> Extraits du recueil Eloge de l’Ombre choisis par Catherine Boudet

Extraits du recueil Eloge de l’Ombre choisis par Catherine Boudet

Par | 2018-02-24T20:51:58+00:00 22 avril 2014|Catégories : Blog|

Mais moi j’étais pire.
J’étais cet homme cou­ron­né de poulpes
qui déchi­ra dans l’exactitude de sa mort
le linge écar­late des mens­trues.
Rien ne lui a sur­vé­cu.
Ni l’étourneau ancien,
Ni la gor­gone du chant pré­cé­dent.
Or, il tint un jour la pure épée.

*
Par les eaux suc­ces­sives,
par la bouche inci­sée des ser­ments,
le crin dur du récit parle de toi,
du sang de por­phyre
qui a tra­ver­sé la nappe blanche.

La tem­pête sac­cage la raie très douce
qui sépare tes che­ve­lures.
La lune macule la fleur du pro­verbe :
La soie crème et les dards
Qui trem­blaient hier
sous la danse irri­tée des faux-bour­dons.

*
Le pour­tour de l’île s’est fait,
par cette nuit vio­lente, plus com­pli­qué.
L’aurore se déchire,
lacère les char­dons velus
et les yeux d’oiseau de l’archange.
Mais les pha­lènes qui pré­sa­geaient l’aurore
meurent. La main vul­né­raire,
la blême méduse des pro­mon­toires,
la main de Lazare,
qui devait tour­ner le poi­gnet à biseaux
qui nous sépa­rait de la flamme
rouge et cachée du ceri­sier
n’est plus qu’un coli­fi­chet

*
Du navire ensa­blé aucune nou­velle.
Le sca­laire de l’ancienne capi­tale
marche der­rière le mot
qu’une fronce a cou­pé.
Tu gui­de­ras par la main l’insensé.
Tu seras le drap blanc par­se­mé d’if,
tu seras la mor­sure et la thé­riaque
et la nuit elle-même pour lui.
Un rire venu de l’autre rive,
du trot­toir où ne règnent
plus que l’éther et le rhum,
un rire pois­sard
agite et bou­le­verse la fleur unique.