> Notes pour une poésie des profondeurs (15)

Notes pour une poésie des profondeurs (15)

Par | 2018-02-12T16:27:35+00:00 11 novembre 2014|Catégories : Essais, Essais & Chroniques|

Notes pour une poésie des profondeurs (15) : 
Dans le magma d’Alain Raguet

 

 

« au creux de sa main d’ombre »,
 Alain Raguet

 

Ce qua­trième livre d’Alain Raguet a paru chez Rafael de Surtis, en 2013, sous l’égide du poète/​éditeur Paul Sanda. À sa très juste place, dans la col­lec­tion inti­tu­lée « Pour une terre inter­dite » (qui, en pas­sant, approche les 200 titres). Qui connaît cette col­lec­tion et la poé­sie de Raguet ne peut être sur­pris de les voir avan­cer ensemble, en un lieu com­mun d’infinité inté­rieure et de pro­fon­deur ver­ti­cale. C’est-à-dire en ce haut lieu de trans­mu­ta­tion indi­vi­duante qu’est la poé­sie. Une vieille his­toire qui s’ouvre dans les pro­fon­deurs caver­neuses de la terre, là même où le noir se fait lumière :

 

« car le noir et sa lumière m’enveloppent
de leur toute puis­sance ori­gi­nelle, m’ouvrent des
portes insoup­çon­nables sur le monde inté­rieur,
me rendent pas­seur de paroles indi­cibles,
pas­seur ver­ti­cal pour ce vide infi­ni­ment vivant,
une voix une tra­verse m’invitant à me fondre,
un et ins­tan­ta­né­ment tout, en cet obs­cur vivant »

 

Une invi­ta­tion à se « fondre ». Tout poète qui – dans l’instant sans fin d’un éclair inté­rieur – sai­sit cela, devient… poète. Cela se noue en cet ins­tant pré­cis. Et au-delà… s’ouvre, pour le poète, un éton­nant mode du regard – indi­cible. C’est une forme de secret cela, au sens d’impossible à dire ou rap­por­ter concrè­te­ment à autrui. C’est pour­quoi la poé­sie est plei­ne­ment ancrée dans la vie, pas seule­ment dans le quo­ti­dien de celle-ci mais dans la vie/​poésie en tant que corps, et même corps char­nel. Il suf­fit de s’accepter par­tie pre­nante, cel­lule de ce corps et non plus de se croire (quelle pré­ten­tion) tout. Ne plus se croire « tout » et puis­sance dési­rante sans frein, voi­là un beau che­min de liber­té. D’une liber­té qui se construit d’ailleurs en route. En ce sens, le geste poé­tique peut être (j’écris bien, « peut ») une Geste. Il y a de l’initiatique au réel du monde en tout cela, et en la poé­sie d’Alain Raguet. Du « mag­ma » jaillit « un pay­sage de genèse », où « la nuit cir­cule ». Nous sommes ici, en effet, « en la constel­la­tion d’une parole » du « silence vivant ».

En terres (inter­dites) de poé­sie, en somme.

 

X