Ghis­laine Lejard est poète et col­lag­iste. Le nou­veau recueil Si brève l’éclaircie, paru aux Edi­tions Hen­ry, décline le dou­ble chem­ine­ment qui est ici le sien. Le par­cours dans l’espace de celle qui s’en va « marcher dans le vent sans but » et l’autre indis­so­cia­ble­ment mêlé, celui de la quête spirituelle. 

Moments de pure com­mu­nion car la nature si présente dans ces pages, oiseaux, fleurs, vent, éveille à autre chose qu’elle-même, habitée qu’elle est par le mys­tère religieux :

 

« L’oiseau passeur de lumière
rejoint l’invisible

dans le silence des étoiles »

 

Le recueil en qua­tre par­ties s’ouvre sur le titre « Fado de la mélan­col­ie », à la tonal­ité de tristesse et de doute :

 

« Fado de la mélancolie
la nos­tal­gie nomade creuse le temps

en vacance d’espérance
au bord du continent »

 

Puis il se pro­longe dans « Eclats de lumière », « Entre terre et ciel » et se clôt dans « Si brève l’éclaircie » où tri­om­phe la thé­ma­tique de la lumière. 

Il y a chez Ghis­laine Lejard une dis­po­si­tion naturelle à accueil­lir les petites choses du monde, exac­er­bée chez elle par l’attente de la Présence ‑le mot revient en leit­mo­tiv dans ses vers. Présence inhérente à la nature et devant laque­lle elle con­voque « la prière », « l’oraison », « le mys­tère ». Dans l’arrière-plan de ces poèmes, dis­crète­ment passe la foi qui l’anime.

Et le lecteur se sur­prend à s’interroger devant ces lieux jamais nom­més : évo­quent-ils l’ouest fam­i­li­er à la poète ? C’est que l’impression lui vient, par moments, de décou­vrir une terre d’orient, « terre rouge », « désert », « vil­lage blanc ». Comme si se fondaient en surim­pres­sion le paysage réel et le sou­venir d’un paysage biblique tra­ver­sé de « peu­ples nomades » : ici l’olivier, l’oasis cohab­itent étrange­ment avec le gran­it, la chapelle entourée de fougères ou le lac aux nénuphars. Eton­nante imagerie poé­tique qui n’est pas sans rap­pel­er les col­lages de Ghis­laine Lejard faits d’éléments var­iés qu’elle aime recomposer. 

Les vers au rythme court, sans ponc­tu­a­tion ni majus­cule, dessi­nent un bou­quet d’instantanés sen­si­tifs, dans leur sim­plic­ité évidente : 

 

« croire au chant des pierres
au tran­quille aban­don du silence

au bout de l’allée un olivier
tache blanche dans l’azur
une colombe et son rameau »

 

Il y a du chant dans ces poèmes, un chant aux tonal­ités con­trastées qui ressor­tent sur fond de silence. Ryth­mée tan­tôt par le tim­bre du fado, tan­tôt par le chant des oiseaux, l’émotion passe de la mélan­col­ie qui étreint celle qui se sent « en vacance d’espérance » à « l’allégresse lumineuse » de la fin du recueil. 

Car celle qui accueille et recueille ne gomme pas les failles, les souf­frances et la dif­fi­culté de vivre :

 

« Fatigué décharné dépouillé
mais debout et libre

découragé assoif­fé bouleversé
mais vivant
il avance répond encore à l’appel »

 

Au bout de son chem­ine­ment intérieur, cette con­science à l’écoute des sen­tiers du monde voit s’estomper « la nuit », « la fragilité », « la soli­tude », au béné­fice de la lumière qui trans­fig­ure le quo­ti­di­en. Alors peut advenir cette belle image, « la mer pour déchiffr­er les manuscrits/des profondeurs ». 

Ain­si s’accomplit le mou­ve­ment d’un éveil où la lumière et ses instants de clarté rehaussent chaque poème, en une véri­ta­ble célébration. 

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Marie-Hélène Prouteau

Marie-Hélène Prouteau est née à Brest et vit à Nantes. Agrégée de let­tres. tit­u­laire d’un DEA de lit­téra­ture con­tem­po­raine, elle a enseigné vingt ans les let­tres en pré­pas sci­en­tifiques. Elle recherche l’échange avec des créa­teurs venus d’ailleurs (D.Baranov, « Les Allumées de Péters­bourg ») ou de sen­si­bil­ités artis­tiques dif­férentes (plas­ti­ciens tels Olga Boldyr­eff, Michel Remaud, Isthme-Isabelle Thomas).Elle a ani­mé des ren­con­tres « Hauts lieux de l’imaginaire entre Bre­tagne et Loire chez Julien Gracq », par­ticipé aux « Ren­con­tres de Sophie-Philosophia » sur les Autres et égale­ment sur Guerre et paix. Ses pre­miers textes por­tent sur la sit­u­a­tion des femmes puis sur Mar­guerite Yource­nar. Elle a pub­lié des études lit­téraires (édi­tions Ellipses, SIEY), trois romans, des poèmes et des ouvrages de prose poé­tique. Elle écrit dans Ter­res de femmes, Terre à ciel, Recours au poème, La pierre et le sel et Ce qui reste, Poez­ibao, À la lit­téra­ture, Place de la Sor­bonne, Europe. Son livre La Petite plage (La Part Com­mune) est chroniqué sur Recours au poème par Pierre Tan­guy. Elle a par­ticipé à des livres pau­vres avec la poète et col­lag­iste Ghis­laine Lejard. Son écri­t­ure lit­téraire entre sou­vent en cor­re­spon­dance avec le regard des pein­tres, notam­ment G. de La Tour, W.Turner, R.Bresdin, Gau­guin. Son dernier livre Madeleine Bernard, la Songeuse de l’invisible est une biogra­phie lit­téraire de la sœur du pein­tre Émile Bernard, édi­tions Her­mann. BIBLIOGRAPHIE LES BLESSURES FOSSILES, La Part Com­mune, 2008 LES BALCONS DE LA LOIRE, La Part com­mune, 2012. L’ENFANT DES VAGUES, Apogée, 2014. LA PETITE PLAGE pros­es, La Part Com­mune, 2015. NOSTALGIE BLANCHE, livre d’artiste avec Michel Remaud, Izel­la édi­tions, 2016. LA VILLE AUX MAISONS QUI PENCHENT, La Cham­bre d’échos, 2017. LE CŒUR EST UNE PLACE FORTE, La Part Com­mune, 2019. LA VIBRATION DU MONDE poèmes avec l’artiste Isthme, mars 2021 édi­tions du Qua­tre. MADELEINE BERNARD, LA SONGEUSE DE L’INVISIBLE, mars 2021, édi­tions Hermann.