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Thérèse Plantier

Par |2018-11-21T19:54:30+00:00 31 août 2012|Catégories : Essais|

          Née à Nîmes, en 1911, Thérèse Plantier fut long­temps ensei­gnante à Marseille, puis reti­rée à Faucon dans le Vaucluse. Elle com­men­ça à publier, en 1945, vivant pas­sion­né­ment le sur­réa­lisme. En 1964, Thérèse Plantier répon­dit avec délec­ta­tion à l’enquête de la revue La Brèche sur les « repré­sen­ta­tions éro­tiques ». André Breton la com­pli­men­ta pour sa réponse. Il avait d’ailleurs déce­lé en elle : « une vio­lente volon­té de ver­tige ». Plantier rétor­qua : Je ne m’exprime qu’en sur­réa­liste. Le temps n’est pas venu où l’on puisse s’exprimer autre­ment. Thérèse Plantier par­ti­ci­pa aux réunions sur­réa­listes, au café La Promenade de Vénus et fut invi­tée chez André Breton, à Saint-Cirq-Lapopie (Lot). Thérèse Plantier prit ensuite ses dis­tances, non avec Breton, mais avec son entou­rage, pour se rap­pro­cher davan­tage du Pont de l’Epée de Guy Chambelland et de « la Poésie pour vivre » de Jean Breton.

            Liée d’une forte ami­tié à Simone de Beauvoir et à Violette Leduc (à qui elle écri­ra : « Vous écri­vez comme Van Gogh peint »), Thérèse Plantier entre­prit très tôt, comme l’a écrit son ami Jocelyne Curtil, une étude cri­tique du  dis­cours des hommes dans dif­fé­rents domaines : phi­lo­so­phie, anthro­po­lo­gie, eth­no­lo­gie, socio­lo­gie… et se pen­cha sur les reven­di­ca­tions fémi­nistes, pour édi­fier sa phi­lo­so­phie : le « fémo­nisme inté­gral », qu’elle mit en œuvre dans ses livres de poèmes, qui se veulent défense et illus­tra­tion d’un lan­gage spé­ci­fi­que­ment « fémo­nin ». Du lan­gage, ins­tru­ment de l’asservissement des femmes, Plantier fit un ins­tru­ment de libé­ra­tion. Appropriation-des­truc­tion-recréa­tion du lan­gage, telle est la triple voie qui don­ne­ra exis­tence à l’être-femme. Plantier reprit l’assertion de Montaigne (« Les femmes n’ont pas tort quand elles refusent les règles qui sont intro­duites au monde, d’autant que ce sont les hommes qui les ont intro­duites sans elles »), pour affir­mer : « Moi qui n’ai pu jusqu’ici me sai­sir par aucun concept, je contes­te­rai glo­ba­le­ment pen­sée, lan­gage, culture (« il faut la détra­quer, cette culture de com­mer­çants, c’est-à-dire faire appa­raître ce qu’elle est, un car­rou­sel de mythes, une machine à décer­ve­ler, un écra­bouilleur »), mœurs (« à chaque fois qu’est invo­quée la morale – une rivière tran­chée se convulse sans s’atteindre »), hideux gou­ver­ne­ments (« gou­ver­nés ava­chis, les lois, les juri­dic­tions, les armées, les ensei­gnants… »)

            Thérèse Plantier cher­cha à tout empoi­gner, tout trans­for­mer, tout malaxer, afin de démys­ti­fier toutes ces conso­la­tions que nous inven­tons pour sur­vivre. Sa voix épou­sa celle des élé­ments : brise ou tor­nade. Ses vers, sou­vent courts, cla­quèrent au vent. De nom­breux poèmes sont des récits oni­riques, bur­lesques, des anec­dotes à facettes, de style baroque, menées avec brio, fan­tai­sie, humour. Le poète donne vie à tout ce qui l’entoure grâce à la magie du « sur­vrai », si proche du sur­réel, d’un lan­gage réin­ven­té : « mire-œuf arsé­nio-sul­fure », car le lieu de la parole est lieu de vie. Thérèse Plantier écrit aus­si pour échap­per à la mort, la nar­guer, la tra­ves­tir, l’apprivoiser (« mots anti-mort, mort anti-mots »). Ainsi, par la parole, le poète trans­forme la mort en lumière ; la mort devient « cet espace – où s’éteignent les lampes – à mesure que gran­dit comme une ombre la lumière »). Femme-mots, Thérèse Plantier nous dit : « J’appartiens à mes paroles – je les donne – et ain­si me trans­porte ailleurs : même dans le puant aux varices ban­dées ». Bien qu’elle s’interroge : « L’amour ne serait-il pas contrainte, n’aurions-nous pas été contraints à l’amour ? Sans le savoir, sans le vou­loir ? » Toute sa poé­sie est mar­quée au sceau de l’amour, « ce bruis­sant besoin ». Cette poé­sie scrute, palpe, décante la femme pour mon­trer la dés­in­té­gra­tion morale du monde, per­ver­ti par les hommes, tour­nant en ridi­cule la domi­na­tion mas­cu­line pour libé­rer la femme de son alié­na­tion cultu­relle. L’angoisse, la déchi­rure du temps, la mort, la des­truc­tion, la déchéance, ne trouvent guère d’antidotes, qu’en la révolte, l’amour char­nel, l’écriture et la liber­té.

            Une chose est cepen­dant cer­taine, c’est que l’œuvre de Thérèse Plantier ne met pas à l’aise. Elle inquiète. N’avait-elle pas écrit : « Je veux me connaître par ces mots qui me dérobent à moi-même. »

            Signalons enfin que Thérèse Plantier, nature vol­ca­nique, aus­si inéga­lable qu’ingérable, eut quatre maris. Le der­nier, Robin Morlot, avait vingt-cinq ans, lorsqu’il fit sa ren­contre (elle était alors âgée de soixante dix ans) : un gar­çon pour lequel je ne veux pas dor­mir – afin que mon cœur gronde et chauffe – comme un moteur exten­sible. Le « grand gar­çon fra­gile » se don­na la mort, après la dis­pa­ri­tion du poète.

            Thérèse Plantier a publié des poèmes dans la 2ème série des HSE, revue qui fut la seule à signa­ler sa dis­pa­ri­tion et à lui rendre hom­mage. Thérèse Plantier fut éga­le­ment pré­sen­tée (par Jean Breton) comme « Porteur de Feu » dans Les HSE 1 (3ème série, 1997). Un dos­sier (signé Jocelyne Curtil et Alice Colanis) lui a été consa­cré dans Les HSE 13/​14 (3ème série, 2003).

            Thérèse Plantier est l’auteur d’une œuvre poé­tique mael­ström, géniale, ori­gi­nale et chao­tique, qui compte par­mi l’une des plus fortes de la poé­sie contem­po­raine. L’une des plus grandes Voix fémi­nine du siècle, à nos yeux, avec Joyce Mansour, Claude de Burine et quelques autres.

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