> Pas encore et déjà, de L. Guilbaud

Pas encore et déjà, de L. Guilbaud

Par | 2018-01-23T11:08:13+00:00 14 avril 2013|Catégories : Critiques, Luce Guilbaut|

 

Luce Guilbaud, ori­gi­naire de Vendée, est peintre et poète. Avec les recueils Pas encore et déjà et Trame, nous entrons dans le che­mi­ne­ment intime d’une femme. Une his­toire frag­men­tée se devine sans note en bas de page, comme dit un vers, c’est dire si elle demeure énig­ma­tique. Du elle qui entame le texte au il, sil­houette entra­per­çue, nous ne sau­rons rien. Un homme et une femme se cherchent, se séparent dans un mou­ve­ment trou­blant. Le vers s’élance sans majus­cule, la ponc­tua­tion a dis­pa­ru, l’italique sur­git, un blanc bous­cule la scan­sion. Quelque chose s’est défait, amour per­du, épreuve sin­gu­lière, sépa­ra­tion ? C’est une poé­sie très incar­née qui dit sim­ple­ment les corps qui se frôlent, s’évitent : gestes liés aux plis des draps.

Il est sou­vent ques­tion de rêves dans ces recueils mais ils sont cas­sés, évo­qués en creux, amour, mariage, tra­ver­sée qui n’ont pas eu lieu. L’haleine furieuse des regrets, le nau­frage pos­sible de la parole don­née, par contre, sont bien là. Un condi­tion­nel dit l’inaccompli : ils auraient pu s’aimer. Dans Trame, l’infinitif pousse l’impersonnel à l’incandescence, construire d’abord l’escalier. Est-ce pour atté­nuer la dou­leur d’un ren­dez-vous man­qué sur un quai de gare ? Un demain pointe timi­de­ment, appor­tant sa palette d’émotions, les objets ont une pré­sence intense et sin­gu­lière, roses tré­mières, ancre de bateau, pho­tos d’enfants : l’été vien­dra peut-être après les larmes. Nous repar­ti­rons avec les fleurs qui tiennent les vieux murs. L’écriture allie l’économie de mots et la den­si­té. Luce Guilbaud sait cap­ter avec force l’étrangeté et la fra­gi­li­té du bon­heur, qui est à l’image de cette cho­ré­gra­phie mesu­rée mais noire de barques  vides qui clôt le livre.

 

Article paru dans « Encres de Loire », numé­ro 63, revue tri­mes­trielle gra­tuite du livre en Pays de Loire.

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Marie-Hélène Prouteau

Marie-Hélène Prouteau est née à Brest et vit à Nantes. Agrégée de lettres. DEA de lit­té­ra­ture contem­po­raine.
Elle a ensei­gné vingt ans les lettres-phi­lo­so­phie en classes pré­pa­ra­toires scien­ti­fiques. Elle recherche l’échange avec des créa­teurs venus d’ailleurs (D.Baranov, Les Allumées de Pétersbourg) ou de sen­si­bi­li­tés artis­tiques dif­fé­rentes (plas­ti­ciens Olga Boldyreff, Michel Remaud…).
Seule ou avec d’autres, elle a orga­ni­sé plu­sieurs confé­rences, (autour de Jean-Pierre Vernant, Michel Chaillou, Josyane Savigneau…). Et ani­mé des Rencontres « Hauts lieux de l’imaginaire entre Bretagne et Loire » chez Gracq, par­ti­ci­pé aux Rencontres de Sophie sur l’art et les autres.
Ses pre­miers textes portent sur la situa­tion des femmes puis sur Marguerite Yourcenar. Elle a publié des études lit­té­raires, trois romans, des poèmes et des ouvrages de prose poé­tique.
Elle écrit dans Terres de femmes, Terre à ciel, Recours au poème, La pierre et le sel et Ce qui reste (Lettre ouverte à Asli Erdogan).
Son livre La Petite plage (La Part Commune) est chro­ni­qué sur Recours au poème par Pierre Tanguy. Elle a par­ti­ci­pé à des livres pauvres avec la poète et col­la­giste Ghislaine Lejard. Et réa­li­sé Nostalgie blanche, un livre d’artiste avec le peintre Michel Remaud.
 

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