Aman­dine Marem­bert et Romain Fusti­er ouvrent ce numéro de print­emps sur la voix poé­tique d’Etienne Fau­re. Celle-ci tran­site par les scènes du quo­ti­di­en, se saisit des faits, événe­ments et petites dra­matur­gies d’une vie ordi­naire, pour laiss­er sur­gir l’émotion. L’émotion est sans doute le maître mot de sa poésie, et le poème est « passeur d’émotion » pré­cise-t-il d’emblée dans le très court entre­tien avec Romain Fusti­er (10–11).

C’est aus­si, dit-il un peu plus loin, « l’une des ver­tus des revues, dont on ne dira jamais assez de bien, qui met­tent en présence plusieurs voix et offrent une pre­mière ren­con­tre avec un regard autre ». C’est pré­cisé­ment l’esprit de Con­tre-Allées qui veille au respect de la plu­ral­ité des voix et gen­res poé­tiques con­tem­po­rains. Ce numéro encore a fait le choix des quelques mag­nifiques con­tri­bu­tions poé­tiques de Daniel Birn­baum, de Vic­tor Malzac et de Benoît Reiss, ain­si que d’une suite de poèmes d’Eric Jau­mi­er, dis­paru en juin 2020, dont la puis­sance et la vérité poé­tique sont sai­sis­santes. Il nous laisse deux recueils, référencés par le comité de rédac­tion de la revue : Les lisières aux Édi­tions du petit véhicule (2019, avec Claude Mar­gat)  ain­si que Blanc Cor­beau paru en 2020 aux Édi­tions Jacques Brémond.

Con­tre-allées n°43, couverture 
Valérie Lin­der, 48 p., 5€.

le jour ne vieillira
pas
il se met à croître

 

le soleil ne se
couchera pas

 

il veut un alphabet
de page blanche

 

des lon­gi­tudes

 

là où le ciel
cri du bout des doigts

 

la mort est
ce toujours
cet arte­fact d’entre les voix.

 

(Le Mas­caret, Zoocéphale, 18–23)

La revue se referme sur une présen­ta­tion du dernier livre de Marie Huot, Le nom de ce qui ne dort pas, aux édi­tions Al Man­ar, qu’Amandine Marem­bert présente comme une his­toire « à dormir debout », celle de la recherche d’un som­meil per­du : « j’écoute le fleuve noir — noir la nuit et noir le jour- pour con­naître le nom de ce qui ne dort pas». Mais aus­si celle, d’une beauté inouie nous dit-elle, de l’amour incon­di­tion­nel d’une fille à son père per­du (p 48).

Con­tre-Allées, revue de poésie aux airs sim­ples et au ton juste, ne manque jamais l’essentiel, et ques­tionne dans ce numéro le désir d’écrire, le chantier de l’écriture poé­tique. Les poètes Emmanuel Damon et Bernard More­au y répon­dent : « une voix sin­gulière qui se pré­cise, s’oublie s’entête. Voix d’un sujet en quête de lui-même, jamais clos, achevé ou assign­a­ble, mais ensem­ble hétérogène de poten­tial­ités, de réal­i­sa­tions en devenir, à l’image de la pen­sée elle-même » (p 36). Et « il faut ouvrir tous les pos­si­bles dans le micro chantier du poème » (p 37) pour que la poésie agisse sans relâche dans nos pro­pres exis­tences et pour qu’elle « œuvre à la remise en ques­tion de ce monde » comme le souligne Romain Fusti­er dans son Avant-propos.

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Christine Durif-Bruckert

Chris­tine Durif-Bruck­ert, est Enseignante-chercheure, chercheure en Anthro­polo­gie, Uni­ver­sité Lyon 2 et con­féren­cière. Elle écrit de la poésie et con­tribue en tant que mem­bre du comité de rédac­tion à la revue Recours au Poème. — Out­re la dif­fu­sion d’un grand nom­bre d’articles dans des revues sci­en­tifiques nationales et inter­na­tionales, Elle pub­lie des essais dont Une fab­uleuse machine, Anthro­polo­gie des savoirs ordi­naires sur les fonc­tions phys­i­ologiques, en 1994 chez Anne-Marie Métail­ié (réédité aux Édi­tions l’Oeil Neuf en 2009), La nour­ri­t­ure et nous. Corps imag­i­naire et normes sociales édité par Armand Col­in en 2007, Expéri­ences anorex­iques, Réc­its de soi, réc­its de soin en 2017 aux Édi­tions Armand Col­in. En 2021, elle coor­donne l’ouvrage col­lec­tif Trans­es paru aux édi­tions Clas­siques Gar­nier. — En poésie, elle pub­lie entre autres aux Édi­tions du Petit Véhicule, sur des pho­togra­phies de Pas­cal Durif, Arbre au vent (2018), le Corps des pier­res (2019), puis Mains en col­lab­o­ra­tion avec Mar­i­lyne Bertonci­ni et Daniel Rég­nier-Roux (2021). Chez Jacques André Édi­teur, elle pub­lie Langues en 2018, Les Silen­cieuses en 2020 et l’anthologie Le courage des Vivants qu’elle coor­donne avec Alain Crozi­er (2020). En 2021, elle pub­lie Courbet, l’origine d’un monde, aux Edi­tion inven­it, col­lec­tion Ekphra­sis, ain­si qu’un mono­logue poé­tique Elle avale les levers du soleil, aux Édi­tions PhB. — Par­al­lèle­ment, elle pour­suit des pub­li­ca­tions dans divers­es revues de poésie, et antholo­gies. Sur cette année 2021, elle a par­ticipé aux antholo­gies : Dire oui, Jan­vi­er 2021 et Ren­con­tr­er (Novem­bre 2021) Terre à ciel (Flo­rence Saint Roch), Je dis DésirS, Jaume Saïs, PVST (2021), Voix Vives 2021, Pré­face de Maïthé Val­lès-Bled, Édi­tions Bruno Doucey. http://christinedurif-bruckert.com https://www.facebook.com/christine.durif