Miche Talon, Dans les agates

Par |2021-04-08T11:27:29+02:00 5 avril 2021|Catégories : Michel Talon|

Avec Dans les agates Michel Talon nous pro­pose un nou­veau recueil  accom­pa­g­né de ses pro­pres illus­tra­tions (pho­tos, col­lages…) dans lequel on entre comme dans un gre­nier : le regard mys­térieuse­ment sur­pris par le bric-à-brac col­oré de la cou­ver­ture où s’entremêlent des vis­ages, la voil­ure blanche d’une goélette en mod­èle réduit, un bal­ai, le dos d’un vio­lon, l’avant d’une bicy­clette, d’étranges arabesques noires, un énorme livre aux pages tournées par une main invis­i­ble, frag­ments hétéro­clites d’une mémoire prête à se dis­tiller au fil des poèmes dans des images aus­si inat­ten­dues que secrètes car « On a tous l’histoire qu’on ne racon­te pas. » écrit l’auteur.

Le poète qui « tire les cartes au désir » tout en sachant que « les ros­es ne mentent pas » a sur le cœur « quelque chose de gris ». Restent « les mots à réchauffer/chemin de croix des étoiles filantes » mais « mal­adroit à ouvrir les secrets » il nous livre des bribes énig­ma­tiques, ful­gu­rances poé­tiques qui affleurent sur la page dans l’isolement des mots « Mor­sures, brouil­lard, orties » qui peu à peu se lient à d’autres et se dévoilent dans des vers par­cou­rus de sil­hou­ettes de chats, de rouges-gorges, de jeunes filles, de sons de vio­lons, de bruits de trains…

À chaque page, Michel Talon nous donne ren­dez-vous avec l’insolite : dans la forme, par l’utilisation de points d’interrogation à la fin de phras­es affir­ma­tives ou néga­tives (fauss­es ques­tions ? Fusion de deux atti­tudes au sein d’un même vers ?), « Je ne sais qui frappe à la porte ? », dans le fond aus­si : quelqu’un s’endort au moin­dre bruit, le chant est un « silence subtil » …

Michel talon, Dans les agates, Édi­tions le Cit­ron Gare 2020, 92 pages, 10 euros.

Nous sommes emportés bien au-delà des mots : « Une pizze­ria pit­toresque gon­fle la voil­ure », « la lune con­sulte les marabouts pour une sor­tie hon­nête », dans un imag­i­naire empreint par­fois d’une douce mélan­col­ie comme ce « point bleu » qui « se laisse mourir », la tristesse du jour où s’incline « une arabesque aux/ épaules vides », ou encore ces bancs du jardin qui vieil­lis­sent ensem­ble.  Dans les agates est aus­si un livre par­cou­ru de sensualité : 

« Rouge/L’amour chair » « Le sucre des silences », « […] Le soleil touche à tout me/ racon­te le chu­chote­ment de la fille en jeans qui/ cou­vre tous les autres bruits. Étin­celle », « Soirée sous la lune. Peau libre. »

Nous sommes à Vichy, la ville où vit l’auteur, mais aus­si à Paris et à Com­men­try. Le poète, quant à lui, écrit : « Je ne suis pas là », « Je suis nulle part ». Les lieux se mélan­gent ain­si que les saisons et la couleur des sou­venirs se strat­i­fie comme au cœur des agates, pier­res aux­quelles l’on prête la ver­tu d’harmoniser le corps et l’esprit et qui aideraient à la révéla­tion des choses cachées. Per­cep­tions fugi­tives qui ren­dent le dérisoire grandiose et les émo­tions avouables dans l’espace pro­tégé du poème.

Les belles rencontres
défient le feu
enla­cent le loin­tain du regard.

C’est assuré­ment à une bien « belle ren­con­tre » que nous con­vie l’auteur à tra­vers les poèmes de Dans les agates.

Présentation de l’auteur

Michel Talon

Michel Talon est né à Vichy en 1949 et a passé son enfance à Commentry.

Il a par­ticipé à des lec­tures à la Mai­son de la Poésie de Paris en 1991 et pen­dant la sai­son 95/96.

Il a pub­lié dans les revues : Frois­sart, Laudes, Jalons, Le Cerf-Volant, Vents et Marées, Poésie I, Diérèse, Mul­ti­ples, Le Cri d’Os, Trac­­tion-bra­bant, Poésie sur Seine.

Il est inter­venant cul­turel en milieu sco­laire (DRAC).

-La nuit verte, Mai­son Rho­dani­enne de Poésie 1977

-Désir sans mémoire, Guy Cham­bel­land 1985- Prix Charles Vil­drac de la SGDL

-Haute voie, Guy Cham­bel­land 1989

-Saisons Man­u­scrit. Prix du Jury Amélie Murat 1994

-Le Guet­teur, La Bar­tavelle 1997

-Par défaut, La Bar­tavelle 2005

-Fièvres du mys­tère Abatos 2009

-Émo­tions Grin­ta 2018 — traduit en roumain par Marcela Hadarig.

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

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Irène Duboeuf

Irène Duboeuf, née à Saint-Eti­enne, vit depuis 2022 dans la Drôme, près de Valence. Elle est l’auteure des recueils Le pas de l’ombre, Encres vives, 2008, La trace silen­cieuse, Voix d’encre, 2010 (prix Marie Noël, Georges Riguet et Amélie Murat 2011), Trip­tyque de l’aube, Voix d’encre, 2013 (Grand prix de poésie de la ville de Béziers), Roma, Encres vives, 2015, Cen­dre lis­sée de vent, Unic­ité, 2017 (final­iste du prix des Trou­vères), Bor­ds de Loire, livre pau­vre col­lec­tion Daniel Leuw­ers 2019, Efface­ment des seuils, Unic­ité, 2019, Vol­can, livre pau­vre col­lec­tion Daniel Leuw­ers, 2019, Un rivage qui embrase le jour, édi­tions du Cygne, 2021, Pal­pa­ble en un bais­er, édi­tions du Cygne, 2023. En tant que tra­duc­trice, elle a pub­lié Neige pen­sée, d’Amedeo Anel­li, Libre­ria Ticinum edi­tore, 2020, L’Alphabet du monde d’Amedeo Anel­li, Édi­tion du Cygne, 2020, Kranken­haus suivi de Car­net hol­landais et autres inédits, de Lui­gi Carotenu­to, Édi­tions du Cygne 2021, Hiver­nales et autres tem­péra­tures, d’Amedeo Anel­li, bilingue italien/français, Libre­ria Ticinum Edi­tore, 2022, Quatuors, d’Amedeo Anel­li, Libre­ria Ticinum Edi­tore, 2023, Des voix entourées de silence, Le Cygne, 2023. Ses tra­duc­tions de sept autres poètes ital­iens sont parues dans Babel, sta­ti di alter­azione, antholo­gie mul­ti­lingue d’Enzo Campi, Bertoni Edi­tore, 2022. Ses pro­pres poèmes sont traduits en ital­ien, espag­nol, arabe et chi­nois clas­sique. Site de l’auteure : https://irene-duboeuf.jimdofree.com

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