Luce Guil­baud, orig­i­naire de Vendée, est pein­tre et poète. Avec les recueils Pas encore et déjà et Trame, nous entrons dans le chem­ine­ment intime d’une femme. Une his­toire frag­men­tée se devine sans note en bas de page, comme dit un vers, c’est dire si elle demeure énig­ma­tique. Du elle qui entame le texte au il, sil­hou­ette entrap­erçue, nous ne saurons rien. Un homme et une femme se cherchent, se sépar­ent dans un mou­ve­ment trou­blant. Le vers s’élance sans majus­cule, la ponc­tu­a­tion a dis­paru, l’italique sur­git, un blanc bous­cule la scan­sion. Quelque chose s’est défait, amour per­du, épreuve sin­gulière, sépa­ra­tion ? C’est une poésie très incar­née qui dit sim­ple­ment les corps qui se frô­lent, s’évitent : gestes liés aux plis des draps. 

Il est sou­vent ques­tion de rêves dans ces recueils mais ils sont cassés, évo­qués en creux, amour, mariage, tra­ver­sée qui n’ont pas eu lieu. L’haleine furieuse des regrets, le naufrage pos­si­ble de la parole don­née, par con­tre, sont bien là. Un con­di­tion­nel dit l’inaccompli : ils auraient pu s’aimer. Dans Trame, l’infinitif pousse l’impersonnel à l’incandescence, con­stru­ire d’abord l’escalier. Est-ce pour atténuer la douleur d’un ren­dez-vous man­qué sur un quai de gare ? Un demain pointe timide­ment, appor­tant sa palette d’émotions, les objets ont une présence intense et sin­gulière, ros­es trémières, ancre de bateau, pho­tos d’enfants : l’été vien­dra peut-être après les larmes. Nous repar­tirons avec les fleurs qui tien­nent les vieux murs. L’écriture allie l’économie de mots et la den­sité. Luce Guil­baud sait capter avec force l’étrangeté et la fragilité du bon­heur, qui est à l’image de cette choré­gra­phie mesurée mais noire de bar­ques  vides qui clôt le livre.

 

Arti­cle paru dans « Encres de Loire », numéro 63, revue trimestrielle gra­tu­ite du livre en Pays de Loire.

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Marie-Hélène Prouteau

Marie-Hélène Prouteau est née à Brest et vit à Nantes. Agrégée de let­tres. tit­u­laire d’un DEA de lit­téra­ture con­tem­po­raine, elle a enseigné vingt ans les let­tres en pré­pas sci­en­tifiques. Elle recherche l’échange avec des créa­teurs venus d’ailleurs (D.Baranov, « Les Allumées de Péters­bourg ») ou de sen­si­bil­ités artis­tiques dif­férentes (plas­ti­ciens tels Olga Boldyr­eff, Michel Remaud, Isthme-Isabelle Thomas).Elle a ani­mé des ren­con­tres « Hauts lieux de l’imaginaire entre Bre­tagne et Loire chez Julien Gracq », par­ticipé aux « Ren­con­tres de Sophie-Philosophia » sur les Autres et égale­ment sur Guerre et paix. Ses pre­miers textes por­tent sur la sit­u­a­tion des femmes puis sur Mar­guerite Yource­nar. Elle a pub­lié des études lit­téraires (édi­tions Ellipses, SIEY), trois romans, des poèmes et des ouvrages de prose poé­tique. Elle écrit dans Ter­res de femmes, Terre à ciel, Recours au poème, La pierre et le sel et Ce qui reste, Poez­ibao, À la lit­téra­ture, Place de la Sor­bonne, Europe. Son livre La Petite plage (La Part Com­mune) est chroniqué sur Recours au poème par Pierre Tan­guy. Elle a par­ticipé à des livres pau­vres avec la poète et col­lag­iste Ghis­laine Lejard. Son écri­t­ure lit­téraire entre sou­vent en cor­re­spon­dance avec le regard des pein­tres, notam­ment G. de La Tour, W.Turner, R.Bresdin, Gau­guin. Son dernier livre Madeleine Bernard, la Songeuse de l’invisible est une biogra­phie lit­téraire de la sœur du pein­tre Émile Bernard, édi­tions Her­mann. BIBLIOGRAPHIE LES BLESSURES FOSSILES, La Part Com­mune, 2008 LES BALCONS DE LA LOIRE, La Part com­mune, 2012. L’ENFANT DES VAGUES, Apogée, 2014. LA PETITE PLAGE pros­es, La Part Com­mune, 2015. NOSTALGIE BLANCHE, livre d’artiste avec Michel Remaud, Izel­la édi­tions, 2016. LA VILLE AUX MAISONS QUI PENCHENT, La Cham­bre d’échos, 2017. LE CŒUR EST UNE PLACE FORTE, La Part Com­mune, 2019. LA VIBRATION DU MONDE poèmes avec l’artiste Isthme, mars 2021 édi­tions du Qua­tre. MADELEINE BERNARD, LA SONGEUSE DE L’INVISIBLE, mars 2021, édi­tions Hermann.