> Yarraan de MC Masset

Yarraan de MC Masset

Par |2018-11-19T23:51:59+00:00 24 mai 2013|Catégories : Critiques|

La croix du Sud de Marie-Christine Masset 

 

De petits livres/​objets cou­sus main, de l’édition par amour de la poé­sie, une col­lec­tion de haute tenue dans laquelle on trouve de très belles voix poé­tiques, dont celle de Marie-Christine Masset, par ailleurs membre du comi­té de rédac­tion de l’excellente revue Phoenix. Le tout mené par Yves Perrine. Ici, la poé­sie est mise à l’honneur, en beau­té et sim­pli­ci­té. Cet ensemble de Marie-Christine Masset, Yarraan, ou « croix du sud » en langue abo­ri­gène, est ten­du vers l’étoile flam­boyante, le verbe qui vit à l’intérieur des âmes/​hommes/​poètes et forme une autre vision de la réa­li­té. La pré­sence phy­sique de la culture abo­ri­gène dans ces pages appa­raît ain­si comme chose évi­dente. Cette puis­sante plon­gée dans l’âme abo­ri­gène, et donc uni­ver­selle, est une porte d’entrée dans des uni­vers qui ne sont éloi­gnés de nous qu’en appa­rence. C’est l’humain ancré dans le tout du monde qui paraît dans les mots et les vers de Masset.

 

Rouge, la fleur de magno­lia
glisse sur la terre chaude,
voile l’empreinte des regards.
 

Une douce pous­sière s’envole,
et ce qu’hier nous fûmes
est hap­pé par une vague.
 

Nous par­tons, igno­rant
ces mil­liards de mes­sages
écrits par les hommes
qui nous poussent loin,
tou­jours plus loin,
de l’autre côté du monde,
où les pul­sa­tions secrètes
de la vie rythment
le Dreamtime.

 

Peut être le lec­teur n’est-il pas fami­lier du monde océanien/​pacifique des abo­ri­gènes et de l’expérience du dream­time, expé­rience tout aus­si réelle que ce que nous nous échi­nons ici, ratio­na­listes obtus, à défi­nir comme étant la seule forme de réa­li­té. C’est une confu­sion : nous confon­dons notre réa­li­té limi­tée avec le réel. Un soup­çon d’égocentrisme fati­guant. Un petit saut du côté de l’art abo­ri­gène aide­ra peut être :

http://​www​.cultu​ral​sur​vi​val​.org/​a​u​s​t​r​a​l​i​a​?​g​c​l​i​d​=​C​J​e​P​x​Z​O​n​2​b​Y​C​F​Q​b​H​t​A​o​d​X​3​o​AyA

Ou ici :

http://​www​.goo​gleart​pro​ject​.com/​c​o​l​l​e​c​t​i​o​n​/​a​u​s​t​r​a​l​i​a​n​-​r​o​c​k​-​a​rt/

Ce der­nier lieu remet les idées en place, et en poé­sie.

Qui lit les vers de Marie-Christine Masset avec son cœur sait com­bien ce qui ici parait si loin est en véri­té au creux de nous-mêmes. Tout est affaire de dévoi­le­ment inté­rieur, du moins en ces matières. La poé­sie de Masset parle de secret, de lumière et de lumi­no­si­té inté­rieure − de l’aube qui vient. De celle qui déjà est en nous sans que nous en ayons plei­ne­ment conscience. De la bâtisse humaine en construc­tion /​ recons­truc­tion per­pé­tuelle, pour peu que les hommes che­minent dans le Sens, en lien avec la méca­nique uni­ver­selle. Bâtisse, ce temple qu’il nous faut bien éle­ver /​ rele­ver sans cesse. Ici comme là-bas, au bord de la mer de Tasmanie. Un homme, un temple. L’égalité réelle parce qu’intégralement indi­vi­duée. Cette poé­sie parle aus­si des pro­fon­deurs du réel, de l’eau, du sable, des quatre élé­ments, de la vie, de l’île/origine, comme de nos errances dans cette ombre que nous pre­nons sou­vent pour l’espace éclai­ré :

 

Et le vent sur ma chair,
m’appelle à regar­der
le souffle du monde
fran­chir la mer de Tasmanie.
(extrait)

Yarraan, le poème/​titre du recueil, est d’une ful­gu­rance à cou­per le souffle :

Vibrante soli­tude
Première prière
 

C’est le moment.
 

À toi de naître,
Ô Yarraan,
dans l’embrasement
du poème.

(extrait)

 

Un poème que nous aimons ici, et dont chaque ins­tant pour­rait valoir ton et mani­feste pour Recours au Poème. C’est du reste pour­quoi nous don­ne­rons à lire, d’ici quelques mois, des poèmes de Marie-Christine Masset. Il faut plon­ger dans ces quelques pages, cette den­si­té poé­tique, le long de cette voix /​ voie, vers « ce que taisent les racines », dans l’attente du souffle de ce chant dont parle la poète, un chant s’apprêtant à se lever à chaque ins­tant. Car il n’est aucune attente en réa­li­té, aucun mes­sie, sim­ple­ment la réa­li­té d’un chant du monde pré­sent en tous les ins­tants de ce même monde.

Le recueil de Marie-Christine Masset se ter­mine sur un poème inti­tu­lé « Rouge ». Il n’est pas de hasard.

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