Pierre Maubé, qui a publié plus de dix recueils, nous enchante particulièrement avec celui-là d’autant qu’il nous annonce qu’un vrai poème est “l’autobiographie” de tout le monde » et qu’il a, à son origine, une rencontre.
Il donne d’emblée vie à son texte au moyen de paragraphes en prose poétique débutant souvent par des apostrophes en anaphore, figure récurrente du livre. La carte de tendre se dessine tout de suite et le lieu est l’amour blessé quand « l’oiseau est orphelin de ciel ».
Quel chemin va prendre le narrateur dans son désarroi, que va devenir la rencontre dont il ne reste plus que « l’écho des rires révolus » ? Pour l’instant il va falloir feindre de vivre dans une vie sans avenir.
La tentation du silence est bien là avec des vers libres, parfois en brefs distiques ou même monostiches, dans des strophes souvent courtes qu’interrompront encore des proses. Elle mime parfaitement le projet de l’auteur qui a écrit : « Plus cohérent que mes précédents recueils, « Cette rive » retrace un parcours, amoureux certes, mais que l’on peut également lire comme un parcours initiatique, de la quête au renoncement, de l’espoir à la désillusion. »
Allons donc voir vite où se trouvent des traces, plus peut-être, des passages d’espérance quitte à revenir en arrière pour relire des vers tristes de grande beauté. On sait déjà la joie qu’il y a à savoir, pour le narrateur, combien inoubliable a été l’amour vécu. Un magnifique souvenir qui lui permet ainsi de dire au présent : « aveugles nous suivons / le chemin de l’étoile. ». Le choix de ce temps de l’indicatif se ressent comme un élan positif et aboutit à des déclarations enchantées comme : « Je vous aime impatiemment / j’écoute à la fenêtre / l’écho de vos pas / de l’autre côté de la Terre ». Associé au pronom personnel « nous » ce temps prend toute sa dimension intemporelle : « nous vivons à l’orée de la vie souveraine ». Le lecteur ne peut que s’identifier à cette expérience unique et sublime.

Cette rive, Pierre Maubé, éditions Les Cahiers d’Illador, 2025, 16 €.
On rejoint ici la pureté de l’amour courtois avec un vouvoiement respectueux que le mot « dame » confirme :
Soeur lointaine, dame d’eau,
dame d’herbe souple sous le vent,
dame de frissons magnétiques,
dame aiguë comme la foudre,
dame aux yeux de jade pâle,
dame au visage sculpté
dans l’argile des rêves.
Et seul le consentement de l’aimée permettra aux amants de se revoir.
Tout s’illumine grâce à la force de tels sentiments qui, d’autre part, rendent les amants indifférents au monde autour d’eux et sont l’occasion pour le narrateur de créer des images aussi discrètes qu’expressives : l’amour est « cette rive lointaine, offerte aux vents et pure de naufrages ».
Celui-ci est également un rappel de l’enfance et du « ciel de nos vingt ans ».
Le lecteur poursuit sa lecture, ému par un texte qui dépasse la répétition par des leitmotivs passionnés. Et c’est toute cette beauté poétique qui éternise des sentiments aussi rares. L’amour est ainsi également littérature où tous peuvent aborder.
Pour finir, si un texte est une injonction à l’acte d’écrire c’est bien celui-là.
Présentation de l’auteur
- Pierre Maubé, Cette rive - 6 janvier 2026
- Tatsuo Hori, Le vent se lève - 6 mai 2025
- Gérard Pfister, Autre matin suivi de Le monde singulier - 6 janvier 2025
- Gérard Pfister, Autre matin suivi de Le monde singulier - 6 septembre 2024
- Jean-Pierre Vidal, Fille du chemin - 6 mars 2024
- Eric Dubois, Paris est une histoire d’amour suivi de Le complexe de l’écrivain - 5 octobre 2023
- Un hommage à Colette, poète - 6 juillet 2023
- Estelle Fenzy, Boîtes noires - 19 mars 2023
- Un hommage à Colette, poète - 1 mars 2023
- Bruno Marguerite - 1 mars 2023
- Claudine Bertrand, Sous le ciel de Vézelay - 19 octobre 2020
- Claudine Bohi, L’Enfant de neige - 6 avril 2020
- Philippe Thireau, Melancholia - 5 février 2020
- Hélène Dorion, Tant de fleuves - 17 février 2017
- Dana SHISHMANIAN, Les Poèmes de Lucy - 25 janvier 2017
- Gabrielle Althen, Soleil patient - 19 décembre 2016
- Philippe Delaveau, Invention de la terre - 11 novembre 2016
- Jacques Ancet : Les Livres et la vie - 29 mai 2016
- Françoise Ascal : Des Voix dans l’obscur - 19 mars 2016
- Fil de lecture de France Burghelle-Rey : sur Claudine Bertrand, Nicole Brossard, Laura Vasquez - 23 novembre 2015
- Dominique Zinenberg : Fissures d’été, - 18 novembre 2015
- Denis Heudré : Bleu naufrage — élégie de Lampedusa - 7 octobre 2015
- Petr Král par Pascal Commère - 10 mai 2015
- La Lumière du soir, Marwan Hoss - 30 novembre 2014
- Geneviève Huttin, Une petite lettre à votre mère - 8 octobre 2014
- Claudine Bertrand, Rouge assoiffée - 21 juin 2014
- Denise Desautels, Sans toi, je n’aurais pas regardé si haut - 29 avril 2014
- Gérard Pfister, Le temps ouvre les yeux - 23 mars 2014















