Il a fallu tout enlever pour se retrouver comme ça en lisière du monde… Il a fallu désarmer le passé pour être au présent, rien qu’au présent, à écouter ce que dit la voix, mais quelle voix ? La voix qui vient…
… voilà ce que lève en moi la lecture de désarmée désarmante.
Frédérique de Carvalho dit quelque part : « j’écris à la voix comme d’autres naviguent à l’estime ». Sans recourir à une carte, une boussole, en toute liberté. Depuis qu’une voix s’est tue alors qu’auparavant :
une voix brise la paroi je vole
en mille éclats
La poète décrit la chose dans la partie de son poème titrée « scène du crime », qui dessine un avant et un après :
tu te souviens de la peur de découvrir le corps dans un coin
de couloir derrière une porte au fond d’une baignoire du sang
encore et partout cette odeur de mort fraîche dans l’épaisseur
molle de l’oubli

Frédérique de Carvalho, Désarmée désarmante, Editions Isabelle Sauvage, 2025, 132 pages, 18 €.
… comme si était enfin déliée une attache mortifère : ce corps a disparu ! Dans un entretien avec Anne Malaprade, l’auteure donne une clé : la mort de sa mère fut pour elle une libération – la fin de sa soumission d’enfance.
Ainsi trouve-t-elle ce qu’elle nomme « un second souffle », qui est son art littéraire, et qui se révèle être aussi une façon de renouer ce qui fut dénoué :
des choses comme ça éparpillées
j’habite une maison hantée
le vent passe par les fenêtres
on n’a plus le temps d’avoir peur
on participe présent
… jusqu’à l’enfance retrouvée d’être pacifiée ?
l’infans de la langue collée au palais de
la langue
je scribe ce que la voix peut détacher
Cette écriture d’une écoute, plus tournée vers une bouche d’ombre que vers un interlocuteur à qui s’adresser, me semble représenter aujourd’hui un courant poétique qui hériterait d’une tradition. J’y verrais bien un écho de l’écriture automatique surréaliste, pensée elle-même à partir de la libre association du patient sur le divan du psychanalyste. Avec une dimension mystique, si la mystique consiste à être, étymologiquement, attentif à ce qui reste secret.
quelqu’un que je ne connais pas
écrit
et je ne connais qu’elle
… nous dit Frédérique de Carvalho. J’en ferais bien sa devise poétique !
Présentation de l’auteur
- Frédérique de Carvalho, désarmée désarmante - 6 janvier 2026
- Gérard Leyzieux, T’empresse - 23 novembre 2025
- Gérard Leyzieux, Je(u) d’avatars - 21 octobre 2025
- Gérard Leyzieux, Tout en tremble - 24 mai 2025
- La revue Triages, cuvée 36 - 5 février 2025
- Danielle Terrien, L’âge du regard, dessin de Marie Alloy - 6 septembre 2024
- Chantal Dupuy-Dunier, Parenthèses - 6 mars 2024
- Luce Guilbaud, La perte que j’habite - 6 février 2024
- spasp, Aphrodite Lamaï et Verkoff l’enjôleur - 6 décembre 2023
- Fulvio Caccia, Ti voglio bene - 21 novembre 2023
- Annie Dana, Le deuil du chagrin - 6 octobre 2023
- Germain Roesz, La collerette était rouge - 22 septembre 2023
- Denis Guillec, Au royaume de ON - 24 janvier 2023
- Pierre d’attente (élément d’un discord) - 29 décembre 2022
- Jean-Christophe Ribeyre, La Relève - 21 septembre 2022
- Didier Jourdren, Le chemin dans l’herbe - 19 juin 2022
- Cécile Guivarch, Cent ans au printemps - 5 juin 2022
- Brigitte Gyr, Partition tombée en poussière - 20 mai 2022
- Jean-Louis Rambour, 33 poèmes en forme de nouvelles (ou l’inverse) - 20 avril 2022
- Anne Malaprade, Parole, personne - 21 novembre 2021
- Denis Langlois, Le voyage de Nerval - 6 novembre 2021
- BERNARD DEMANDRE, revue DIERESE n°80 - 19 octobre 2021
- Adeline Baldacchino, Notre insatiable désir de magie - 21 septembre 2021
- Valéry Molet, Aucune ancre au fond de l’abîme - 1 septembre 2019















