> Valéry Molet, Aucune ancre au fond de l’abîme

Valéry Molet, Aucune ancre au fond de l’abîme

Par |2019-09-08T19:28:02+02:00 6 septembre 2019|Catégories : Critiques, Valéry Molet|

Aucune ancre au fond de l’abîme : ce titre nous donne d’entrée le pro­gramme de l’ensemble, presque. Il est sui­vi d’un pre­mier poème cen­sé nous don­ner la clé de sol : il y est ques­tion de femmes aux mol­lets bri­sés (je n’ai pu m’empêcher d’y lire un jeu avec le patro­nyme de V.M.), aux varices bleu­tées

Nous retrou­vons un uni­vers que V.M. a déjà explo­ré dans ses publi­ca­tions anté­rieures. Les pages sui­vantes dressent le tableau de plages qui n’ont qu’un défaut, mais de taille : elles sont habi­tées par la genstou­ris­tique et com­mer­ciale. On se vou­lait au bout du monde, en com­mu­nion avec la mer, on avait comp­té sans les enva­his­seurs. Ce qui n’est guère plai­sant ! La mer n’est pas faite pour l’été, conclut le poète… V.M. ne fait pas dans le bon sen­ti­ment, comme il est (trop) d’usage en poé­sie, cela nous change un peu d’air.

Et voi­là qu’au décours d’une page, une femme est reve­nue : l’amour renait à Plougrescant. Nos bai­sers res­sus­citent Plougrescant dont la roche se mou­rait. Voilà que la ren­contre ini­tiale faite à Plougrescant renaît, dans une suite de notes sen­sibles – et lyriques. Notre couple pour­suit son voyage amou­reux en Bretagne, dans la bien-nom­mée île de Sein.

Valéry Molet, Aucune ancre au fond de l’abîme, La petite Hélène édi­tions, 70 pages, 14 €.

La faune humaine est tou­jours aus­si mal­ve­nue, alors le sable s’efface sous les ser­viettes, mais il y a désor­mais une autre faune, celle des goé­lands, des lapins que notre poète aime. Il pro­nonce le mot ! Nous voi­là loin des dégoûts du début. Alors ta main s’affermit sur ma joue/​qui rabiote ta main– le poète goû­tant ce « petit plus » ? L’amour est fait de gestes infimes, de fines sen­sa­tions : la mer remonte enfin. Plutôt l’esthétique que le sexe, lequel fait réap­pa­raître (inces­tueu­se­ment ?) l’odeur crasse des chaus­settes de la mère trou­vées un jour au fond d’un panier.

Au final, ce texte nous décrit l’amorce d’un amour retrou­vé – encore que sans pro­messe don­née. La charge du début contre le popu­lo s’estompe, presque… puisqu’au der­nier poème la mer est oubliée pour un Paris qui truste les divi­dendes : Les grues échas­sières tremblent/​Sous le poids du ciment aurifère/J’adore l’odeur de la spé­cu­la­tion immobilière/​Cela vous rend vivant. Faut-il voir dans cette pro­vo­ca­tion la recherche d’un retour de bâton ?

Je n’ai encore rien dit de la forme en feuille­té du livre, une façon que j’estime heu­reuse d’échapper au genre du pur poème. Des frag­ments nous donnent des pen­sées, des intui­tions qui dia­loguent avec les poèmes, les éclairent par­fois, les contre­disent aus­si – comme s’il n’était pas ques­tion de fondre en amour ! Une belle note sou­tient que le lan­gage ne pénètre pas le bocage de la plé­ni­tude, que rien n’est com­mu­ni­cable. Les per­sonnes qui vivent l’être ne peuvent rien se dire. Les poètes le savent bien, avec V.M. ils relèvent quand même le défi. Quant aux poèmes, ils me semblent se situer dans la veine de la poé­sie états-unienne du concret quo­ti­dien, réa­liste et auto­bio­gra­phique. On pour­rait pen­ser à de la simple prose décou­pée en lignes bri­sées s’il n’y avait dans l’écriture de V.M. une charge poé­tique évi­dente.

Présentation de l’auteur

Valéry Molet

Valéry Molet est né en 1968 à Beauvais. c’est un écri­vain et poète fran­çais.

© Crédits pho­tos (sup­pri­mer si inutile)

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Mathias Lair

Il publie régu­liè­re­ment en revues : Passages d’encres, Triages, Europe... et en numé­rique : Levure lit­té­raire, LeLittéraire, Secousse, Incertain regard… Il tient trois chro­niques en revues : Il y a poé­sie, dans la revue DECHARGE ; Humeurs dans la revue RUMEURS - ain­si que des Lectures. Dernières publi­ca­tion : Écrire avec Thelonious, Atelier du Grand Tétras, 2019 Gestes poé­tiques, éd. Maria Desmée, 2019 – pein­tures de Maria Desmée Reste la forêt, Sans escale, 2019 Amour dépris, La cour pavée, 2017 - encres de Jacqueline Ricard Bandes d'artistes 19, Lieux dits éd., 2017 - pein­tures de Jacques Thomann L'amour hors sol, Serge Safran, 2016 Ainsi soit je, Ed. La rumeur libre, 2015 Il y a poé­sie, Isabelle Sauvage, 2015 La chambre morte, Ed. Lanskine, 2014