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Vu du Sud (4)

Par |2018-10-21T05:58:38+00:00 29 juillet 2013|Catégories : Chroniques|

 

Poète et des­si­na­teur, admi­ra­teur d’André Breton, il fait par­tie du Groupe Surréaliste de Meknès(Maroc) dans les années soixante-dix. Mostapha Fadel est l’auteur de Chants Multiples et de Dires à Quatre, recueils de poé­sie où le poète réta­blit à tra­vers son écri­ture les valeurs du Dadaïsme et du sur­réa­lisme ain­si que son atta­che­ment incon­di­tion­nel à la pen­sée d’A. Breton.

L’auteur désar­ti­cule la langue on se ser­vant de la musique des mots qu’il malaxe, trans­forme au gré de ses ins­pi­ra­tions sans craindre les approxi­ma­tions hasar­deuses de la langue.

Dans ses qua­trains, c’est le sens intime de la socié­té qui est pré­texte à la déri­sion, aux fatra­sies qui se pré­sentent au lec­teur sous leurs formes trans­fi­gu­rées, absurdes et en marge de « la rai­son ». A. Breton dit que ‘’l’image sur­réa­liste la plus forte est celle qui pré­sente le degré d’arbitraire le plus éle­vé, celle qu’on met le plus long­temps à tra­duire en lan­gage pra­tique, soit qu’elle recèle une dose énorme de contra­dic­tion appa­rente, soit que l’un de ses termes en soit curieu­se­ment déro­bé (…) soit qu’elle déchaîne le rire ‘’

Les Dessins qui accom­pagnent les qua­trains ont été réa­li­sés par Mostapha Fadel entre 1970 et 1980. On retrouve dans ses des­sins ce même désir de révolte contre les tra­di­tions, contre le clas­si­cisme, enten­du ici comme une bar­rière à la liber­té d’expression du corps et de l’esprit.

Nasser-Edine Boucheqif

 

Dires à Quatre


A

Alpha disaient les Premiers 
A nous la main tes bai­sers langue ven­ter
Autour et tout à tour paroles à chan­ter
A nous payer tri­bu si vils nous entraves fait

B

Bach efface réécrit et sou­vent fugue ou toquade
Bref tout siècle inven­ta dia­logue
Basse ou contre sa musique tonne encore tou­jours
Baisez mains et doigts à cet homme je dois tout

C

C’est qui manque au tri­angle faire car­ré
Comme la plume au papier deve­nirs
Contes ou récits nos enfants entendent
Car à eux jamais musiques je ne tai­rai

D

Dahomet disait sais seules femmes man­quaient
Diagonale voix les hommes non écrits men­taient
Dires je sais grand homme que c’était
Diantre que de nous faits quand la parole se tait

E

Evidemment bien à toi tout hon­neur
Enfant ta langue fait vies je revis
Entrains lacustres je te sub­tile les jours cha­lou­pés
Et quand dans ma bouche beau devient tout mot

F

F’é l’indien ou le clown content
Fusils tuent jamais à ta main
Formel soit Kant les Hommes s’absentent ou guerre
Fermat le beau Infini tu sais à toi Donna écrits

G

G’ai tu me fais aimée libre espace lagu­naire
Gaillarde toute lettre aus­si que j’écris
Gardons alors ce que César a cru avoir
Gageons deux nos bras cueilloirs lunes et étoiles

H

Haï haï ma mère disait quand éton­née
Halenée elle de saveurs d’Orient
Hâtive de la main écar­tait tout mau­vais grain 
Houdre le blé pain à moult offrit

I

Il pleut c’matin petit brouillard léger
Idiomes s’annoncent ver­ti­caux
Ici Rieman quo­tient juste fine pluie
Impénétrable non sauf pour âme qui luit

J

Je suis dési­rs raci­naux
Jeûneur mais dix andouillers de chaque côté 
Joaillier aus­si faire votre bouche col­lier
Justes joies quand les marées Lune vous vois

K

Kantor prêtre oui mais défro­qué par­tout
Kiliare non mais immen­si­té tu eus pro­vo­qué pro­fa­né
Kyrie tu tuas j’suis tout comme toi
Khan toi voi­là le monde tourne mieux comm’ça

L

L’orpailleur du temps tout radi­cant
Luxe ou lyre à peine le corps cour­bé 
Luisent dans sa poigne les der­niers bai­sers don­nés
Lui là jamais las tou­jours près Or à redon­ner

 


M

Mal mas­qué le poète âtre a dit
Main aus­si tâte point ne rature
Mots râles quand le doigt désigne
Maintenant que tan­gent l’aqueduc libre s’écoule

N

Non c’est bon mot et remots à dire
Nul voi­là tout homme qui impose
Négative ou nar­ra­tion mon équa­tion ful­mine
N’à peine dit je me mets rouge colère

O

Œil  bour­dons vents entend
Oreille cyclopes courbes voit
Organisons alors comme se doit
Oh et que bien l’Amour y soit

P

Partout entends dire
Par là Homme ne vit
Pourtant j’y suis inté­gral amis entou­ré
Par diable on ne voit plus ou coi

Q

Quand lève le matin
Quant aux mau­vais rêves pas de quar­tier
Quantique tout à fait invite le jour   
Quar je me sors du bon pied voyons

R

Restons paral­lèles Lobatschewsky s’en va
Rient les moqueurs aus­si Euclide s’y joint
Résolus ce point nous l’aurons
Rien ne sert vite réin­ven­tons le temps

 

S

Suis là deux sans être las voyance
Sûr je vous regarde le coeur y est
Sauriez-vous faire le geste le pas
Saluez et dix comme il se doit

 

 

T

Tin-tin disent les enfants polis­sons
Tiens aus­si camps les choses mal vont
Te retiens moi seule­ment te faire digne vingt grand
Tutoies tu dois ta beau­té me fait homme qui voit


U

Ums d’Egypte vio­lées des vingt sacri­fiées
Ulalas cent aus­si des femmes ber­bères
Usurpée mil­lé­naire leur beau­té per­due
Une fois osons usons armes ces hommes tom­ber fer

V

Viens mon enfant ché­ri face droite
Visitons terres où pas­se­reaux accueillent font hon­neur
Venise et Milan aus­si étales d’épices
Vois-tu car Rome à nous ne fait plus peur

W

Walou makache le vil se bros­se­ra
Wandales hus­sards pas­sez nos pas comptent  
Words et mots à nous par eux péri­rez tac
Woyons la main donne ne frappe que le tyran

X

Xa tienne bon­té divine dix fois même
Xé tu marches et sou­lèves clairs de Lune
Xénélasie pour­tant ta bouche m’a fait abri
Xylestes toi et moi que Grenade est belle savou­rons

Y

Yroquoi y’a plus enivrés cou­lés
Yrondelles se cachent coup de fusil ou gun
Yroglyphes déri­vés ven­dus
Yls veulent plus quoi encore

Z

Ziffle mon enfant point d’interdits
Zange tu es bavar­dages Anciens oubli
Za plu­sieurs len­de­mains tu feras
Zappe Rap pas celle-là musique point ne te gran­dit

X