> NOUS IRONS PIEDS NUS COMME L’IRE DES VOLCANS

NOUS IRONS PIEDS NUS COMME L’IRE DES VOLCANS

Par |2018-10-15T17:08:38+00:00 8 septembre 2016|Catégories : Essais & Chroniques|

 

Un texte qui convoque l’utopie, qui se lance dans la quête d’horizons, qui rêve au futur.

« L’amour est à réin­ven­ter »  – une révo­lu­tion uto­pique par l’amour, force de vie, bouf­fée pri­mor­diale, bulle d’air contre tous les poé­ti­cides.

Peut-on vivre la vio­lence des larmes, des pas­sions, des rires, bref d’un feu dévo­rant, dans un monde réglé avec la pré­ci­sion mathé­ma­tique d’une usine for­diste ?   

Un dépas­se­ment du désen­chan­te­ment poli­tique d’une période cal­ci­née et exsangue par une décla­ra­tion d’amour.

« Quelle sorte d’espoir met­tez-vous dans l’amour ? » ins­cri­vaient en en-tête de leur revue les sur­réa­listes, et ils avaient rai­son : dans la révo­lu­tion comme uto­pie, et dans l’amour comme uto­pie. Comme force déchi­rante, comme coup de ton­nerre libé­ra­teur.

Comme Antigone, qui quand elle revient à Thèbes pour ten­ter d’apaiser la riva­li­té entre ses deux frères, le fait pour dire « oui » à la vie, au futur, à la beau­té et pour refu­ser, dans sa robe déchi­rée, toutes les mani­fes­ta­tions de pou­voir. Et incar­ner la part fémi­nine, celle du poé­tique, de l’amour sans jus­ti­fi­ca­tion, de la patience.

–Raphaël Joly, début décembre 2015

NOUS IRONS PIEDS NUS COMME L’IRE DES VOLCANS

Par |2018-10-15T17:08:38+00:00 8 juillet 2016|Catégories : Blog|

 

 

 

Version Brève /​ Extraits

 

 La ver­sion inté­grale est dis­po­nible dans “Artichaut 1 – Révolutions.” : http://www.lechardonlitteraire.com/store/p2/Artichaut_%231_%7C_Révolutions.html 
 

« En vain dans la tié­deur de votre gorge mûris­sez-vous vingt fois la même pauvre conso­la­tion que nous sommes des mar­mon­neurs de mots

Des mots ? quand nous manions des quar­tiers de monde, quand nous épou­sons des conti­nents en délire, quand nous for­çons de fumantes portes, des mots, ah oui, des mots ! mais des mots de sang frais, des mots qui sont des raz-de-marée et des éré­si­pèles et des palu­dismes et des laves et des feux de brousse, et des flam­bées de chair, et des flam­bées de villes    

                                               

 

 

                                                      Aimé Césaire, Cahiers d’un retour au pays natal, 1939

 

 

Nous irons pieds nus comme l’ire des vol­cans

dans d’impétueux dédales

d’innombrables prai­ries

Quelle éva­sion

 

Nous nous pro­cla­me­rons soli­daires des atten­tats du gui

de ceux des magno­lias et des palé­tu­viers

qui sou­lèvent le bitume

qui dis­putent aux béton­neuses les royaumes ordi­naires

Nos renards dévo­re­ront tous les caté­naires

 

Ni les épaisses murailles de l’homme ni les ponts-levis levés ne nous arrê­te­rons

Nos hordes de busards et de loups reten­ti­ront dans les cours inté­rieures

Nos régi­ments désor­don­nés et sau­vages par­ti­ront à l’assaut de tous les rem­parts

Nos fleuves char­rie­ront une eau renouant avec la mémoire ances­trale des tor­rents

Nos charges de plas­tic céleste vien­dront à bout de la lèpre admi­nis­tra­tive

Nous remue­rons le sang dans les entrailles de l’aorte

Nous haï­rons toute forme de froide coa­gu­la­tion

 

Nous met­trons le feu aux décla­ra­tions d’amour reli­gieuses et muni­ci­pales

Les rubriques « Hyménée » des quo­ti­diens ne por­te­ront pas notre nom

Nous boi­rons l’eau sacrée des fon­taines jusqu’à la lie

La miè­vre­rie cré­tine pren­dra le poing de notre amour sur la gueule

 

Nos paroles ne seront pas sou­mises aux vieilles langues humaines

Nous inven­te­rons d’autres syl­labes

bar­bares, élé­men­taires

Sans que s’étiole la conver­sa­tion

L’enfance revien­dra

La vic­toire cares­se­ra l’espoir de nous appar­te­nir

 

Nous ral­lu­me­rons les flammes vacillantes

Nous ten­drons la main à des ramures de cerf à la tom­bée de la nuit

et leurs râles puis­sants irra­die­ront l’azur

Nous res­pi­re­rons avi­de­ment un air à nou­veau pur

Nous ferons par­ler les villes muettes

nichés dans les embra­sures

 

Car les villes endor­mies rêvent de bar­ri­cades

Les cités désertes rêvent de sueurs froides 

Pendant que notre monde en fusion couve en silence

noc­turnes tor­rides et ta sueur chaude

Brasero vent brû­lant souf­flant sur la braise

Feulements de tigres cra­moi­sis 

 

L’exil de nos clans mon­gols déchi­re­ra l’infini 

Puis nous nous reti­re­rons comme se retire une horde d’un pays mis à sac

Nous retrou­ve­rons des ter­rae inco­gni­tae

Nous retrou­ve­rons le voyage

L’embrassade des feuillages

Les mots dits à l’oreille des arbres

 

La semence dans les racines

Le front butant sur la cla­vi­cule des astres

Des buis­sons d’orties nous mar­che­rons vers l’écume

comme l’aigle pri­son­nier dans sa cage en ronge len­te­ment les bar­reaux cui­vrés

Nous défie­rons l’ennui des bois d’un vert tendre

par le dimanche mar­qué du chant des ros­si­gnols

au fond des bos­quets téné­breux

 

Nous arpen­te­rons pics cre­vasses gouffres convul­sions

Escarpes abruptes

Sols bou­le­ver­sés

Torrents furieux

Déserts arides

Eaux gron­dantes

Forêts noires

Nous vomi­rons les rivières onc­tueuses

Les paci­fiques berges

Et les champs de bet­te­raves

 

Il n’y aura rien entre nos peaux blanches et les feuilles

Nous n’aurons jamais de para­pluie ni n’embrasserons de modernes acces­soires

Nous mar­che­rons le corps expo­sé à la pluie, la chair nue sous les gouttes 

sans aucune forme de cli­ma­ti­sa­tion

d’aseptisation

Aucune forme de char­rue pour bles­ser la terre

pour labou­rer les chairs

 

Les étoiles sus­pen­dront leurs courses pour nous voir

La neige tom­be­ra drue pour nous voir

Les orages écla­te­ront pour nous voir

Les car­rou­sels trem­ble­ront sur leur axe impé­tueux pour nous voir

Les fleuves sor­ti­ront de leur som­meil et de leur lit pour nous voir 

Les cigales et les grillons ces­se­ront leurs appels nup­tiaux pour nous voir 

Moi che­veux défaits

Ton visage d’homme goû­te­ra sans réserve les odeurs ani­males du monde

Le frot­te­ment de nos peaux comme des silex

 

Etincelles mul­tiples

Nos souffles mêlés

Nos étreintes seront miné­rales

Nos mots mur­mu­rés ton­ne­ront

Bouche sur ta poi­trine

Je gou­ver­ne­rai ton sang

Je serai maître de ton san­glot

Je serai louve à l’aube

Lovée toute la nuit dans tes bras, avec la voûte et l’univers entier

Mes seins expo­sés à la mor­sure du givre

 

Nous serons les bri­gands qui dévorent les bêtes de somme

Aventuriers en Louisiane

Danseurs de tan­go à Buenos Aires

Braqueurs à Nice

Et ailleurs

Renards pâles

Trappeurs inuits

Chasseurs pyg­més

Keshiks enflam­més

Nous embar­que­rons sur le Maldoror rejoindre les périples des îles atlan­tides

Retrouver l’imprudence

 

Nous mon­te­rons à cru des che­vaux sau­vages

migra­teurs

sou­ve­rains en leurs lati­tudes

Nous par­le­rons le patois des félins

qui tra­ce­ront nos routes

qui des­si­ne­ront nos pay­sages

Faits de détroits inex­pug­nables

de bras de mer inflexibles

de terres déso­lées

de vents contraires

 

A notre flanc dans son étui d’étoiles brille­ra le revol­ver de la nuit

Et droit au tra­vers des lignes enne­mies

Jamais embus­qués

Départ pour le bruit neuf

Le salut sera à l’extinction du der­nier lam­pa­daire

Le pouls de la nuit fera un franc fra­cas

Devant notre incen­die

 

Nos os jon­che­ront une terre ocre

Nos viandes illu­mi­ne­ront des steppes

Les feront vibrer à perte de vue

Les feront val­ser

 

Dans mon ventre pal­pi­te­ra l’avenir

Nous lais­se­rons notre brû­lure dévo­rer le monde

Le feu sera notre guide 

Notre feu dévas­ta­teur vio­le­ra la pax huma­na

Le vent souf­fle­ra sur nos pas de cendres chaudes

 

Nous serons la voix qui dit que tout est grâce

Nous serons l’ange dans le sang qui déclare

L’insurrection

Des algues rouges

D’une tem­pête de nuit bleu­tée de nui­tée élec­trique

Nous incen­die­rons l’horizon de nos paroles suaves

 

Surtout sou­viens-toi

Souviens-toi que tu n’es pas pous­sière

Souviens toi que tu es feuille, pierre et neige

Souviens toi que tu es la lumière blanche de l’hiver

Nous irons pieds nus comme l’ire des vol­cans

Je t’aime 

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