> S’attendre à tout (sur Sénèque)

S’attendre à tout (sur Sénèque)

Par | 2018-02-26T04:15:12+00:00 30 novembre 2015|Catégories : Chroniques|

 

 

S’ATTENDRE A TOUT…

Je dois être très hon­nête : je ne suis pas spé­cia­le­ment stoï­cien, et, dans l’Antiquité,  ce ne sont jamais Epictète ou Marc-Aurèle qui ont rete­nu mon atten­tion. Encore que j’aie tou­jours fait un cas à part pour Sénèque dont, à lire soi­gneu­se­ment son théâtre, j’ai sans cesse mis en avant qu’il était d’abord ibé­rique. Mais enfin, il a fait car­rière à Rome, et l’on ne peut pas l’ignorer !

Toujours est-il que, dans la même col­lec­tion où étaient déjà parus des extraits choi­sis de Thérèse d’Avila et de maître Eckhart (quelle meilleure com­pa­gnie que celles-là ?), les Editions Arfuyen nous pro­posent un Ainsi par­lait Sénèque, dont le sous-titre latin est bien évi­dem­ment un Ita loque­ba­tur, tra­duit et pré­sen­té par Louis Gehres, – dans une ver­sion bilingue, s’il vous plaît !

Et je recon­nais bien volon­tiers que, si je ne crois pas en l’ekpy­ro­sis

Malgré tous les réfé­rents mytho­lo­giques que celle-ci peut avoir, j’ai été frap­pé par des textes que je n’avais jamais lus, et qui, hélas ! rendent bien compte de notre humaine condi­tion… A témoin, par exemple, celui-ci, tiré de la Consolation à Polybe (Ad Polybium de conso­la­tione) : « C’est pour cela qu’on nous élève tous : qui­conque reçoit la vie est des­ti­né à la mort. ( …) le des­tin sai­si­ra l’un plus tôt, l’autre plus tard : il n’oubliera per­sonne. Que l’âme se tienne prête au com­bat, que jamais elle ne craigne l’inévitable et tou­jours s’attende à l’incertain. » (AP, 11, 3).

Mon âme ne se tient pas vrai­ment prête au com­bat, mais là gît bien la seule dif­fé­rence réelle : nous savons très bien que nous ne vivons que pour mou­rir à la fin, et si je pense que c’est un des­tin nor­mal et que tout le pro­blème est de l’admettre sans bar­gui­gner (mais je sais bien que c’est de l’ordre de la croyance per­son­nelle), je n’en ai pas moins de l’admiration sur la manière dont Sénèque, plus ou moins sur l’ordre de Néron empe­reur, s’est ouvert les veines dans sa bai­gnoire…

Au total, un livre à lire et sur lequel beau­coup réflé­chir !