> Anthologie de poésie canarienne : ontologie visible pour archipel inventé

Anthologie de poésie canarienne : ontologie visible pour archipel inventé

Par |2018-10-16T21:06:58+00:00 17 mai 2013|Catégories : Critiques|

Le des­tin des îles, affirme Juan Carlos de Sancho en pro­logue de Poetas de Islas Canarias, est d’être « unies par ce qui les sépare »[1] : la mer. En rédi­geant cette antho­lo­gie de poé­sie cana­rienne du 20ème siècle, il fait œuvre d’engagement en faveur d’une pen­sée archi­pé­lique qui trans­cen­de­rait les seules îles Canaries.

L’objectif de cette antho­lo­gie Poetas de Islas Canarias est de confé­rer à la poé­sie cana­rienne une visi­bi­li­té. Et cette recon­nais­sance pour laquelle milite Juan Carlos de Sancho revêt un double enjeu.

Tout d’abord celui de la mémoire, parce que les poètes cana­riens sont res­tés pra­ti­que­ment igno­rés pen­dant 150 ans. Ce qui ne serait pas tant, à son avis, le résul­tat d’une situa­tion péri­phé­rique au regard de la métro­pole ibé­rique, que d’un manque de recon­nais­sance au sein même de l’archipel, « cette dis­tance avec laquelle on les a trai­tés ici dans l’île, comme s’ils n’existaient pas »[2]. Et ce, alors même que ces auteurs ont joué un rôle essen­tiel dans le pro­ces­sus onto­lo­gique et étio­lo­gique d’émergence d’une iden­ti­té cana­rienne.

Gestation poé­tique de l’archipel

Les poètes cana­riens ont dû « inven­ter leur île ». Dans un archi­pel où la colo­ni­sa­tion a éra­di­qué les traces du peu­ple­ment abo­ri­gène et où « l’effort cacique a consis­té à repro­duire les modèles éco­no­miques, sociaux et urbains du conti­nent »[3], cette ges­ta­tion poé­tique de l’archipel a pris des siècles. Il a fal­lu attendre le 20ème siècle pour que se réa­lise plei­ne­ment cette « fon­da­tion du monde insu­laire ». La recherche d’identité s’est réa­li­sée contre l’emprise colo­niale, par des artistes qui ont dû « se char­ger de construire l’imaginaire insu­laire en par­tant de zéro »[4]. Juan Carlos de Sancho observe que dans la poé­sie cana­rienne se des­sine « le récit pro­fond d’une île imma­té­rielle » et c’est ain­si que se super­pose, à l’île phy­sique, une île poé­tique ou « île de papier ».

Le deuxième enjeu essen­tiel de cette mise en visi­bi­li­té de l’histoire de la pro­duc­tion poé­tique cana­rienne réside dans le fait que les îles sont le creu­set d’un mode de pen­sée par­ti­cu­lière. « Etre insu­laire, c’est une façon d’être entou­ré par tout et d’être éloi­gné de tout ». Fondée sur le para­doxe, la pen­sée archi­pé­lique selon le cana­rien Juan Carlos de Sancho intègre les extrêmes et les contraires, et en cela elle illustre ce que nous avions appe­lé en d’autres temps et lieux, le « rôle de l’identité en tant que ges­tion de la contra­dic­tion »[5].

Visibilité et indi­vi­si­bi­li­té

L’archipel, ce « para­doxe du des­tin »[6], induit « une per­plexi­té [qui] façonne le carac­tère, attire les mirages et les idées instables ». La mer omni­pré­sente, qui sépare et enve­loppe, donne aux îles leur « iden­ti­té indi­vi­sible »[7]. De sorte qu’en étant poète dans une île, une île à l’intérieur de l’île, on prend conscience qu’on est entou­ré, et qu’il n’y a qu’une alter­na­tive : « ou tu te mélanges, ou tu te caches ».

L’archipel de papier que Juan Carlos de Sancho réunit dans cette antho­lo­gie témoigne du fait que les îles sont « une struc­ture par­ti­cu­lière de l’idée matrice  ». Car, entou­rée d’eau, l’île est « comme le pla­cen­ta, ou l’embryon de ce qui va naître : tout y est proche et concen­tré, dans une éner­gie vol­ca­nique et impré­vi­sible »[8].

En outre, « les îles signalent l’horizon invi­sible », cet hori­zon qui sui­vant la concep­tion de Michel Collot arti­cule dans une même dyna­mique struc­tu­rante l’espace inté­rieur de la conscience du sujet, le monde et l'espace du texte[9]. Pour Juan Carlos de Sancho, l’île étant tout à la fois « proxi­mi­té loin­taine » et « éloi­gne­ment proche », une forme ambigüe d’approcher la réa­li­té, donne à l’insulaire une « struc­ture men­tale par­ti­cu­lière » dans son mode d’accès aux idées[10].

Selon Michel Collot, l’horizon orga­nise – méta­pho­ri­que­ment et phy­si­que­ment – le pay­sage en un ensemble cohé­rent, le ren­dant en même temps dis­po­nible à une infi­ni­té d'autres orga­ni­sa­tions pos­sibles. Et si l’on suit la pen­sée de Juan Carlos de Sancho, les îles deviennent des mar­queurs sur cet hori­zon tout autant méta­phy­sique que méta­pho­rique. Précisément, l’horizon vu depuis l’île est cir­cu­laire, fait remar­quer Juan Carlos de Sancho, et pour pou­voir s’en assu­rer, il est néces­saire de s’élever. Cette élé­va­tion – tant phy­sique que sym­bo­lique – néces­saire pour obser­ver l’horizon per­met aus­si de réa­li­ser que de tous les points de ce cercle ima­gi­naire peuvent arri­ver les navires ou les influences por­teuses : « Nous sommes des cultures visi­tées à tra­vers ce cercle »[11].

Cette concep­tion de la pen­sée insu­laire reven­dique une paren­té avec la créo­li­té, quand l’auteur affirme que « les îles Canaries, comme les autres archi­pels, sont des ter­ri­toires de créo­li­té, récep­tifs aux cou­rants esthé­tiques qui arrivent de l’extérieur ». Il s’inscrit dans la lignée du cubain Alejo Carpentier qui défi­nis­sait la créo­li­té comme force sym­bio­tique, à la fois « attri­but et des­tin ». Pour Juan Carlos de Sancho, la créo­li­té opère comme « une pos­si­bi­li­té de chan­ge­ment et de trans­for­ma­tion de nos réa­li­tés sur la base du fait que nos dif­fé­rences, en conver­geant, deviennent une source de créa­ti­vi­té immense ».

L’île en sa car­to­gra­phie poé­tique

La métho­do­lo­gie de Juan Carlos de Sancho pour éla­bo­rer cette antho­lo­gie a consis­té à repé­rer le « temps fon­da­teur » de chaque poète, ce moment où il a com­men­cé à se for­ger son style propre et à inter­ve­nir dans le monde en accord avec sa conscience, en bri­sant les arché­types. Il réper­to­rie vingt poètes qu’il estime repré­sen­ta­tifs du 20ème siècle cana­rien et qu’il classe en 7 grandes périodes : le moder­nisme, les avant-gardes, la guerre civile, les poètes du milieu du siècle, les post-contem­po­rains, la récu­pé­ra­tion des avant-gardes et la nou­velle fusion.

Dans les années 1920, qui inau­gurent le moder­nisme cana­rien, le mou­ve­ment des bateaux et le com­merce avec l’extérieur ouvrent les îles au cos­mo­po­li­tisme. Les poètes hantent les quais, qui hantent à leur tour leurs poèmes. En même temps que débarquent les pro­duits d’échange com­mer­ciaux, arrivent les nou­veaux genres lit­té­raires. L’isolement se confronte au cos­mo­po­li­tisme et de là naît tout un ima­gi­naire. « Moi je me retrouve au milieu de ce cli­mat loca­liste avec une irré­mé­diable tem­pé­ra­ture uni­ver­selle »[12], écrit en 1920 Alonso Quesada, consi­dé­ré comme le Fernando Pessoa cana­rien.

Le lien s’établit prin­ci­pa­le­ment avec les auteurs de la pénin­sule ibé­rique, mais aus­si fran­çais. L’archipel découvre le sur­réa­lisme fran­çais et reste fas­ci­né. En 1935 André Breton visite Tenerife où est orga­ni­sée la pre­mière expo­si­tion sur­réa­liste. L’apport de ce mou­ve­ment lit­té­raire per­met aux poètes cana­riens – les « sur­réa­listes furi­bonds » – de sub­ver­tir et de recréer le lan­gage, de lais­ser sur­gir l’inconscient et les élé­ments oni­riques dans l’écriture : « Les îles pou­vaient désor­mais être n’importe quelle inven­tion de l’imaginaire ».

Propulsés par « l’incertitude pro­vo­quée par l’afflux de tant de nou­veau­té », les auteurs s’attachent alors à réin­ven­ter l’île et cette réin­ven­tion passe par la révé­la­tion d’un mythe insu­laire. Augustín Espinosa en 1928 dans son Lancelot 28°. cherche à créer une « mytho­lo­gie conduc­trice » pour le pay­sage de Lanzarote, pour une île nou­velle. Il écrit : « Mon inten­tion était de créer un Lanzarote nou­veau. Un Lanzarote inven­té par moi… Je sub­sti­tue l’abstrait au concret… je construis la géo­gra­phie inté­grale de Lanzarote »[13].

Ces démarches onto­lo­giques seront gra­ve­ment com­pro­mises par la dic­ta­ture fran­quiste qui s’installe en Espagne en 1939 après trois années d’une guerre civile qui n’a pas épar­gné les Canaries. La dic­ta­ture « fait retour­ner à l’invisibilité toutes les conquêtes anté­rieures » qui avaient été réa­li­sées par les écri­vains. Cet effa­ce­ment se concré­tise d’ailleurs par l’élimination phy­sique des poètes dis­si­dents. Le sur­réa­liste Domingo López Torres est l’un des pre­miers à tom­ber. Arrêté puis fusillé en 1937, son corps est jeté à la mer dans un sac. Depuis la pri­son de Tenerife où il fut incar­cé­ré il écri­vit dans l’un de ses der­niers poèmes :

Parce que j’ai vou­lu me mettre debout
Et le vent ne me lais­sait pas.
Il me pous­sait sans pitié.
Mais j’ai vou­lu me mettre debout.
Ensuite, trans­pa­rent de tout,
Moi, sur une mer sans cris­tal,
Sans où, sans quand, sans rien.
(Les cieux désha­bi­tés
Et les mers sans fenêtres.)
 

Ils me clouèrent sans pitié :
les filles par le cha­peau
Et les gar­çons par le revers de la veste,
Avec des épingles en acier.
La carte de mes insom­nies
– sans nord, sans sud – décou­pée
par les franges vertes du som­meil.
 

Porque yo quise pararme
y el vien­to no me deja­ba.
Me empu­ja­ba sin pie­dad.
Pero yo quise pararme.
Luego, trans­pa­rente de todo,
yo, por un mar sin cris­tales,
sin dónde, ni cuán­do, nada.
(Los cie­los desha­bi­ta­dos
Y los mares sin ven­ta­nas.)
 

Me cla­va­ron sin pie­dad :
las chi­cas en el som­bre­ro,
los chi­cos en la sola­pa,
con alfi­leres de ace­ro.
El mapa de mis des­ve­los
-sin norte, sin sur- cor­ta­do
por fran­jas verdes de sueño.
 

(Extrait du « Poème de la lan­gouste », Domingo López Torres, Lo impre­vis­to, 1936 – notre tra­duc­tion).

 

Sous la dic­ta­ture fran­quiste, les écri­vains sont per­sé­cu­tés, l’édition est sus­pen­due. Les poètes réagi­ront, mal­gré le fait de se retrou­ver assié­gés et iso­lés, en cher­chant à récu­pé­rer l’impulsion uni­ver­selle. Leur résis­tance éthique donne lieu à une poé­sie sociale, qui tente de res­tau­rer une digni­té insu­laire per­due et qui part à la recherche de la signi­fi­ca­tion pro­fonde d’une « île occul­tée ».

Dans la période post-dic­ta­ture des années 50, s’effectue le sau­ve­tage de la tra­di­tion sym­bo­liste, « dans une navi­ga­tion extra­ter­ri­to­riale mais sans perdre de vue l’île ». L’intime et le social, l’avant-gardisme et le sur­réa­lisme, l’indigène et le concep­tuel sur­gissent ou res­sur­gissent comme la lave des vol­cans, sor­tis indemnes de la per­sé­cu­tion et de l’indifférence, s’incorporant au pay­sage cultu­rel. Pour Manuel Padorno (1933-2002), « la poé­sie est une illu­mi­na­tion pro­fane et le poète est le nomade qui va à la ren­contre de ce que la lumière révèle à la recherche de l’architecture invi­sible de l’être »[14].

Le per­son­nage insu­laire n’est pas une cou­tume
Son regard contient une foule
quelque chose brille par-des­sus, la lueur
de l’édifice du feu.
 

Il tra­vaille là-haut avec la lumière, toi­ture
du ciel, le pois­son bleu, for­tu­née
patrie solaire, vol­cans où s’allume
Phosphorescente la trans­pa­rence ailée.
 

Par où passe l’homme est le sen­ti­ment.
L’eau une crique blanche, l’eau une plage
clar­té céleste, île de foi.
 

Je pla­ce­rai la pierre dans le dire
Une pierre sur la mer où se forge
Du fon­de­ment : ce qui ne se voit pas.
 

El per­so­naje insu­lar no es una cos­tumbre
siempre contiene cien­tos la mira­da ;
algo relam­pa­guea enci­ma, la lumbre
del edi­fi­cio de la lla­ma­ra­da.
 

Trabaja arri­ba con la luz, techumbre
del mar, el pez azul, afor­tu­na­da
patria solar, vol­canes donde alumbre
fos­fo­res­cente trans­pa­ren­cia ala­da.
 

Por donde pasa el hombre es el sen­tir.
cale­ta blan­ca el agua, playa el agua
celeste cla­ri­dad, isla de fe.
 

Colocaré la pie­dra, en un decir,
Una pie­dra en el mar donde se fra­gua
Del fun­da­men­to : lo que no se ve.
 

(Manuel Padorno, « El per­so­naje insu­lar », Efigie cana­ria, 1958-1993 – notre tra­duc­tion).

 

Les années 70 marquent l’ouverture à la démo­cra­tie, avant l’autonomie acquise en 1982 et alors « la poé­sie com­mence à récu­pé­rer son île inté­rieure, le poème, à l’abri de l’immédiateté et de la norme », et ce à grand ren­fort d’inventions, d’hétérodoxies et de paris indi­vi­duels. Le poète Rafael Arozarena inter­roge :

« A l’intérieur de qui prions-nous ?
Depuis cet inté­rieur je per­çois les quatre hori­zons en ruine
Où les nou­veaux apôtres sus­pendent des enfants d’argile avec des ailes d’argent.
Et constante est la dou­leur de la musique
du mutisme, la nuit et le secret du temps »
 

« ¿Dentro de quién ora­mos ?
De este inter­ior per­ci­bo los cua­tro hori­zontes en rui­nas
donde los nue­vos após­toles cuel­gan niños de bar­ro con alas de pla­ta.
Y duele constante la músi­ca
de la mudez, la noche y el sigi­lo del tiem­po »
 

(Extrait de « La cate­dral 69 », Rafael Arozarena, El ómni­bus pin­ta­do con cere­zas, 1971 – Notre tra­duc­tion)

Dans une fin de 20ème siècle désa­bu­sée où le libé­ra­lisme finan­cier a rem­pla­cé l’idéal du pro­grès social et où le livre se débat entre les nou­velles pistes digi­tales et la pos­sible dis­pa­ri­tion du papier, Federico J. Silva inau­gure une nou­velle « ligne de navi­ga­tion » :

Les fabri­cants d’oasis
ont fabri­qué d’abord le désert
ce ne sont pas des îles
c’est l’océan
c’est-à-dire qu’il n’y a
pas d’autre choix que nager
ou
nager
contre à l’encontre
du cou­rant
en haute mer nous sau­rons
trou­ver
notre propre che­min
ici nous sommes des étran­gers

 

los fabri­cantes del oasis
fabri­ca­ron antes el desier­to
que no son islas que
es océa­no
o sea no hay
más que nadar
o
que nadar
contra en contra de
la cor­riente
en la mar alta sabre­mos
encon­trar
nues­tro pro­pio cami­no
aquí somos extra­n­je­ros
 

(Extrait de « A quí somos extra­n­je­ros », Federico J. Silva, Sea de quien la mar no teme aira­da, 1995 – notre tra­duc­tion)

Au tour­nant du 21ème siècle, dans un « monde de réseaux redis­tri­bués », même si beau­coup conti­nuent de croire à l’isolement du poète insu­laire, « l’île n’existe plus », le poète cana­rien peut être pré­sent, sans bou­ger des Canaries, dans les débats et récits du monde entier et les auteurs insu­laires « ouvrent leur éven­tail à de nou­veaux ima­gi­naires ».

Catherine Boudet

Quatre-Bornes (île Maurice), 07 mai 2013

 

 

 


[1] Juan Carlos de Sancho, Poetas de Islas Canarias du XXe siècle, 2011, Prologue, p. 7. Dans la suite de l’article, nous nous conten­te­rons de gar­der entre guille­mets les cita­tions du texte sans rap­pe­ler cette réfé­rence. Nous consi­dé­rons dans la suite de l’article que les cita­tions sans réfé­rence ren­voient à ce texte.

[2] Juan Carlos de Sancho, « La isla inven­ta­da », article publié dans la revue en ligne La Maquina el tiem­po, 2007, http://​www​.lama​qui​na​del​tiem​po​.com/​a​l​g​o​d​e​/​c​a​n​a​r​i​a​s​.​htm.

[3] Ibid.

[4] Ibid.

[5] Catherine Boudet, « La construc­tion poli­tique d'une iden­ti­té fran­co-mau­ri­cienne (1810-1968) : le dis­cours iden­ti­taire comme ges­tion de la contra­dic­tion », Kabaro/​Revue Internationale des Sciences de l'Homme et des Sociétés vol. III (3-4), 2005.

[6] Prologue, Op. Cit., p. 7.

[7] Juan Carlos de Sancho, « La isla inven­ta­da », Op. Cit.

[8] Conversation élec­tro­nique avec l’auteur.

[9] Michel Collot, La poé­sie moderne et la struc­ture d'horizon, PUF, 1989, nou­velle édi­tion 2005.

[10] Conversation élec­tro­nique avec l’auteur.

[11] Conversation élec­tro­nique avec l’auteur.

[12] Notre tra­duc­tion. « Yo estoy en medio de este cli­ma loca­lis­ta con una irre­me­diable tem­pe­ra­tu­ra uni­ver­sal. »

[13] Notre tra­duc­tion. « Lo que yo he bus­ca­do rea­li­zar, sobre todo ha sido esto : un mun­do poé­ti­co ; una mito­logía conduc­to­ra. Mi inten­to es el de crear un Lanzarote nue­vo. Un Lanzarote inven­ta­do por mí… Sustituyo lo concre­to por lo abs­trac­to… construyo la geo­grafía inte­gral de Lanzarote. »

[14] Notre tra­duc­tion. « La poesía es una ilu­mi­na­ción pro­fa­na y el poe­ta el nóma­da que va al encuen­tro de lo que la luz reve­la, en bus­ca de la invi­sible arqui­tec­tu­ra del ser. »

 

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