> Paul Morin, Le Jardin de l’orme

Paul Morin, Le Jardin de l’orme

Par | 2018-01-23T11:28:28+00:00 29 mars 2013|Catégories : Critiques, Paul Morin|

S’agissant du Jardin de l’orme, rare­ment la fac­ture d’un livre aura aus­si bien cor­res­pon­du à son esprit : l’élégante cou­ver­ture reliée à la chi­noise par un simple fil de lin pas­sé dans l’épaisseur de la tranche, le des­sin à l’encre réa­li­sé par Paul Morin lui-même pointent dès l’abord une pro­messe d’heureuse lec­ture.  

D’un long com­merce des livres et des musées, de la conni­vence du poète avec les pay­sages bre­tons, chi­nois ou nor­diques, de sa pas­sion de la pho­to­gra­phie est né ce livre rare à l’écriture buis­son­nière. Comme les eaux étroites de Julien Gracq, la décou­verte des bords de Loire par l’enfant réfu­gié a ins­crit en lui le sens de la beau­té si inten­sé­ment que ces hauts lieux n’en finissent pas d’agir comme une eau-forte. En un vaste poème en prose, Paul Morin assemble,  par col­lages et frag­ments, les images et les cor­res­pon­dances : « La tra­ver­sée des marais salants me porte vers d’autres éten­dues de la Chine du Sud, une roche noire me plonge dans les fjords d’Ecosse ou de Norvège, les longs bancs de sable emportent mon regard vers les nuages ». La quête de la langue épouse pour lui celle de la terre, de ses che­mins les plus variés, au-delà des fron­tières de toutes sortes : en pas­sant des pay­sages nor­vé­giens aux salines de Batz ou aux pagodes chi­noises, ce sont ses propres illu­mi­na­tions qu’il nous livre.

Paul Morin, Le Jardin de l’orme, éditions du Petit Véhicule, Nantes, 2012, 15 euros

Paul Morin, Le Jardin de l’orme, édi­tions du Petit Véhicule, Nantes, 2012, 15 euros

Comme on parle de pla­cer la voix, l’on pour­rait dire que tout l’art de Paul Morin est de pla­cer le regard. Le mot d’ailleurs revient sou­vient : il importe d’ajuster l’œil devant l’imprévu, l’incertain, l’éphémère. Cristaux de sel, nuages blancs, eaux se décom­posent et se recom­posent en d’infinis pos­sibles, comme les formes chan­geantes d’un kaléi­do­scope. Rien de céré­bral ici, le poète est de plain-pied avec toutes les formes du sen­sible, celle de la nature comme celles des créa­tions de l’esprit humain, Tiepolo, Mozart, Poliakoff, Strindberg… Car c’est une sub­jec­ti­vi­té pas­sion­née, nour­rie de la spi­ri­tua­li­té et des arts de l’Orient, dis­po­nible au dépay­se­ment qui cultive ce jar­din mi-réel, mi-ima­gi­naire. Et cet orme, en pre­mier plan, riche de la sym­bo­lique de l’arbre, enra­ci­ne­ment par excel­lence, voi­là qu’il devient le lieu  même de l’ouvert, accueillant tous les signes de la beau­té gla­nés de par le monde.  En nous fai­sant entrer dans ce « ce jar­din sans clô­ture de [son] esprit », Paul Morin  invite chaque lec­teur à culti­ver le sien et à se faire lui aus­si un contem­pla­tif du monde et de ses beau­tés.

 

Ce texte est  paru dans “Cahiers de l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de Loire”. Numéro 49. 2013.”Couleur”. 

 

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Marie-Hélène Prouteau

Marie-Hélène Prouteau est née à Brest et vit à Nantes. Agrégée de lettres. DEA de lit­té­ra­ture contem­po­raine.
Elle a ensei­gné vingt ans les lettres-phi­lo­so­phie en classes pré­pa­ra­toires scien­ti­fiques. Elle recherche l’échange avec des créa­teurs venus d’ailleurs (D.Baranov, Les Allumées de Pétersbourg) ou de sen­si­bi­li­tés artis­tiques dif­fé­rentes (plas­ti­ciens Olga Boldyreff, Michel Remaud…).
Seule ou avec d’autres, elle a orga­ni­sé plu­sieurs confé­rences, (autour de Jean-Pierre Vernant, Michel Chaillou, Josyane Savigneau…). Et ani­mé des Rencontres « Hauts lieux de l’imaginaire entre Bretagne et Loire » chez Gracq, par­ti­ci­pé aux Rencontres de Sophie sur l’art et les autres.
Ses pre­miers textes portent sur la situa­tion des femmes puis sur Marguerite Yourcenar. Elle a publié des études lit­té­raires, trois romans, des poèmes et des ouvrages de prose poé­tique.
Elle écrit dans Terres de femmes, Terre à ciel, Recours au poème, La pierre et le sel et Ce qui reste (Lettre ouverte à Asli Erdogan).
Son livre La Petite plage (La Part Commune) est chro­ni­qué sur Recours au poème par Pierre Tanguy. Elle a par­ti­ci­pé à des livres pauvres avec la poète et col­la­giste Ghislaine Lejard. Et réa­li­sé Nostalgie blanche, un livre d’artiste avec le peintre Michel Remaud.
 
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