Adeline Baldacchino, Notre insatiable désir de magie

Par |2021-10-06T20:52:33+02:00 21 septembre 2021|Catégories : Adeline Baldacchino, Critiques|

On entend dire de plus en plus qu’il manque aux poli­tiques une vision, et qu’on craint le pire au point d’en rire jaune sur les ronds points, que les éval­u­a­tions écon­o­mistes, les rigueurs de la ges­tion tech­nocra­tique nous ont fait per­dre le sens. Ade­line Bal­dacchi­no va plus loin, elle nous invite à l’insensé en poli­tique, elle en appelle à la magie. Tel serait le pou­voir de notre imag­i­naire : celui d’aller au-delà du sens établi pour inven­ter un sens nouveau.

Vous me direz : mais que vient faire la poli­tique dans une revue de poésie ? C’est, tout d’abord, qu’A.B. est poète, pub­liée chez Cla­pas, Les Ven­terniers, Rhubarbe – et qu’« en même temps » (une locu­tion qu’elle ne cesse de railler à pro­pos de Macron, « le dernier roi » d’une ENA qu’il veut détru­ire) elle a tra­ver­sé Sci­ences Po puis l’ENA, dont elle a su se dés­in­tox­i­quer (la poésie n’y fut pas pour rien). Elle a dû renon­cer à une ambi­tion légitimée par l’institution, se tir­er une balle dans le pied plutôt que dans le cœur, dit-elle – bien qu’elle fut dans la botte énar­que. Elle a fini par faire son nid à la Cour des comptes (ce qui laisse du temps pour écrire).

Nous avons besoin de magi­ciens en poli­tique, écrit-elle. À l’image du célèbre Hou­di­ni qui sut tou­jours se libér­er des pris­ons dans lesquelles il se fai­sait enfer­mer : le magi­cien mon­trait que ce que l’on croy­ait impos­si­ble est pos­si­ble. Il expli­quait ensuite com­ment il avait fait : rien de mys­térieux dans sa magie !

De même pour­rait-on se dégager de TINA (There Is No Alter­na­tive), la sor­cière néolibérale qui veut nous faire croire, et Macron avec elle, que la réal­ité est ce qu’elle est, on n’y peut rien… Il faudrait en finir avec le culte de la « déconomie » … Au temps du Coro­na, on a réus­si à retrou­ver les mil­liards qu’on avait per­dus pour les retraités… 

Il est donc impératif de rêver car « qui ne rêve pas ne se réveille jamais » ; de faire sor­tir du som­meil notre sens poli­tique qu’elle résume ain­si : « la poli­tique de la bon­té, la poli­tique de la beauté, la poli­tique du doute ». Trois valeurs que tous les poètes ont à cœur – ceux que j’aime en tous cas.

Ade­line Bal­dacchi­no : Notre insa­tiable désir de magie, Fayard, 2019.

« Le poète, écrit-elle encore, est celui qui nous rap­pelle la pos­si­bil­ité d’inscrire la magie dans ce monde : il témoigne non pas d’un autre monde au sens d’un out­re-monde, mais d’un autre monde au sein même de celui qui nous occupe et que nous habitons plus ou moins poétiquement ». 

En ce sens la cul­ture en général, la poésie en par­ti­c­uli­er, peu­vent nour­rir le poli­tique ; être une « étoile polaire » pour l’action publique. Il y eut des poètes de la poli­tique, tel Pierre-Joseph Proud­hon et son fédéral­isme auto­ges­tion­naire dont s’inspire Ade­line Bal­dacchi­no. Y en aura-t-il demain, qui seraient capa­bles de courir plutôt que marcher au pas de la finance ? Il y en a déjà, mais nous ne les (re)connaissons guère. 

Présentation de l’auteur

Adeline Baldacchino

Ade­line Bal­dacchi­no est née en 1982 dans le Sud-Est de la France et vit actuelle­ment à Paris. Elle a pub­lié de la poésie, des nou­velles et des textes d’analyse aux édi­tions Cla­pas et dans des revues (notam­ment Le cri d’os, Parterre ver­bal, Ouste, Bal­last…), ain­si que deux essais (Le feu la flamme, autour de Max-Pol Fouchet, Edi­tions Michalon 2013 et la présen­ta­tion de Frag­ments inédits de Dio­gène le Cynique en arabe, Edi­tions Autrement 2014). Elle tra­vaille  sur plusieurs recueils inédits et sur un roman autour de la Perse ancienne.

Elle tient un blog pho­tographique et lit­téraire (http://abalda.tumblr.com/).

 

Adeline Baldacchino

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Mathias Lair

Il pub­lie régulière­ment en revues : Pas­sages d’encres, Triages, Europe… et en numérique : Lev­ure lit­téraire, LeLit­téraire, Sec­ousse, Incer­tain regard… Il tient deux chroniques en revues : Il y a poésie, dans la revue DÉCHARGE ; Humeurs dans la revue RUMEURS. Dernières pub­li­ca­tion : Sous son masque de cire une lueur sub­siste, Ate­lier du Grand Tétras, 2021 ; Aucune his­toire, jamais, Sans escale, 2021 ; Du Viêt Nam que reste-t‑y, Pétra, 2021 ; Écrire avec Thelo­nious, Ate­lier du Grand Tétras, 2019 ; Gestes poé­tiques, éd. Maria Desmée, 2019 – pein­tures de Maria Desmée ; Reste la forêt, Sans escale, 2019 ; Amour dépris, La cour pavée, 2017 — encres de Jacque­line Ricard ; Ban­des d’artistes 19, Lieux dits éd., 2017 — pein­tures de Jacques Thomann ; L’amour hors sol, Serge Safran, 2016 ; Ain­si soit je, Ed. La rumeur libre, 2015 ; Il y a poésie, Isabelle Sauvage, 2015 ; La cham­bre morte, Ed. Lan­sk­ine, 2014.
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