Ce recueil de Nathalie Riera a quelque chose d’un art de la joie, le mot revient sou­vent. Lumière du soleil, sèves du sud, galop des chevaux, il y a chez elle une dis­po­si­tion sen­suelle à accueil­lir la beauté du monde qui se trou­ve exac­er­bée par ce moment d’acuité sin­gulière de la ren­con­tre amoureuse.

Com­ment garder l’intensité de ce pre­mier souf­fle du désir, voilà ce qu’elle dit avec une infinie justesse. Les trois par­ties du livre dessi­nent un glisse­ment dans l’espace et dans le temps qui va du bon­heur amoureux en train de se vivre au geste d’une femme qui écrit, « près de [lui] dans l’écart » et non dans la fusion. Pas de mièvrerie ici, l’auteure de La parole der­rière les ver­rous n’oublie pas « les tol­lés du monde ». La chevelure au vent, la jupe qui flotte, la crinière du cheval sont présentes. Autant d’instantanés tra­ver­sés d’images, celle de l’effleurement en par­ti­c­uli­er. Au cœur est le sen­ti­ment aigu que rien n’est jamais si ful­gu­rant que l’amour loin­tain, cité en exer­gue : « elle a pleuré imploré la main absente : c’est étrange de penser que l’amour n’offre pas tout et ain­si préfère-t-elle alors l’amour dans sa fer­meté de garder son origine »

Au fil des ver­sets à la syn­taxe bous­culée et aux asso­ci­a­tions inédites, l’émotion passe de l’embrasement, soleil, pier­res, amour con­fon­dus, à la pénom­bre où s’écrit le roman. Ain­si se joue la lib­erté d’une voix de femme qui parvient à être elle-même dans l’écriture. Celle de Nathalie Riera se situe dans l’écart, pour repren­dre sa for­mule, por­teuse d’une énergie nou­velle et créa­trice, à l’image de la revue qu’elle ani­me, Les Car­nets d’Eucharis

Paru dans Encres de Loire numéro 64.

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Marie-Hélène Prouteau

Marie-Hélène Prouteau est née à Brest et vit à Nantes. Agrégée de let­tres. tit­u­laire d’un DEA de lit­téra­ture con­tem­po­raine, elle a enseigné vingt ans les let­tres en pré­pas sci­en­tifiques. Elle recherche l’échange avec des créa­teurs venus d’ailleurs (D.Baranov, « Les Allumées de Péters­bourg ») ou de sen­si­bil­ités artis­tiques dif­férentes (plas­ti­ciens tels Olga Boldyr­eff, Michel Remaud, Isthme-Isabelle Thomas).Elle a ani­mé des ren­con­tres « Hauts lieux de l’imaginaire entre Bre­tagne et Loire chez Julien Gracq », par­ticipé aux « Ren­con­tres de Sophie-Philosophia » sur les Autres et égale­ment sur Guerre et paix. Ses pre­miers textes por­tent sur la sit­u­a­tion des femmes puis sur Mar­guerite Yource­nar. Elle a pub­lié des études lit­téraires (édi­tions Ellipses, SIEY), trois romans, des poèmes et des ouvrages de prose poé­tique. Elle écrit dans Ter­res de femmes, Terre à ciel, Recours au poème, La pierre et le sel et Ce qui reste, Poez­ibao, À la lit­téra­ture, Place de la Sor­bonne, Europe. Son livre La Petite plage (La Part Com­mune) est chroniqué sur Recours au poème par Pierre Tan­guy. Elle a par­ticipé à des livres pau­vres avec la poète et col­lag­iste Ghis­laine Lejard. Son écri­t­ure lit­téraire entre sou­vent en cor­re­spon­dance avec le regard des pein­tres, notam­ment G. de La Tour, W.Turner, R.Bresdin, Gau­guin. Son dernier livre Madeleine Bernard, la Songeuse de l’invisible est une biogra­phie lit­téraire de la sœur du pein­tre Émile Bernard, édi­tions Her­mann. BIBLIOGRAPHIE LES BLESSURES FOSSILES, La Part Com­mune, 2008 LES BALCONS DE LA LOIRE, La Part com­mune, 2012. L’ENFANT DES VAGUES, Apogée, 2014. LA PETITE PLAGE pros­es, La Part Com­mune, 2015. NOSTALGIE BLANCHE, livre d’artiste avec Michel Remaud, Izel­la édi­tions, 2016. LA VILLE AUX MAISONS QUI PENCHENT, La Cham­bre d’échos, 2017. LE CŒUR EST UNE PLACE FORTE, La Part Com­mune, 2019. LA VIBRATION DU MONDE poèmes avec l’artiste Isthme, mars 2021 édi­tions du Qua­tre. MADELEINE BERNARD, LA SONGEUSE DE L’INVISIBLE, mars 2021, édi­tions Hermann.