> Un autre « lecteur moyen » : sur la poésie anglophone contemporaine (3)

Un autre « lecteur moyen » : sur la poésie anglophone contemporaine (3)

Par | 2018-02-20T20:13:36+00:00 23 septembre 2014|Catégories : Essais|

 

Vonani Bila, poète et musicien sud-africain

 

Vonani Bila, habi­tant le vil­lage de Shirley en Limpopo, nous écrit ceci au sujet de son ins­pi­ra­tion :
 

J’écris ce que je res­sens en espé­rant que ce que je res­sens impose la struc­ture même d’un poème. Je veux créer des poèmes forts, forts sur­tout de leur construc­tion nar­ra­tive sur­gis­sant de moi-même selon mes propres rythmes. Je deviens fas­ci­né au moment où le poème découvre un nou­veau voca­bu­laire qui pro­vient de la struc­ture éthique du texte, lui don­nant une construc­tion unique et indé­pen­dante capable de s’expliquer lui-même sans que l’auteur ait à venir à son secours. Mes poèmes sont ins­pi­rés par la vie, les rêves, les obser­va­tions, les luttes, l’histoire, les sou­ve­nirs d’enfance, les récits qui sortent tout spon­ta­né­ment des lèvres des gens dans les taxis, les bus, les trains, les avions et les bateaux, récits qui me retiennent col­lé au poste de radio et aux pages des jour­naux et qui doivent être décou­pés et mis dans des dos­siers pour les sau­ve­gar­der, des poèmes qui m’arrivent du sif­fle­ment dans les herbes des plaines, du vent qui hurle, des arbres fré­mis­sants ou même du silence.”

Le Cochon” et “Passage sacré” repré­sentent deux registres, deux tona­li­tés, deux humeurs dif­fé­rents de Bila. Tous les deux font preuve de la pré­di­lec­tion  du poète pour les formes nar­ra­tives. “Le Cochon” est une para­bole où Bila tourne en ridi­cule le mal­heur, sinon le Mal même, incar­né dans l’image de ce gros méchant porc qui fait pen­ser à une gra­vure de Daumier ou bien aux pein­tures sati­riques de Georg Grosz.

Inspiré par la mort d’une soeur bien-aimée, “Passage sacré” appar­tient au genre de l’oraison funèbre au rythme solen­nel et mesu­ré pro­non­cée au seuil même de la mai­son mater­nelle sym­bo­lique du clan qu’elle pro­tège, épo­pée fami­liale en rac­cour­ci où  défilent les géné­ra­tions  des êtres les plus chers au poète.

La poé­sie de Bila pré­sente donc une syn­thèse toute contem­po­raine d’éléments lyriques et  nar­ra­tifs qui puisent dans la tra­di­tion bar­dique la plus ancienne selon laquelle l’on confie le devoir solen­nel au poète de dire et de chan­ter l’histoire de son peuple.

Vonani Bila écrit ses poèmes en deux langues, le xit­son­ga et l’anglais. Il est édi­teur de la revue Timbala et fon­da­teur d’un pro­gramme rési­den­tiel pour écri­vains. 

 

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