> Jean-Pierre Siméon, Lettre à la femme aimée au sujet de la mort et autres poèmes

Jean-Pierre Siméon, Lettre à la femme aimée au sujet de la mort et autres poèmes

Par | 2018-02-06T23:08:43+00:00 26 janvier 2018|Catégories : Essais & Chroniques, Jean-Pierre Siméon|

Je n’insisterai pas sur la biblio­gra­phie consi­dé­rable et variée de Jean-Pierre Siméon, mais si je devais par­tir sur une île déserte avec un livre de lui, j’emporterais celui-ci, qui ras­semble trois recueils signi­fi­ca­tifs de son œuvre.

 Ce qui les rend par­ti­cu­liè­re­ment acces­sibles et effi­caces poé­ti­que­ment, est qu’il s’agit mani­fes­te­ment d’une écri­ture qui n’a pas oublié qu’elle peut avoir à pas­ser par l’oralité. Elle en a la sim­pli­ci­té des images, l’harmonie sonore de la for­mule, la qua­li­té dans « l’attaque » qui fait que chaque poème accroche d’emblée. Bref, Jean-Pierre Siméon n’a pas renon­cé aux moyens clas­siques mais dis­crets des pres­tiges de la rhé­to­rique, sans que les poèmes en souffrent. Ils y gagnent au contraire une sorte de théâ­tra­li­té de bon aloi, une éco­no­mie dans la mise en scène d’une éven­tuelle réci­ta­tion, ou décla­ma­tion, qui pour­suit secrè­te­ment une longue tra­di­tion de la parole en poé­sie. Du coup, les poèmes de ce livre sont un plai­sir à lire à haute voix, pour soi-même, soli­taire en forêt par exemple. L’autre qua­li­té de ces poèmes qui bien sûr touchent sou­vent au thème de l’amour, mais pas seule­ment, c’est leur ton. Ce ton est res­sen­ti comme celui d’une sin­cé­ri­té toute directe à l’égard et à l’intention des êtres humains et en par­ti­cu­lier, de la « gar­dienne des bai­sers ».

Jean-Pierre Siméon, Lettre à la femme aimée au sujet de la mort et autres poèmes. (NRF Coll. Poésie/Gallimard – préface de J.M. Barnaud).

Jean-Pierre Siméon, Lettre à la femme aimée au sujet de la mort et autres poèmes. (NRF Coll. Poésie/​Gallimard – pré­face de J.M. Barnaud).

Le livre four­mille ain­si d’expressions qui enchantent et sont des trou­vailles, disons, laco­niques, qui étin­cellent au détour des vers. Mais ces expres­sions, si brillantes qu’elles soient, ne voilent pas de leur éclat l’intime pro­fon­deur du pro­pos, et c’est pour cela que la poé­sie de Jean-Pierre Siméon est au plus haut point émou­vante. Elle est une poé­sie sous-ten­due par une vie constam­ment reliée à notre insu – car il n’évoque point la chose de façon osten­ta­toire, comme cer­tains dont c’est le fonds de com­merce ! – à ce que j’appelle volon­tiers l’humaine tri­bu, la com­mu­nau­té des bipèdes, voire des vivants en géné­ral, que – à la faveur de l’amour de « l’aimée » – nous vou­drions consan­guine, fra­ter­nelle (« se recon­naître défait/​ dans chaque homme qui tombe… » ). Et d’autant plus que la vie de cette huma­ni­té dont cha­cun est un atome, se découpe sur fond de mor­tel mys­tère. Pour toutes ces rai­sons, et d’autres que je laisse au lec­teur le soin de décou­vrir, je recom­mande vive­ment ce beau petit volume et le tré­sor de tendre sagesse qu’il recèle. En des temps aus­si durs que les nôtres, une parole ajus­tée au monde et qui, ni ne le fuit dans un enchan­te­ment béat, ni ne se laisse dévo­rer par lui en mari­nant dans ses affres quo­ti­diennes, mais se tient à dis­tance de « for-inté­rieur » et d’équilibre, mérite que nous entrions volon­tiers en réso­nance, en sym­pa­thie, avec elle, comme on le dit des « cordes sym­pa­thiques » des violes d’Amour !

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