre le charme d’un grand génie au sens de genius, être aguer­ri d’une apti­tude extra­or­di­naire à créer des choses d’une qua­li­té excep­tion­nelle.

         Dans la mobi­li­té de son ima­gi­naire, Jacques Fame Ndongo incarne la voix envoû­tante de l’enchanteur des lettres et de la danse des mots dont l’action sou­vent invi­sible séduit. C’est bien ce qui fait dans son lyrisme ce que Cicéron appe­lait uenus­tas, la séduc­tion. Une poé­sie  d’une archi­tec­ture riche, d’un tra­vail poé­tique bien orches­tré et qui appa­raît fina­le­ment comme un édi­fice monu­men­tal digne d’un grand ouvrier d’expression poé­tique. Comme l’aède  homé­rique qui n’écrit pas et ne pense pas fabri­quer non plus, Jacques Fame Ndongo a reçu la parole des Muses de la forêt qui lui ont insuf­flé le chant poé­tique afri­cain.

           Sur les pentes de l’hélicon, les déesses semblent s’adresser au poète, à l’auteur de Le temps des Titans (autre recueil de poèmes publié par les Presses Universitaires de Yaoundé en 2002), pour faire de lui l’un de leur porte parole. Rencontrant les Muses de nuit, comme Hésiode, il ne reçoit pas le sceptre de lau­rier comme lui, mais une plume, emblème de sa voca­tion diurne. Dans Espaces de lumière Jacques Fame Ndongo réus­sit ain­si à faire triom­pher avec une telle sou­ve­rai­ne­té, le pou­voir magique de l’écriture. C’est la marque dis­tinc­tive de sa sub­jec­ti­vi­té et le signe conscient d’une exhi­bi­tion séduc­trice, d’une coquet­te­rie au sens d’orna­tus, une écri­ture qui se voit comme emblème de poé­sie où l’esthétique est inti­me­ment gou­ver­née par l’éthique. Espaces de lumière, sous ses aspects dyna­miques, annonce l’expression artis­tique d’aujourd’hui et de demain. Expression par laquelle l’humanité échappe à l’obscurantisme.

 

 


[1]  op.cit., p.144.

 

 

[4] Jacques Fame Ndongo, Le mer­veilleux temps des pho­nons et des pho­tons, Essais sur les fon­de­ments scien­ti­fiques de  la com­mu­ni­ca­tion afri­caine, op.cit., p.79.