Une émo­tion par­ti­c­ulière émane du dernier recueil de Gérard Bocholi­er. Un écho en tout cas, qui résonne dans l’âme du lecteur, longtemps après qu’il ait refer­mé le livre. Certes, les com­men­saux de la poésie de cet auteur, dont je suis, sont famil­iarisés de longue date avec la pro­fondeur et la sen­si­bil­ité dis­crète qui car­ac­térisent son œuvre. Nous sommes néan­moins ici aux pris­es avec autre chose, qui nous emmène non plus loin mais au plus près de la réal­ité de la vie, et en par­ti­c­uli­er de son achève­ment. Au fil des pages, le poète regarde défil­er sa pro­pre exis­tence, qu’il con­fronte à la marche du temps et à l’ordre des choses, dans une sorte d’effacement con­scient de lui-même. Jamais peut-être, chez Gérard Bocholi­er, l’acceptation de la fini­tude humaine n’a été à la fois aus­si prég­nante et apaisée. À tra­vers ces Lita­nies de silence et Ces bon­heurs restés en enfance, une con­fi­ance sou­veraine se fait jour. Une con­fi­ance dans une présence qui est là, à nos côtés depuis tou­jours, et dont les turpi­tudes du quo­ti­di­en nous éloignent. Rien à voir, on l’aura com­pris, avec un quel­conque prosé­lytisme con­fes­sion­nel. Gérard Bocholi­er assume libre­ment une foi ouverte qui accueille tout du monde pour nous aider à pren­dre place dans le mys­tère de la vie et de la mort. Mais, pour autant, notre des­tinée se résume à Ser­rer sous ses paupières / L’inaccessible. L’heure de la mois­son annonce déjà les prochaines semailles. Au cœur de la nuit qui vient s’enracine l’aube du jour suiv­ant. Pen­dant ce temps, la poésie chante en silence la vérité élé­men­taire de la vie. Chaque poème con­tient son lot de sub­til­ités expres­sives et une finesse de ton jamais en défaut. Gérard Bocholi­er est ici à n’en pas douter au som­met de son art, en servi­teur fidèle et éclairé de La Voix unique / qui enchante.

 

Gérard Bocholi­er, Semences de l’aube, pré­face de Jean-Pierre Lemaire, édi­tions Illador, 2025, 74 p, 16€.

Présentation de l’auteur

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Christophe Mahy

Christophe Mahy est né en 1970 à Charleville-Méz­ières. Il réside actuelle­ment en Touraine, dans le départe­ment du Loir-et-Cher. C’est en 2001 qu’il intè­gre la revue Les Amis de La Grive (lit­téra­ture générale con­tem­po­raine) où il côtoie, entre autres, des auteurs tels que Franz Bartelt, Guy Gof­fette, Alain Bertrand, Alain Dan­tinne, Lam­bert Schlechter, Bertrand Degott et surtout Jean-Claude Pirotte, qui lui fait con­naître l’association des Amis d’André Dhô­tel et la revue La Route incon­nue. Pen­dant plusieurs années, il donne des poèmes, des arti­cles, des chroniques et des notes de lec­ture à ces deux revues puis il col­la­bore à Diérèse (poésie con­tem­po­raine) pour laque­lle il tient le rôle de chroniqueur réguli­er entre 2012 et 2014. Il noue des rela­tions avec plusieurs poètes au sein des édi­tions L’Arbre à Paroles et est invité en 2011 au Fes­ti­val Inter­na­tion­al de Poésie de Namur (Bel­gique). Son tra­vail d’écriture se con­sacre en pri­or­ité à la poésie libre ou en prose, mais aus­si au réc­it, à la chronique, la fic­tion et au spec­ta­cle vivant. Il a pub­lié à ce jour une trentaine d’ouvrages chez divers édi­teurs indépen­dants ou régionaux. Il est égale­ment l’auteur de plusieurs livres d’artistes, en tirages lim­ités ou hors com­merce, de pré­faces et de notices. Il est le lau­réat du prix du poème en prose Louis Guil­laume 2018 pour Paysages du vent, aux édi­tions Noires Terres.
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