> Pierre Tanguy, Silence hôpital

Pierre Tanguy, Silence hôpital

Par | 2018-01-03T01:24:17+00:00 19 octobre 2017|Catégories : Critiques, Pierre Tanguy|

Vivre la maladie, en poète

Petit recueil mais, on le sait, le nombre de pages n’a rien à voir avec la den­si­té. Dans l’univers de l’hôpital, tout compte de son poids de souf­france. Pour en par­ler, il serait indé­cent de tom­ber dans le mélo, d’en rajou­ter. L’amenuisement, la fai­blesse phy­sique exigent l’économie des mots et cela ne sau­rait déplaire à Pierre Tanguy, fami­lier de l’art du haï­ku.

Hospitalisé le temps d’un cycle entier de sai­sons, le malade dont l’identité demeure incer­taine (est-ce Pierre Tanguy ou l’un de ses proches ?) passe de longs moments cou­ché sur le dos tel un han­ne­ton épui­sé. Il en pro­fite pour obser­ver quand ses forces le lui per­mettent ce monde clos où le temps s’écoule comme le goutte à goutte ou s’évalue aux minutes pas­sées dans l’ascenseur avant de rejoindre la salle d’opération. Attentif à repé­rer ce qui échappe aux biens por­tants, comme les tâches de cou­leur qui tranchent avec le blanc des lits et des mains sor­tant des blouses blanches.

Pierre TANGUY, Silence hôpital, éditions La part commune, février 2017, 83 pages, 13 €.

Pierre TANGUY, Silence hôpi­tal, édi­tions La part com­mune, février 2017, 83 pages, 13 €.

Près du lit
le soleil cou­chant
dans les poches de per­fu­sion
L’aiguille dans la veine-
 le sang bleu
Soudain rouge

Rouge encore, la pointe de la ciga­rette d’une femme en pei­gnoir…
Et c’est avec la même sen­si­bi­li­té, la même dis­cré­tion qu’est évo­quée la dou­leur de l’épreuve, de la sépa­ra­tion

Une tête pen­chée
au creux d’une épaule
deux cœurs navrés
Des san­glots
au fond du cou­loir
– quelqu’un vient de mou­rir

Circulant dans l’hôpital, le poète radio­gra­phie les pay­sages bre­tons accro­chés aux murs et nous fait par­ta­ger le quo­ti­dien dans lequel l’extérieur s’immisce par petites touches, notam­ment par le biais des sai­sons.

Après l’automne, ses châ­taignes, ses mar­rons et ses feuilles mortes, vient l’hiver sur lequel il ne s’attarde pas. Puis, c’est enfin le temps des nids, des iris, de l’élagage du camé­lia
Le recueil s’achève sur cette renais­sance et cette inter­ro­ga­tion :

Fera-t-il beau cet été ?

Présentation de l’auteur

Pierre Tanguy

Pierre Tanguy est ori­gi­naire de Lesneven dans le Nord-Finistère. Ecrivain et jour­na­liste, il par­tage sa vie entre Quimper et Rennes. En 2012, il a obte­nu, pour l’ensemble de son œuvre, le prix de poé­sie attri­bué par l’Académie lit­té­raire de Bretagne et des Pays de la Loire.

Ses recueils ont, pour la plu­part, été publiés aux édi­tions ren­naises La Part com­mune. Citons notam­ment  Haïku du che­min en Bretagne inté­rieure  (2002, réédi­tion 2008), Lettre à une moniale (2005),  Que la terre te soit légère (2008), Fou de Marie (2009), Les heures lentes (2012).

Dernière paru­tion : Silence Hôpital (2017)

 

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Poète de la dia­spo­ra pales­ti­nienne, née à Haïfa, Olivia Elias a vécu au Liban où sa famille s’était réfu­giée après avoir été contrainte à l’exil. Elle a effec­tué ses études supé­rieures au Canada où elle a ensei­gné les sciences éco­no­miques au niveau uni­ver­si­taire, puis s’est éta­blie au début des années 1980 en France.

Olivia Elias écrit depuis tou­jours mais n’a déci­dé de publier que récem­ment. Après Je suis de cette bande de sable publié en mai 2013 (épui­sé), est paru L’espoir pour seule pro­tec­tion, pré­face de Philippe Tancelin (édi­tions alfa­barre, février 2015). Elle a eu l’occasion d’en lire des extraits dans divers cadres/​lieux : Maisons de la poé­sie en France et en Italie, Printemps des poètes, média­thèques… Plusieurs de ses poèmes ont été tra­duits en ita­lien par le poète Giancarlo Cavallo. D’autres sont parus dans le sup­plé­ment lit­té­raire de L’Orient le jour et dans la revue Concerto pour marées et silence. Olivia Elias fina­lise actuel­le­ment son pro­chain recueil de poé­sie.

A lire dans Recours au poème : “Coeurs-Tambours et autres poèmes”

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