Grenier du Bel Amour (1) : Jakob Von Hoddis

Par |2021-07-06T16:53:33+02:00 5 juillet 2021|Catégories : Essais & Chroniques, Jakob Van Hoddis|

Une chronique dont voici le pre­mier numéro pub­lié dans le som­maire n°68 de Recours au poème, en octo­bre 2013, et qui sera régulière­ment sur nos pages jusqu’en juil­let 2016.

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Qui con­naît encore, aujourd’hui, Jakob van Hod­dis ? Et pour­tant, il fut, dans ce que nous appelons  l’entre-deux guer­res , l’un des prin­ci­paux poètes alle­mands, qui influ­ença aus­si bien le mou­ve­ment dada que, tout naturelle­ment, le sur­réal­isme nais­sant qui allait pren­dre la suite de ce dernier.

Oh ! Je sais bien que van Hod­dis fut classé comme schiz­o­phrène par les psy­chi­a­tres de son époque, et que cela lui val­ut de dis­paraître dans les purges nazies, quand le par­ti au pou­voir dans son pays déci­da de l’élimination sys­té­ma­tique des « aliénés men­taux. » Mais est-on vrai­ment « fou » lorsqu‘on est capa­ble d’écrire que (je suis obligé de citer là dans la belle tra­duc­tion qui nous est offerte) « La fiancée douce­ment gèle sous son  léger ensemble./ L’ange se tait. Les courants d’air passent comme fiévreux./ Il tombe à genoux. Main­tenant les deux tremblent/ du ray­on de l’amour qui a sur­gi des cieux.// Rires des éclats de trompettes et du som­bre tonnerre/. D’un léger voile l’aurore a été survolée./ Lorsque d’un ten­dre et faible/ mou­ve­ment elle lui don­na sa bouche à bais­er. » Oui, au regard de la société et de la pen­sée alors dom­i­nantes (mais est-ce vrai­ment si dif­férent de nos jours ?), on est sans doute fou comme l’ont été un James Joyce, un Pablo Picas­so, ou plus près de nous dans le temps, un Jack­son Pol­lock en Amérique. Ou, si l’on en croit Win­ni­cott, comme on a reproché à quelqu’un comme Carl Gus­tav Jung d’avoir été fou dans son enfance…

Encore que l’on puisse se pos­er la ques­tion de savoir s’il ne faudrait pas retrou­ver la dis­tinc­tion que fai­saient les Anciens (je pense ici, par­ti­c­ulière­ment, à ce qu’avance Le Phè­dre, ce si beau dia­logue de Pla­ton), cette dif­férence, donc, entre la mau­vaise et la bonne folie. Ou alors, que veu­lent dire des expres­sions comme les « fous de Dieu » (que ce soient les Bauls de l’Inde ou les Saloï du chris­tian­isme ortho­doxe), ou cet « amour fou » qui plonge au plus pro­fond du légendaire cel­tique… et trou­ve son apothéose dans l’ouvrage d’André Bre­ton qui porte pré­cisé­ment ce titre ?

Au fond, je dois être hon­nête, je ne con­nais pas assez les pièces du dossier pour porter un juge­ment. Mais je ne peux m’empêcher de me deman­der si van Hod­dis, en admet­tant qu’il offrait des signes claire­ment psy­chi­a­triques, n’était pas fou comme le furent avant lui Hölder­lin ou Frédéric Niet­zsche – c’est-à-dire d’avoir poussé si loin son explo­ration  d’une « autre réal­ité », qu’il en demeu­ra à jamais mar­qué dans sa chair et son esprit ?

Dans son dernier Sémi­naire pub­lié, Jacques Lacan ne posa-t-il pas ain­si la notion de syn­thome (et toutes les asso­ci­a­tion d’idées sur ce mot sont évidem­ment les bien­v­enues), qui dénote chez celui qui est « psy­cho­tique » l’accès à un ordre du lan­gage et la trouée vers un réel auquel les « hommes quel­con­ques » n’ont certes pas accès ?

Est-ce pour rien, de ce point de vue, que, en lit­téra­ture, van Hod­dis fut l’un des chefs de file de l’expressionnisme – rap­pelant de la sorte l’improbable géométrie des images du Cab­i­net du doc­teur Cali­gari, ou antic­i­pant sur les intu­itions les plus ful­gu­rantes d’un Murnau ?

Et lisons – et relisons  — le dernier poème qui nous est offert de lui, qui date de 1918, et qui, sous le titre « Der Ide­al­ist » (je com­prends assez d’allemand pour enten­dre ce mot-là !), se ter­mine par ces mots : « Là-dessus, même si dans l’escalier la/  peur de chaude pisse le tra­ver­sait encore,/ il jura fidél­ité sans remords/ une fois encore, obstiné mal­gré tout, à sa/ noble devise : Nature, nature ! »

Présentation de l’auteur

Jakob Van Hoddis

Hans David­sohn, dont le pseu­do­nyme était Jakob van Hod­dis, est un poète alle­mand expres­sion­niste, né le 16 mai 1887 à Berlin, et mort en 1942 à Sobi­bor. Il fut l’a­mi de Georg Heym, et l’un des précurseurs du dadaïsme.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Michel Cazenave

Ecrivain (plus de 50 livres parus, et plus de 400 arti­cles divers), ancien pro­duc­teur de l’émis­sion “Les Vivants et les dieux” à France Cul­ture, Michel Cazenave est un amoureux impéni­tent — dans la mesure où la femme aimée lui paraît être l’in­car­na­tion de ce qu’il appelle “La Face fémi­nine de Dieu”. C’est ain­si qu’il a pub­lié nom­bre de livres de poésie depuis la dis­pari­tion de celle qu’il a aimée toute sa vie, et que la poésie est claire­ment ce qui lui “par­le” le plus aujourd’hui.

En 2014, Michel Cazenave a pub­lié Le Bel amour, une antholo­gie de sa poésie, chez Recours au Poème éditeurs.

voir :

http://www.michelcazenave.fr/

 

ŒUVRE POETIQUE

 

Frag­ments de la Sophia, Ima­go, 1981

Frag­ments d’un hymne, Arfuyen, 1998.

La Grande Quête, Arma Artis, 2003.

Pénin­sule de la femme, Arma Artis, 2005.

Chants de la Déesse, suiv­is de Glos­es, Arbres et Fan­tasies,  Le Nou­v­el Athanor, 2005.

Dédi­cace à l’ab­sente, suivi de Paris-Néon, sous le titre général  “Michel Cazenave”, Le Nou­v­el Athanor, 2007.

Pri­mav­era, Arma Artis, 2007.

Pri­mav­era viva, Arma Artis, 2007.

L’Avis poé­tique (1958 – 2006), Arma Artis, 2008.

La Nais­sance de l’au­rore, Rafael de Sur­tis, 2008.

L’Œu­vre d’or, suivi de La Ver­doy­ante, Rafael de Sur­tis, 2008.

Pri­mav­era nova, Arma Artis, 2008.

Melan­cho­lia, suivi de Parole et silence, Rafael de Sur­tis, 2009.

Le Pas de la colombe, Encres vives, 2012..

 

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