> Shizue OGAWA, “Un suflet la joacă”

Shizue OGAWA, “Un suflet la joacă”

Par |2018-10-19T05:25:19+00:00 7 mars 2016|Catégories : Essais|

 

Focus sur la paru­tion du recueil de Shizue OGAWA, Un suflet la joacă, (en fran­çais, Une âme qui joue) bilingue japo­nais /​ rou­main, ARTPRESS édi­teur, Timişoara, Roumanie, octobre 2015, 196 pages. ISBN 978-973-108-665-1. Illustration de cou­ver­ture ©Shizue Ogawa 1982. Préface d’Adrian Dinu Rachieru. Traduction de Manolita Dragomir-Filimonescu d’après la ver­sion fran­çaise figu­rant dans l’ouvrage, « Une âme qui joue », choix de poèmes, À bouche per­due édi­teur, Collection Pangée 2010, Belgique.

Shizue Ogawa, peintre, poète, angli­ciste, spé­cia­liste de Keats est née en 1947 sur l’île d’Hokkaido au Japon, où elle y ensei­gna la lit­té­ra­ture anglaise. Elle a reçu les dis­tinc­tions sui­vantes : le Grand Prix de l’Exposition Nationale Sakura pour ses créa­tions au crayon pas­tel en 1963, le Grand Prix inter­na­tio­nal « Antonio Viccaro » en 2011 et « The Gerard Manley Hopkins Society Award » en 2014. Shizue Ogawa est l'invitée de maints fes­ti­vals de poé­sie en Belgique, France, Irlande, au Québec, et récem­ment en Finlande. En 2016, c’est la Roumanie qui l’accueillera, et dans la célèbre ville de Timişoara, le lan­ce­ment de l'ouvrage pré­ci­té japo­nais /​ rou­main est pres­sen­ti au sein de l'éminente Maison des Écrivains, évè­ne­ment auquel assis­te­ront : pro­fes­seurs et étu­diants de japo­nais, écri­vains, artistes plu­riels (dont des comé­diens inves­tis dans la lec­ture des textes de Shizue Ogawa en plu­sieurs langues), ain­si que cri­tiques, per­son­na­li­tés et autres jour­na­listes de la ville[1].

Une âme qui joue est le titre géné­ral regrou­pant une infi­ni­té de poèmes égrai­nés dans plu­sieurs ouvrages publiés à par­tir de 1999. 

 

En introduction à cette présentation du recueil précité, nous proposons ci-après quelques propos ductiles écrits en roumain par Adrian Dinu Rachieru et par Manolita Dragomir-Filimonescu, parus en double préface de ce recueil japonais /​ roumain[2].

 

Adrian DINU RACHIERU est pro­fes­seur des uni­ver­si­tés, pro rec­teur à l’Université « Tibiscus » de Timişoara, Roumanie, ain­si que cri­tique lit­té­raire de grande renom­mée. Il signe ici le texte qu’il a inti­tu­lé, MOT  D’ACCOMPAGNEMENT : « La boîte aux lettres » de la poète.

« Si on accepte de la croire (et pour­quoi dou­te­rait-on ?), Shizue Ogawa, tel qu’elle l’avouait dans une inter­view écrit : « natu­rel­le­ment », vite, sans effort spé­cial et sans angoisses, depuis tou­jours. Toute sa vie durant. Les poèmes, d’une manière illu­soire, « naissent de rien » et la poète, « une âme qui joue », veut « emprun­ter » les beau­tés de la nature, à la recherche de l’innocence per­due. Et ce, sans un civisme bruyant, tin­tin­na­bu­lant, et sans affi­cher non plus un éco­lo­gisme pani­qué sur onde mili­ta­riste. Chez elle, la spon­ta­néi­té n’est pas mimée. L’auteure entre dans un dia­logue natu­rel avec tous les autres êtres (tous égaux, dotés de leur propre per­son­na­li­té et vivant en har­mo­nie). Et donc, en hono­rant et res­pec­tant cette convi­via­li­té, la poète dévoile la source de son lyrisme : un grand amour pour tout ce qui nous entoure. Un monde recher­ché avec sim­pli­ci­té, sens du concret et pro­fon­deur, sur le mode orien­tal qui intro­duit le sen­ti­ment de bien-être, de récon­ci­lia­tion avec la nature, même si le sen­ti­ment rui­neux du temps et les yeux de la soli­tude, « injec­tés de sang », encou­ragent un cœur « révol­té », incom­pré­hen­sible. La force de ce lyrisme réside jus­te­ment dans le trop-plein de l’âme, celle qui « joue », avec étran­ge­té face au ludisme gra­tuit, sté­rile. En effet, en se réjouis­sant des « cadeaux du calen­drier », Shizue Ogawa goûte plei­ne­ment « les par­fums de l’été » et le mur­mure de la vie, sous la lumière vic­to­rieuse du soleil : le bruit des vagues, le chant des mouettes, le concert des insectes et des gre­nouilles des rizières, le chu­cho­te­ment des épis, « la divi­na­tion dans les feuilles de thé ». Dire d’une autre manière, le bon­heur de l’été, la fusion avec le Grand Tout, en déchif­frant, à l’échelle cos­mique, « la machine du monde », comme l’aurait dit Eminescu. (…).

Même si elle est spé­cia­li­sée en lit­té­ra­ture anglaise, amou­reuse de Keats et se révèle indé­pen­dante face au style tra­di­tion­nel japo­nais, la poète porte avec fier­té le sen­ti­ment d’appartenance à une époque fluide, vivant une glo­ba­li­sa­tion en marche, mena­çant l’effacement des iden­ti­tés. La tra­di­tion est ici trai­tée de manière mys­té­rieuse et cen­su­rable, blo­quant tou­te­fois les pous­sées empha­tiques, sans impo­ser pour cela un res­pect inhi­bant, para­ly­sant, (v. La Cloche du Temps). Une pagode bles­sure, par exemple (Le temple Yakushiji, reflé­té dans l’eau lim­pide d’un lac) lui per­met « de lire » la dou­leur de l’existence. Et de nous offrir avec une sin­cé­ri­té dénu­dée, les grandes et les petites his­toires qui ont jalon­né son être au monde. Bien sûr, d’une toute autre manière que celle uti­li­sée par Kenzaburo Oe, « nobé­li­sé » en 1994, Shizue Ogawa a mis le cap à l’ouest grâce notam­ment aux affi­ni­tés décla­rées pour le même Keats, pour­tant si « extrê­me­ment japo­nais », et pri­sé dans son pays, tout en vitu­pé­rant l’ambivalence du Japon, pas­sé par une moder­ni­sa­tion « catas­tro­phique », sur le modèle occi­den­tal. (…).

On peut ain­si dire en guise de conclu­sion que Shizue Ogawa semble cepen­dant ter­ro­ri­sée par le pro­blème de la com­mu­ni­ca­tion : « Comment sor­ti­rai-je du moule en fer ? » se demande la poète, en cher­chant les mots appro­priés, fixant les images, dési­rées, éta­blis­sant l’entente convoi­tée, le dia­logue avec les autres (v. Le Moule). Or, le moule est bru­lant et sera refroi­di avec les larmes de tant d’illusions, les flammes don­nant des ailes à la boue ou en revanche appe­lant les poèmes pour les jeter au feu. Shizue Ogawa cherche les mots : « que je devais trans­mettre dans mon pays », ce qui annu­le­rait l’hypothèse du « rien » évo­qué, de la spon­ta­néi­té sans limites, en fixant l’image de la poète – « boîte aux lettres », dési­reuse de com­mu­ni­ca­tion et de com­mu­nion ».

                                                                                                                     A.D.R                                                                                                         

 

 

Pour sa part, la traductrice, Manolita DRAGOMIR-FILIMONESCU, également poète, anciennement professeure au Collège National du Banat, à Timişoara, Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques écrit dans Le mot de la traductrice, intitulé : SHIZUE OGAWA, POÈTE  D’UNE ÂME QUI JOUE :

 

« Poète japo­naise, encore exo­tique pour une Europe cepen­dant ouverte à toutes les expé­riences lit­té­raires et artis­tiques, Shizue Ogawa y occupe une place à part. J’ai ain­si eu le pri­vi­lège d’entrer dans la poé­sie de Shizue Ogawa, grâce à une amie, poète fran­co-alle­mande, Rome Deguergue avec laquelle j’ai par­ti­ci­pé à son pro­jet lit­té­raire en 14 langues, au sein duquel j’ai assu­ré la ver­sion rou­maine à Timişoara et la ver­sion hon­groise faite elle aus­si par une autre amie, écri­vaine, Marika Pongracz-Popescu. Ce pro­jet réa­li­sé fut un suc­cès chez nous comme ailleurs. À cette occa­sion com­men­ça une nou­velle « aven­ture poé­tique » lorsque Rome m’invita à décou­vrir un recueil conte­nant un choix de poèmes et inti­tu­lé : « Une âme qui joue », dont l’auteure m’était tota­le­ment incon­nue à l’époque.

Après maintes lec­tures, j’éprouvai le sen­ti­ment de connaitre Shizue Ogawa, au-delà du temps et de l’espace. Sa poé­sie péné­tra dans mon être, sans dif­fi­cul­tés, avec un natu­rel incroyable. Son âme par­lait à la mienne via une excel­lente tra­duc­tion fran­çaise, (puisque je ne connais pas du tout le japo­nais). Le rythme et la musi­ca­li­té des vers me don­naient l’illusion d’une écri­ture en langue mater­nelle. Je n’ai pas ren­con­tré de mots, de for­mules qui soient contor­sion­nées, com­plexes, tant la langue était directe et de grande qua­li­té. Tout cou­lait dou­ce­ment, parole et image, comme si cela venait de très loin et en même temps de l’intérieur. (…).

Dans ce cor­pus poé­tique, on peut tout décou­vrir : de la force, de la musique (cachée par­fois), le bon­heur ou le mal­heur, la joie et la tris­tesse, bref, des sen­ti­ments éter­nel­le­ment humains. Longueur des vers, points et points de sus­pen­sion, vir­gules, pauses de res­pi­ra­tion, chaque pièce trouve sa place tel dans un jeu immuable comme si une force supé­rieure les avaient  pla­cées au juste endroit. (…).

La poé­sie de Shizue Ogawa ne fait pas réfé­rence à une mode, à un siècle ou à un public don­né. Il s’agit de sa poé­sie intime, de son uni­vers, des sons qui lui appar­tiennent, des images qu’elle forge elle-même. Shizue ne fait pas de la poé­sie, elle la vit de tout son être. Elle res­pire le pay­sage à sa façon : dis­crète, douce et pleine de force, tel un poète qui connaît bien son che­min déjà tra­cé par le bon Dieu.

Il est vrai qu’on y per­çoit des influences de l’Orient dans sa façon de per­ce­voir le monde, la spi­ri­tua­li­té. Qu’importe le nom que porte Dieu, puisque ce n’est pas la chose la plus impor­tante, mais le fait qu’Il existe, soit visible en nous et dans tous les êtres de ce monde. L’homme moderne vit en har­mo­nie par­faite avec lui-même et avec son uni­vers. « Mes poèmes sont moi-même » pour­rait décla­rer Shizue Ogawa. (…).

Pour ma part, j’espère avoir su conser­ver en rou­main toute la fraî­cheur, la musique élé­gante et pleine de pas­sion des vers de Shizue Ogawa, à qui je sou­haite « Bonne Chance » à la ren­contre du public rou­main, ouvert, intel­li­gent et récep­tif à la fois ».

M.D.F.

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            Nous repro­dui­sons ci-après : deux poèmes en ver­sion ori­gi­nale japo­naise, sui­vie de la tra­duc­tion rou­maine par Manolita Dragomir-Filimonescu, créée à par­tir de la ver­sion fran­çaise que nous appo­sons ici éga­le­ment, telle que figu­rant dans le recueil de Shizue Ogawa, Une âme qui joue[3]. Le pre­mier poème, « Poissons des pro­fon­deurs » rend compte de l’empathie de l’auteure pour le monde ani­mal (ici aqua­tique) décli­née à l’aide d’interrogations sen­sibles, à la fois sibyl­lines et emplies de can­deur, sou­li­gnées à notre sens par une atti­tude quié­tiste, un cer­tain humour, de l’originalité et non inter­ven­tion­niste. Le second poème, « Les ser­viettes de table » fait état d’un ins­tant de grâce, de pure ami­tié tra­ver­sière que nous avons dési­ré faire figu­rer ici, en rai­son du fait que ce petit poème d’une grande déli­ca­tesse a été tra­duit par trois per­sonnes, (dont Jean-Luc Wauthier) dans le cadre de la « Biennale Internationale de Poésie de Liège » en Belgique, dont le regret­té, Jean-Luc Wauthier fut un ardent défen­seur et « vul­ga­ri­sa­teur » au sens noble du terme, en par­tage poé­tique et fra­ter­nel non gal­vau­dé[4]. Biennale de haut niveau, s’il en est, irra­diante à l’envi, au sein de laquelle Shizue Ogawa fut cha­leu­reu­se­ment accueillie, et ce, à plu­sieurs reprises.  

 

 

深海魚         

 

深海魚は

なぜ 水圧に耐えられるのだろう

内蔵も破裂しないで

きっと 歯をくいしばって

痛みをこらえているのだ

いつかは横波にのりたいと  願っているのだ

深海では

流れは上下に動いている

魚は 息を殺した

尾でひとけりして

上を見た 

 

PEŞTI  DIN  ADÂNCURI                   

Cum pot oare în adân­cu­rile mării peş­tii
să suporte pre­siu­nea apei
fără să le explo­deze orga­nele ?
Ei tre­buie să strângă din dinţi
ca să suporte dure­rea.
Într-o zi ei vor să fie pur­taţi late­ral de un val.
Dar în marea cea adâncă
curenţii se depla­sează ver­ti­cal.
Un peşte îşi ţine res­pi­raţia.
Apoi tră­gând o lovi­tură bună cu coada
el pri­vi în sus.

 

POISSONS DES PROFONDEURS

Comment dans les pro­fon­deurs de la mer les pois­sons
peuvent-ils sup­por­ter la pres­sion de l’eau
sans qu’éclatent leurs organes ?
Ils doivent ser­rer les dents
pour sup­por­ter la dou­leur.
Un jour ils veulent être por­tés laté­ra­le­ment par une vague.
Mais dans la mer pro­fonde
les cou­rants se déplacent ver­ti­ca­le­ment.
Un pois­son retint son souffle.
Puis don­nant un bond coup de queue
Il regar­da vers le haut.             

(Traduction : Michèle Duclos)

 

 

テーブルナプキン

 

ちょっと 待って

今 手もとに

紙がないの

テーブルナプキンで失礼します

 

地図 本の名 電話番号

ナプキン手でおさえて

だいじなひと(

こと

)

正直に伝える やわらかい真実

 

ありがとう

ここにいってみるね

きっと読んでみるね

ナプキン使って  ごめんなさい

涙もふくね

 

ŞERVEŢELE  DE  MASĂ                   

Aşteptaţi un minut !
Nu am hâr­tie la înde­mână.
Iertaţi-mă că folo­sesc acest şer­veţel de masă.

O hartă, numele unei cărţi, un număr de tele­fon,
Apăsându-mi mâna stângă pe şer­veţel,
voi scrie un cuvânt impor­tant.
Un adevăr blând trans­mis cu gingăşie.

Mulţumesc.
Voi încer­ca să merg în acest loc.
Voi citi cu sigu­ranţă această carte.
Scuzaţi-mă că folo­sesc un şer­veţel
şi pen­tru a-mi şterge lacri­mile.

 

LES SERVIETTES DE TABLE

Attendez une minute !
Je n’ai pas de papier sous la main.
Pardonnez-moi d’utiliser cette ser­viette de table.
 

Une carte, le nom d’un livre, un numé­ro de télé­phone.
En appuyant ma main gauche sur la ser­viette,
j’écrirai un mot impor­tant.

Merci.
J’essaierai d’aller à cet endroit.
Je lirai sûre­ment ce livre.
Excusez-moi d’utiliser une ser­viette
Aussi pour essuyer mes larmes.

           (Traduction : Alfred Balcaen, Jacqueline Starer, Jean-Luc Wauthier)

 

            Merci ! est en effet un mot que Shizue Ogawa uti­lise sans modé­ra­tion, et qu’elle pro­nonce avec sim­pli­ci­té et une grande frai­cheur sou­riante, envers tous ceux qu’elle ren­contre sur ses che­mins de péré­gri­na­tions poé­tiques, et qui s’intéressent à la manière de ses vers, à sa Weltanschauung à taille humaine, à l’autre en soi, à soi en l’autre, à la facul­té de pou­voir /​ vou­loir jouir, se réjouir du plus quo­ti­dien des quo­ti­diens, à ceux qui osent avan­cer des – mots contre les maux – qui sont, encore et mal­gré tout ce qui fâche et révolte : tels quels, de manière imma­nente, imper­ma­nente et conscien­ti­sée, mais aus­si voués à pro­vo­quer le chan­ge­ment, le grand branle mon­tai­gnien pour cher­cher et trou­ver, qui le lieu, qui la for­mule, à défaut des deux à la fois[5] et à accep­ter /​ appli­quer les prin­cipes de rela­ti­vi­té et de réa­li­té (le monde en expan­sion depuis la nuit des temps tourne avec ou sans nous), au sein de l’ate­lier de l’aube[6], où se crée, se fabrique dans la soli­tude : un art de l’expression dédié à l’échange, doté d’un cer­tain regard inté­rieur, por­té sur le grand dehors. Où, à chaque aurore lavée suc­cède la pro­messe vir­gi­nale, tenue et véri­fiée de la recon­quête et de l’avènement de la beau­té en ce pre­mier matin du monde[7], syno­nyme d’ouverture plu­rielle sur tous les pos­sibles… En écou­tant la musique des fleurs de lotus, quand « le prin­temps ver­dis­sait comme le péché ». Ce qui n’exclut nul­le­ment d’être libé­rée de tout trau­ma, puisque : « la culpa­bi­li­té danse sur mon front » que « cha­cun nour­rit un ser­pent en son sein » ; ser­pents qui « portent son nom » et « de lire » la dou­leur de l’existence.

 

                     Ainsi, Shizue Ogawa nous invite-t-elle – recueil après recueil à réflé­chir, à médi­ter sur le temps plu­riel, à – l'être sans avoir –  , à l’humain trop humain, et à embras­ser, tenir compte – tous les sens en éveil et le regard pro­lon­gé par l'esprit culti­vé, cri­tique, joyeux et constam­ment en appren­tis­sage : du plus petit phé­no­mène jusqu'au plus grand, sans omettre ce qui bruisse et s'agite, “has its play[8] croit, meurt et se stra­ti­fie au sein des règnes : humain, ani­mal, miné­ral et végé­tal, chaos­cos­mique, dans le but de res­sen­tir ce que ces pra­tiques et cueillettes inten­sives, véri­tables offrandes lyriques, à la fois dési­rées et intui­tives apportent en infor­ma­tions, for­ma­tions et dés­in­for­ma­tions suc­ces­sives, et ce qu’elles peuvent modi­fier, amé­lio­rer, éclair­cir, élar­gir, drai­ner, et lever en cha­cun de nous, à quelque poste d’observation que nous nous trou­vions – au pré­sent de tous les pré­sents, dans le but sans doute de répondre à l’interrogation de Shizue Ogawa, évo­quée par Adrian Dinu Richieru : « Comment sor­tir du moule en fer ? » En étant cette « boîte aux lettres, dési­reuse de com­mu­ni­ca­tion et de com­mu­nion » répond le cri­tique de Timisoara. Ainsi : aller vers… et aller avec…

Enfin, comme l'exprimait – avec une infi­nie sim­pli­ci­té our­lée de phi­lo­so­phie orien­tale cette amie déli­cate, Shizue Ogawa, enten­dons ses mots posés ici, tels une élé­gie, un hymne à la joie :

N’ayez pas peur de rédi­ger les joies et les tris­tesses de votre cœur avec des mots ordi­naires. Ne soyez pas timide, n’ayez pas peur de vous immer­ger dans vos sen­ti­ments. Ils consti­tuent notre vie quo­ti­dienne, qu’ils soient « cœur » ou « esprit » (…). Regardons la vie en toute tran­quilli­té, en toute confiance. Les jour­nées changent toutes les heures, en racon­tant l’unique joie du moment [9].

 

 


[1] Le 16 décembre 1989, une insur­rec­tion popu­laire débute à Timișoara contre le régime com­mu­niste de Nicolae Ceaușescu. La ville est ain­si la pre­mière à se rebel­ler contre le pou­voir. Timișoara est une ville mul­ti­cul­tu­relle dotée de mino­ri­tés influentes, essen­tiel­le­ment des Allemands (Souabes ou « Schwaben »), des Hongrois, des Serbes et des Roms mais aus­si des Italiens, des Arabes et des Grecs ou encore des Tchèques et des Slovaques.

[2] Pour infor­ma­tion, ces deux textes dont nous avons assu­ré la relec­ture en langue fran­çaise paraî­tront en ver­sions inté­grales, rou­maine et fran­çaise sur mon site à par­tir du mois de novembre pro­chain : http://​rome​de​guergue​.word​press​.com.

 

[3] Choix de poèmes, édi­tions, À bouche per­due, col­lec­tion Pangée, Belgique 2010.

[4] Jean-Luc Wauthier, pro­fes­seur, jour­na­liste, poète, roman­cier et essayiste belge, né à Charleroi le 14 novembre 1950 est décé­dé le 15 mars 2015.

[5]: Le lieu & la for­mule in : Vagabonds, Arthur Rimbaud, Illuminations.

[6] Terme uti­li­sé par Paul Valéry pour décrire son espace mati­nal de créa­tion.

[7] Extrait d’un poème de Charles VAN LERBERGHE (1861-1907) : C'est le pre­mier matin du monde. Comme une fleur confuse exha­lée de la nuit, /​ Au souffle nou­veau qui se lève des ondes, /​ Un jar­din bleu s'épanouit.

[8] William Wordsworth « (…) to trace the pri­ma­ry laws of our nature (…) /​ pour suivre le che­min des lois pri­maires de notre nature ».

[9] Traduit du japo­nais par Masami Shimaoka et Anna Ayanoglou. L'original est sor­ti en mars 2012 dans le n° 259 de la revue japo­naise « Le monde de la poé­sie », publiée par le Cercle des poètes du Japon.

 

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