> Nathalie Riera, Paysages d’été

Nathalie Riera, Paysages d’été

Par |2018-01-23T11:07:21+00:00 30 juin 2013|Catégories : Critiques|

Ce recueil de Nathalie Riera a quelque chose d’un art de la joie, le mot revient sou­vent. Lumière du soleil, sèves du sud, galop des che­vaux, il y a chez elle une dis­po­si­tion sen­suelle à accueillir la beau­té du monde qui se trouve exa­cer­bée par ce moment d’acuité sin­gu­lière de la ren­contre amou­reuse.

Comment gar­der l’intensité de ce pre­mier souffle du désir, voi­là ce qu’elle dit avec une infi­nie jus­tesse. Les trois par­ties du livre des­sinent un glis­se­ment dans l’espace et dans le temps qui va du bon­heur amou­reux en train de se vivre au geste d’une femme qui écrit, « près de [lui] dans l’écart » et non dans la fusion. Pas de miè­vre­rie ici, l’auteure de La parole der­rière les ver­rous n’oublie pas « les tol­lés du monde ». La che­ve­lure au vent, la jupe qui flotte, la cri­nière du che­val sont pré­sentes. Autant d’instantanés tra­ver­sés d’images, celle de l’effleurement en par­ti­cu­lier. Au cœur est le sen­ti­ment aigu que rien n’est jamais si ful­gu­rant que l’amour loin­tain, cité en exergue : « elle a pleu­ré implo­ré la main absente : c’est étrange de pen­ser que l’amour n’offre pas tout et ain­si pré­fère-t-elle alors l’amour dans sa fer­me­té de gar­der son ori­gine »

Au fil des ver­sets à la syn­taxe bous­cu­lée et aux asso­cia­tions inédites, l’émotion passe de l’embrasement, soleil, pierres, amour confon­dus, à la pénombre où s’écrit le roman. Ainsi se joue la liber­té d’une voix de femme qui par­vient à être elle-même dans l’écriture. Celle de Nathalie Riera se situe dans l’écart, pour reprendre sa for­mule, por­teuse d’une éner­gie nou­velle et créa­trice, à l’image de la revue qu’elle anime, Les Carnets d’Eucharis

Paru dans Encres de Loire numé­ro 64.

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Marie-Hélène Prouteau

Marie-Hélène Prouteau est née à Brest et vit à Nantes. Agrégée de lettres. DEA de lit­té­ra­ture contem­po­raine.
Elle a ensei­gné vingt ans les lettres-phi­lo­so­phie en classes pré­pa­ra­toires scien­ti­fiques. Elle recherche l’échange avec des créa­teurs venus d’ailleurs (D.Baranov, Les Allumées de Pétersbourg) ou de sen­si­bi­li­tés artis­tiques dif­fé­rentes (plas­ti­ciens Olga Boldyreff, Michel Remaud…).
Seule ou avec d’autres, elle a orga­ni­sé plu­sieurs confé­rences, (autour de Jean-Pierre Vernant, Michel Chaillou, Josyane Savigneau…). Et ani­mé des Rencontres « Hauts lieux de l’imaginaire entre Bretagne et Loire » chez Gracq, par­ti­ci­pé aux Rencontres de Sophie sur l’art et les autres.
Ses pre­miers textes portent sur la situa­tion des femmes puis sur Marguerite Yourcenar. Elle a publié des études lit­té­raires, trois romans, des poèmes et des ouvrages de prose poé­tique.
Elle écrit dans Terres de femmes, Terre à ciel, Recours au poème, La pierre et le sel et Ce qui reste (Lettre ouverte à Asli Erdogan).
Son livre La Petite plage (La Part Commune) est chro­ni­qué sur Recours au poème par Pierre Tanguy. Elle a par­ti­ci­pé à des livres pauvres avec la poète et col­la­giste Ghislaine Lejard. Et réa­li­sé Nostalgie blanche, un livre d’artiste avec le peintre Michel Remaud.
 
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