> Alain Wexler nous parle de la revue Verso

Alain Wexler nous parle de la revue Verso

Par | 2017-12-28T10:46:11+00:00 30 octobre 2017|Catégories : Essais & Chroniques, Revue des revues|

 Tout ce que l’on doit savoir sur Verso

 La technique d’impression !

Verso a été fon­dé en avril 1977 par Claude Seyve et moi-même. Nous com­po­sions les pages avec des com­pos­ters et des polices Freinet et les tirions à la main sur une presse à épreuves Freinet éga­le­ment. La reliure était faite avec du fil et une aiguille ! La revue n’était pas très épaisse. Nous tirions 5 n° par an.

Plus d’un an après nous fîmes la connais­sance de Joseph Beaude qui nous pro­po­sa de taper Verso sur sa machine à boule élec­tro­nique. J’achetai ma pre­mière presse off­set d’occasion. Une vieille Rotaprint ! Le ven­deur me fit connaître le pro­cé­dé Agfa Copyrapid. Une feuille tapée à la machine à écrire, inso­lée repro­dui­sait son image sur un film qui à son tour se décal­quait sur une plaque off­set spé­ciale, film et plaque pas­sant entre deux rou­leaux pres­seurs dans un bain de révé­la­teur. J’ai tra­vaillé de cette manière jusqu’au n° 107.

Le n° 109 a été le pre­mier issu de films ou trans­pa­rents tirés direc­te­ment à l’imprimante à par­tir d’un fichier infor­ma­tique. Ces films sont impri­més à l’envers de sorte que le côté émul­sion du film se trouve col­lé contre la plaque off­set au moment de son inso­la­tion par 6 lampes U.V. pen­dant 3 minutes envi­ron. La plaque est déve­lop­pée dans une solu­tion proche de la soude caus­tique, puis rin­cée et gom­mée, c’est à dire enduite de gomme ara­bique pour la pro­té­ger de l’oxydation. Il suf­fit de la rin­cer à l’eau cou­rante et de l’égoutter pour s’en ser­vir, c’est à dire de la caler sur le cylindre porte-plaque de la presse off­set.

Revue Verso

Verso, revue de poé­sie tri­mes­trielle

Abonnement : 22 € par an à l’ordre de Verso
Alain Wexler 547 rue du Genetay
69480 Lucenay
Prix du numé­ro : 6 €

Cette der­nière pos­sède de nom­breux rou­leaux encreurs dont un qui va dépo­ser de l’encre sur la plaque. Celle-ci devien­drait toute noire si un rou­leau revê­tu d’un man­chon tex­tile, genre ser­viette éponge, ne l’humectait régu­liè­re­ment. Cela s’appelle le mouillage. L’offset, c’est de l’encre et de l’eau. Le pro­cé­dé d’imprimerie le plus souple et le plus éco­no­mique qui soit.

J’ai connu 3 presses off­set avant la Hamada 500 CDA que j’utilise depuis le n°108. Dans l’ordre : une Rotaprint, une Abdick et une Multilith.

La reliure

Verso a été agra­fé jusqu’au n° 130. Verso devait s’agrandir. Il lui fal­lait un dos car­ré col­lé !

La relieuse manuelle Fastbind, maté­riel fin­lan­dais, allait le per­mettre. Faire la reliure est aus­si poin­tu que d’imprimer. D’autant que cette relieuse laisse beau­coup de place à l’initiative per­son­nelle ! Dans la limite des 7 secondes dans l’absolu, temps de refroi­dis­se­ment de la colle à par­tir du moment où elle est éta­lée sur le dos de la liasse et l’instant où la cou­ver­ture est rabat­tue des­sus et mise en pres­sion. Vu comme ça, cela paraît simple. Cela le devient après 10 ans de pra­tique ! Avec du papier bam­bou de 250 grammes il faut 23 secondes de pres­sion sinon gare aux gri­maces diverses ! 10 secondes suf­fi­raient avec des cou­ver­tures de plus faible gram­mage. Par exemple 150 grammes. Je vous fais grâce de toutes les opé­ra­tions pré­li­mi­naires, les dif­fé­rentes coupes des piles de liasses impri­mées, de l’impression de la cou­ver­ture qui prend une jour­née de tra­vail. Du pliage des cou­ver­tures dont la réus­site de la reliure dépend tota­le­ment.

La poésie

Claude Seyve vou­lait appe­ler la revue Louisa, allu­sion au pas­sé ouvrier anar­chiste de la ville des canuts : Lyon.  Je lui ai dit : on va ouvrir un dic­tion­naire au hasard plu­sieurs fois jusqu’au bon titre. Ce qui fut fait. Verso, l’envers des choses, de l’autre côté du miroir. J’éprouvais une véri­table pas­sion pour Lewis Caroll. Je n’ai pas chan­gé.

Nous choi­sis­sions Claude Seyve et moi les textes reçus par la poste. Plus tard, lorsqu’un comi­té de lec­ture fut ins­ti­tué, nous fîmes la remarque tous deux que les textes qui nous plai­saient été évin­cés.

Lorsqu’en 1998 je me suis retrou­vé tout seul pour réa­li­ser Verso j’ai renon­cé au comi­té de lec­ture et appli­qué les règles qui étaient en vigueur les pre­mières années de Verso. C’est à dire publier les jeunes poètes ou moins jeunes ! Sur la base de la qua­li­té de l’écriture seule­ment sans aucune réfé­rence à une mode quel­conque. Ce sont ces poètes-là qui seront connus demain. D’une manière plus géné­rale j’affirme que c’est le poète ou l’artiste qui crée la nou­veau­té ou l’idée du moderne. Pas des ins­tances diverses dont le pou­voir m’est de plus en plus insup­por­table.

Les textes sélec­tion­nés sont ran­gés dans des enve­loppes datées et publiés par ordre chro­no­lo­gique.

Dans la revue je les dis­pose dans un ordre qui dépend du titre. Résultat d’une ana­lyse presque sur­réa­liste ! Les pre­mières pages sont celles qui répondent au plus près du titre décou­vert. Les textes s’enchaînent grâce à des char­nières : une idée, un mot suf­fisent.

L’organisation de la revue

Le pro­logue : L’analyse des textes qui abou­tit à un titre comme si un appel à thème avait été lan­cé se pour­suit dans un pro­logue. C’est un méta-texte où je com­bine des idées rela­tives au titre et des extraits des textes publiés. Le pro­duit obte­nu tend vers un texte auto­nome. Il doit en théo­rie mon­trer une forte uni­té. Le lec­teur ne devra pas s’étonner si des petites scènes de la vie cou­rante s’y glissent. Non sans rap­port avec les textes publiés ! Le sel de la revue !

Notes sur les auteurs :

Chaque auteur publié a droit à une pré­sen­ta­tion bio­bi­blio­gra­phique.

Les chroniques : 

Quelquefois le lec­teur a la chance de trou­ver la chro­nique lyon­naise de Marinette Arabian. J’ai habi­té pen­dant 15 ans le même quar­tier qu’elle dans le 3ème : Montchat. Ses chro­niques dépassent de loin la rubrique de quar­tier.

Miloud Keddar assure une rubrique artis­tique mais tient à voir ses poèmes publiés dans ce cadre. Le point com­mun est une réflexion sur la créa­tion.

La revue des revues :

Christian Degoutte la nomme : En salade. La plus impor­tante revue des revues en France. Je sais qu’elle est très lue.

Les lectures :

Valérie Canat de Chizy, Jean-Christophe Ribeyre et moi-même recensent un maxi­mum de livres. Gérard Paris aus­si.

Notes, chro­niques et lec­tures occupent envi­ron 30 pages de la revue.

 

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Alain Wexler

Alain Wexler est né à Ambert dans le Puy de Dôme. Il dirige et imprime la revue Verso depuis 1977. Il vit dans le Beaujolais et se par­tage entre le tra­vail pour la revue et les régions qu’il aime par­cou­rir à vélo ou à pied (Grèce, Auvergne, val­lée de la Loire…).

Il anime régu­liè­re­ment des lec­tures de poé­sie à Paris et à Lyon.

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