> Gwen Garnier-Duguy – Alphabétique d’aujourd’hui

Gwen Garnier-Duguy – Alphabétique d’aujourd’hui

Par | 2018-06-12T16:49:50+00:00 3 juin 2018|Catégories : Critiques, Gwen Garnie-Duguy|

Voici donc un récent recueil de notre nou­veau col­la­bo­ra­teur à Traversées, Gwen Garnier-Duguy. Sous son titre quelque peu énig­ma­tique, on devine un pro­pos très sérieux, une sorte d’invite à un recen­se­ment cos­mique, à une sorte d’examen de la situa­tion des humains en ce vingt-et-unième siècle, assor­ti d’une poé­tique inter­ro­ga­tion sur la direc­tion qu’il semble prendre, sur ce que le lan­gage implique à l’égard de son fonc­tion­ne­ment, aus­si bien que sur l’écrit lui-même. Le poète, depuis sa situa­tion d’étranger, regarde les choses, les éprouve, y réflé­chit avec un cer­tain recul et un regard par­fois sur­plom­bant et pro­phé­tique. Ainsi l’interrogation immé­mo­riale, qu’on trouve page 52, d’un poème titré Xenos, par­ti­cu­liè­re­ment solaire, dont voi­ci quelques ver­sets carac­té­ris­tiques du ton du livre :

Gwen Garnier-Duguy – Alphabétique d’aujourd’hui – (Avec cou­ver­ture de Roberto Mangù) Coll. Glyphes – Ed. L’Atelier du grand Tétras 25210 Mont-de Laval.

             Comment a pu venir l’idée de la créa­tion et cette archi­tec­to­nique pen­sée au quart de souffle, com­ment

            l’ordre alpha­bé­tique, avec les lettres arra­chées au néant, a-t-il trou­vé la pesan­teur céleste, une volon­té de s’extraire du silence ?

L’on sen­ti­ra bien que par leur nature-même, toutes ces ques­tions ont pour ter­reau l’âme d’un homme de foi, une dimen­sion spi­ri­tuelle, que du reste avoue le poème titré Unicorne, ce qui est la figure de Kylin, celle de l’animal mythique – la licorne – qui gué­rit les maux dont leur vie afflige les êtres :

            J’aimerais pas­ser une fois dans ma vie une jour­née par­faite, une jour­née san mau­vaise pen­sée, sans paroles mal­in­ten­tion­nées, par­faite,

            non dans le sens où tout s’enchaîne par­fai­te­ment au niveau des plai­sirs, mais par­faite dans le sens où Jésus dit J’ai vain­cu le monde

Ainsi la poé­sie de Gwen Garnier-Duguy se pré­sente comme une sorte de recueil de poèmes gué­ris­seurs, une quête de lumière huma­niste au plus beau sens du terme, et méta­phy­sique. Une parole har­mo­nieu­se­ment son­geuse et opti­mi­sante, médi­ta­tive et d’une lim­pide pro­fon­deur. Non pas cepen­dant une parole naïve ni de « gre­nouille de béni­tier », ras­su­rons-nous. Plutôt réa­liste, bien­veillante, tou­te­fois lucide sur la situa­tion conte­po­raine. Ce qui fait de ce petit livre d’une fort belle pré­sen­ta­tion maté­rielle un vrai petit bré­viaire éthique, à relire sou­vent pour habi­ter notre Terre de la bonne façon, c’est-à-dire en har­mo­nie avec les êtres et les choses, une hamo­nie moins reli­gieuse que, sur­tout, rai­son­née et scan­dée grâce à de beaux rythmes et de fortes images. Dernier pas­sage typique, que je cite en conclu­sion, extrait du beau poème Joie :

 Toujours ce désir d’épouser la langue, de la dan­ser, de s’y confron­ter au point de se dis­soudre dans le poème, d’y renaître épu­ré.           

Et notre poète, à la fois ter­ra­qué et quelque peu mys­tique, conclut son livre par ces vers d’une for­mu­la­tion frap­pée comme pour une médaille, dont il offre l’image méta­phy­sique au lec­teur médi­ta­tif :

            Nous sommes l’encre et l’encre
            est l’ombre por­tée du Verbe.

 

                                                                            

 

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