Frédérique de Carvalho, désarmée désarmante

Par |2026-01-06T16:42:30+01:00 6 janvier 2026|Catégories : Critiques, Frédérique de Carvalho|

Il a fal­lu tout enlever pour se retrou­ver comme ça en lisière du monde… Il a fal­lu désarmer le passé pour être au présent, rien qu’au présent, à écouter ce que dit la voix, mais quelle voix ? La voix qui vient…

… voilà ce que lève en moi la lec­ture de désar­mée désar­mante.

Frédérique de Car­val­ho dit quelque part : « j’écris à la voix comme d’autres nav­iguent à l’estime ». Sans recourir à une carte, une bous­sole, en toute lib­erté. Depuis qu’une voix s’est tue alors qu’auparavant :

une voix brise la paroi je vole
en mille éclats

La poète décrit la chose dans la par­tie de son poème titrée « scène du crime », qui des­sine un avant et un après :

tu te sou­viens de la peur de décou­vrir le corps dans un coin 
de couloir der­rière une porte au fond d’une baig­noire du sang 
encore et partout cette odeur de mort fraîche dans l’épaisseur
molle de l’oubli

Frédérique de Car­val­ho, Désar­mée désar­mante, Edi­tions Isabelle Sauvage, 2025, 132 pages, 18 €.

 

… comme si était enfin déliée une attache mor­tifère : ce corps a dis­paru ! Dans un entre­tien avec Anne Mala­prade, l’auteure donne une clé : la mort de sa mère fut pour elle une libéra­tion – la fin de sa soumis­sion d’enfance.  

Ain­si trou­ve-t-elle ce qu’elle nomme « un sec­ond souf­fle », qui est son art lit­téraire, et qui se révèle être aus­si une façon de renouer ce qui fut dénoué :

des choses comme ça éparpillées 
j’habite une mai­son hantée 
le vent passe par les fenêtres
on n’a plus le temps d’avoir peur 
on par­ticipe présent

… jusqu’à l’enfance retrou­vée d’être pacifiée ?

l’infans de la langue col­lée au palais de 
la langue
je scribe ce que la voix peut détacher

Cette écri­t­ure d’une écoute, plus tournée vers une bouche d’ombre que vers un inter­locu­teur à qui s’adresser, me sem­ble représen­ter aujourd’hui un courant poé­tique qui hérit­erait d’une tra­di­tion. J’y ver­rais bien un écho de l’écriture automa­tique sur­réal­iste, pen­sée elle-même à par­tir de la libre asso­ci­a­tion du patient sur le divan du psy­ch­an­a­lyste. Avec une dimen­sion mys­tique, si la mys­tique con­siste à être, éty­mologique­ment, atten­tif à ce qui reste secret.

quelqu’un que je ne con­nais pas 
écrit
et je ne con­nais qu’elle

… nous dit Frédérique de Car­val­ho. J’en ferais bien sa devise poétique !

Présentation de l’auteur

Frédérique de Carvalho

Frédérique de Car­val­ho, née en 1957, a pub­lié plusieurs recueils. Avec Mireille Irvoas, elle a créé les ren­con­tres annuelles d’écriture‑s « Les petits toits du  monde » dans les Alpes de Haute-Provence, qui se sont déroulées chaque année entre 2001 et 2018. Elle a co-créé en 1998 et co-ani­me depuis l’association « Ter­res d’encre » dédiée à la créa­tion lit­téraire et poé­tique et à son partage.

Bibliographie

Plusieurs recueils sont parus chez Propos2éditions : (Jour­nal du) chem­ine­ment par­mi (2014), Démé­nag­er l’enfance (2016), 3 mon­tagnes et 2 océans (2018) et Nous revient (2020). En 2020 elle pub­lie Bar­que Pierre (Ed. Isabelle Sauvage). Elle a égale­ment par­ticipé à plusieurs livres d’artistes depuis 2011 avec Thier­ry Le Saëc, Jacque­line Merville, Odile Fix ou Marthe Omé. 

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Mathias Lair

Math­ias Lair Liaudet est écrivain, philosophe et psy­ch­an­a­lyste. Il a pub­lié une trentaine de poèmes, romans et nou­velles, d’essais chez une trentaine d’éditeurs qu’on dit « autres ». On trou­ve ses chroniques dans les revue Décharge et Rumeurs ; égale­ment des notes de lec­ture et cri­tiques dans divers­es revues et divers sites. Sous le nom de Jean-Claude Liaudet, il a pub­lié des ouvrages de psy­ch­analyse, et par­fois de poli­tique, chez L’Archipel, Fayard, Flam­mar­i­on, Albin Michel, Odile Jacob. Depuis qu’il a créé, dans les années 80, le CALCRE (Comité des Auteurs en Lutte Con­tre le Rack­et de Édi­tion) il défend le droit des auteurs. Il est actuelle­ment élu au comité de la SGDL (Société des Gens De Lettres).
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