> Rouge contre nuit (4)

Rouge contre nuit (4)

Par |2018-10-22T18:51:55+00:00 25 décembre 2014|Catégories : Chroniques|

Ne crois qu’en la lumière, celle qui t’oblige à ouvrir les lèvres.

 

Feuille pliée : prin­cipe éta­bli des poèmes publiés par Laurent Albarracin au Cadran ligné. Texte unique, d’une dizaine de lignes maxi­mum, tenant sur une page. Laurent Albarracin explique : « Ce qui me plaît dans cette contrainte en par­tie liée au choix de coûts réduits de fabri­ca­tion et de port, c'est bien sûr l'obligation d'excellence du poème, le fait qu'il devra tenir debout iso­lé­ment, faire livre si je puis dire à lui tout seul. Cela implique pour moi un fonc­tion­ne­ment au coup de cœur abso­lu, chaque poème devant m'émerveiller assez pour le publier tel quel et non pas j'allais dire miti­gé dans un ensemble. J'aime assez en poé­sie les notions de den­si­té, d'évidence pour pen­ser qu'un poème seul, par l'éclat qui peut être le sien, puisse méri­ter une édi­tion à l'unité. »1

La cou­leur ivoire porte un seul poème donc, celui de Pierre Dhainaut, Lignes de faîtes. Quels faîtes, quels som­mets ? La vision quo­ti­dienne de la ligne d’horizon se per­drait-elle par­fois dans le ciel de la mer du Nord ? Où lire les lignes du vol des « oiseaux de la mer » ?

Nous connais­sons la houle et le souffle que les poèmes de Pierre Dhainaut par­tagent dans l’espace clos du texte. Or le pre­mier vers résonne dans les autres : même injonc­tion dont le verbe varie (de la res­tric­tion du vers 1, au conseil puis à l’interdiction et à l’incitation dans les sui­vants) pour enser­rer avant de la rendre à l’air la néces­saire ouver­ture. Rien n’est clos : cinq phrases (apoph­tegmes ?) pour que les noms ne pré­existent pas à l’accueil, ils fixe­raient un seuil à la per­cep­tion.

Ce qu’il faut dénouer, les lettres, une à une entrées dans le poème, le révèlent alors.

« [L]es ailes, les vagues », en deux extrêmes jux­ta­po­sés, signent l’alliance. Vers ces deux pôles mène l’injonction décli­née dans le poème.

Rythmes, asso­nances et alli­té­ra­tions les lie par l’écho sonore :

« Les ailes, les vagues avant de voir écoute le cœur est d’accord. » (Les consonnes par trois : l-v-t.)

Les signes, ins­crip­tions ouvertes au silence et au son élar­gissent l’espace. Somme de noms révé­lés dans le désordre d’une flo­rai­son secrète et néces­saire.

Pour l’exprimer – un élan. Ligne d’horizon ini­tiée par le poème dont l’accomplissement scelle la seule pro­messe.

 

_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​_​

Les livres de la col­lec­tion « d’un seul poème » sont impri­més à cent cin­quante exem­plaires sur papier ver­gé. Le Cadran ligné – Le Mayne – 19700 Saint-Clément

http://​www​.net​vibes​.com/​a​l​b​a​r​r​a​c​i​n​#​C​e​_​q​u​e​_​j​e​_​f​a​i​s​_​p​a​r​f​ois

laurent.​albarracin@​gmail.​com

X