> Ghislaine Lejard : Si Brève l’Eclaircie

Ghislaine Lejard : Si Brève l’Eclaircie

Par | 2018-01-23T11:06:06+00:00 11 décembre 2015|Catégories : Critiques|

Ghislaine Lejard est poète et col­la­giste. Le nou­veau recueil Si brève l’éclaircie, paru aux Editions Henry, décline le double che­mi­ne­ment qui est ici le sien. Le par­cours dans l’espace de celle qui s’en va « mar­cher dans le vent sans but » et l’autre indis­so­cia­ble­ment mêlé, celui de la quête spi­ri­tuelle.

Moments de pure com­mu­nion car la nature si pré­sente dans ces pages, oiseaux, fleurs, vent, éveille à autre chose qu’elle-même, habi­tée qu’elle est par le mys­tère reli­gieux :

 

« L’oiseau pas­seur de lumière
rejoint l’invisible

dans le silence des étoiles »

 

Le recueil en quatre par­ties s’ouvre sur le titre « Fado de la mélan­co­lie », à la tona­li­té de tris­tesse et de doute :

 

« Fado de la mélan­co­lie
la nos­tal­gie nomade creuse le temps

en vacance d’espérance
au bord du conti­nent »

 

Puis il se pro­longe dans « Eclats de lumière », « Entre terre et ciel » et se clôt dans « Si brève l’éclaircie » où triomphe la thé­ma­tique de la lumière.

Il y a chez Ghislaine Lejard une dis­po­si­tion natu­relle à accueillir les petites choses du monde, exa­cer­bée chez elle par l’attente de la Présence -le mot revient en leit­mo­tiv dans ses vers. Présence inhé­rente à la nature et devant laquelle elle convoque « la prière », « l’oraison », « le mys­tère ». Dans l’arrière-plan de ces poèmes, dis­crè­te­ment passe la foi qui l’anime.

Et le lec­teur se sur­prend à s’interroger devant ces lieux jamais nom­més : évoquent-ils l’ouest fami­lier à la poète ? C’est que l’impression lui vient, par moments, de décou­vrir une terre d’orient, « terre rouge », « désert », « vil­lage blanc ». Comme si se fon­daient en sur­im­pres­sion le pay­sage réel et le sou­ve­nir d’un pay­sage biblique tra­ver­sé de « peuples nomades » : ici l’olivier, l’oasis coha­bitent étran­ge­ment avec le gra­nit, la cha­pelle entou­rée de fou­gères ou le lac aux nénu­phars. Etonnante ima­ge­rie poé­tique qui n’est pas sans rap­pe­ler les col­lages de Ghislaine Lejard faits d’éléments variés qu’elle aime recom­po­ser.

Les vers au rythme court, sans ponc­tua­tion ni majus­cule, des­sinent un bou­quet d’instantanés sen­si­tifs, dans leur sim­pli­ci­té évi­dente :

 

« croire au chant des pierres
au tran­quille aban­don du silence

au bout de l’allée un oli­vier
tache blanche dans l’azur
une colombe et son rameau »

 

Il y a du chant dans ces poèmes, un chant aux tona­li­tés contras­tées qui res­sortent sur fond de silence. Rythmée tan­tôt par le timbre du fado, tan­tôt par le chant des oiseaux, l’émotion passe de la mélan­co­lie qui étreint celle qui se sent « en vacance d’espérance » à « l’allégresse lumi­neuse » de la fin du recueil.

Car celle qui accueille et recueille ne gomme pas les failles, les souf­frances et la dif­fi­cul­té de vivre :

 

« Fatigué déchar­né dépouillé
mais debout et libre

décou­ra­gé assoif­fé bou­le­ver­sé
mais vivant
il avance répond encore à l’appel »

 

Au bout de son che­mi­ne­ment inté­rieur, cette conscience à l’écoute des sen­tiers du monde voit s’estomper « la nuit », « la fra­gi­li­té », « la soli­tude », au béné­fice de la lumière qui trans­fi­gure le quo­ti­dien. Alors peut adve­nir cette belle image, « la mer pour déchif­frer les manuscrits/​des pro­fon­deurs ».

Ainsi s’accomplit le mou­ve­ment d’un éveil où la lumière et ses ins­tants de clar­té rehaussent chaque poème, en une véri­table célé­bra­tion.

mm

Marie-Hélène Prouteau

Marie-Hélène Prouteau est née à Brest et vit à Nantes. Agrégée de lettres. DEA de lit­té­ra­ture contem­po­raine.
Elle a ensei­gné vingt ans les lettres-phi­lo­so­phie en classes pré­pa­ra­toires scien­ti­fiques. Elle recherche l’échange avec des créa­teurs venus d’ailleurs (D.Baranov, Les Allumées de Pétersbourg) ou de sen­si­bi­li­tés artis­tiques dif­fé­rentes (plas­ti­ciens Olga Boldyreff, Michel Remaud…).
Seule ou avec d’autres, elle a orga­ni­sé plu­sieurs confé­rences, (autour de Jean-Pierre Vernant, Michel Chaillou, Josyane Savigneau…). Et ani­mé des Rencontres « Hauts lieux de l’imaginaire entre Bretagne et Loire » chez Gracq, par­ti­ci­pé aux Rencontres de Sophie sur l’art et les autres.
Ses pre­miers textes portent sur la situa­tion des femmes puis sur Marguerite Yourcenar. Elle a publié des études lit­té­raires, trois romans, des poèmes et des ouvrages de prose poé­tique.
Elle écrit dans Terres de femmes, Terre à ciel, Recours au poème, La pierre et le sel et Ce qui reste (Lettre ouverte à Asli Erdogan).
Son livre La Petite plage (La Part Commune) est chro­ni­qué sur Recours au poème par Pierre Tanguy. Elle a par­ti­ci­pé à des livres pauvres avec la poète et col­la­giste Ghislaine Lejard. Et réa­li­sé Nostalgie blanche, un livre d’artiste avec le peintre Michel Remaud.