Daniel D. Marin

Par |2022-09-17T15:47:37+02:00 3 septembre 2022|Catégories : Daniel D. Marin, Essais & Chroniques|

Daniel D. Marin est un « poète voyageur ». Roumain vivant en Ital­ie après avoir séjourné et/ou vécu aux USA, à Rome, à Timisoara, à Valence (Espagne) et en Sar­daigne, il vit depuis un an entre Padoue et Venise et écrit en roumain mais aus­si en ital­ien. Il est l’auteur de cinq recueils de poèmes et d’un jour­nal de voyage.

Les textes qui suiv­ent, à l’exception du dernier, font par­tie de son dernier livre, I cor­pi che non ci calzano mai a pen­nel­lo (Des corps mal ajustés qui ne nous vont jamais) Inter­no Lib­ri Edi­zioni, 2022, édité en Ital­ie et en langue ital­i­enne, du recueil bilingue roumain/anglais paru en 2021 en Roumanie aux édi­tions Limes1. Un livre d’une boulever­sante étrangeté. Daniel Marin nous fait pénétr­er dans un monde à la fois réel et imag­i­naire qui pour­rait nous rap­pel­er Mau­pas­sant mais aus­si Ner­val : un univers sur­réal­iste dans lequel est con­vié « l’innaturel dans le naturel », où le gris a la couleur des ros­es, une poésie « d’u­topies min­i­mal­istes mais sub­ver­sives » comme l’écrit Rodi­ka Dragh­inces­cu dans sa note d’in­tro­duc­tion. Les textes ver­si­fiés tien­nent autant de la poésie, de la micro­nou­velle que du con­te fan­tas­tique. Si le poète appa­raît en tant que sujet dans quelques-uns d’entre eux, le plus sou­vent il se fond dans ses nom­breux per­son­nages, des êtres ordi­naires aux­quels il fait vivre des his­toires extra­or­di­naires, hommes et femmes soli­taires et énig­ma­tiques, au des­tin trag­ique, trib­u­taires de « corps mal ajustés qui ne leur vont jamais », ne pou­vant trou­ver leur place dans une société qui au pire, les méprise, au mieux les ignore.

Soirée poé­tique organ­isée par Bia­gio Vinel­la au Caf­fè Let­ter­ario Pri­mo Piano, à Bres­cia, le 8.11.2012. Poèmes de Daniel D. Marin. Tra­duc­tion du roumain par Ani­ta Natas­cia Bernacchia.

Daniel D.Marin écrit sur son blog : « Qui ren­con­tre les corps de mes per­son­nages me ren­con­tre moi-même ». Le poète pour­rait bien être cet « homme sans vis­age » qui « invente des gens qu’il n’a jamais connus » …

Nous lirons égale­ment un pas­sage de son jour­nal sarde/américain, din Româ­nia sunt doar eu, (de Roumanie il n’y a que moi), édi­tions Para­lela 45, 2018.

 

L’uomo sen­za Volto

L’uomo sen­za Volto sta impara­n­do come scri­vere le sue memorie,
lui vaga sul­la metro, sull’autobus, sul treno
por­tan­do volu­mi gigan­ti di mem­o­rie, sfogliandoli,
accarez­za le loro pagine e le legge
con una sor­ta di reli­giosità e poi costruisce
false mem­o­rie che in un breve momento
but­terà giù sul foglio bian­co qua­si sen­za sforzo,
inven­ta per­sone che non ha mai
conosci­u­to, delle quali scrive
con pro­fu­sione di det­tagli nelle sue memorie,
inven­ta Pae­si, cit­tà, quartieri
che ha attra­ver­sato o in cui ha abitato
e incon­tra­to quelle per­sone incred­i­bil­mente interessanti
dai nomi esoti­ci e dalle strane abitudini,
le fa inter­a­gire, inven­ta con­flit­ti, situ­azioni sen­za via d’uscita,
a volte persi­no omi­ci­di, descrive tutto
così det­tagli­ata­mente e sen­za sforzo.

L’homme sans visage

L’homme sans Vis­age apprend à écrire ses mémoires,
il erre dans le métro, le bus, le train
por­tant d’immenses livres de mémoires, les feuilletant,
il caresse leurs pages et les lit
avec une sorte de reli­giosité, puis il construit
de faux sou­venirs qu’en un instant
il jet­tera sur la feuille blanche qua­si sans effort,
il invente des gens qu’il n’a jamais
con­nus, sur lesquels il écrit
avec force détails dans ses mémoires,
il invente des Pays, des villes, des quartiers
qu’il a tra­ver­sés ou dans lesquels il a habité
et ren­con­tré des gens incroy­able­ment intéressants
aux noms exo­tiques, aux habi­tudes étranges,
il les fait inter­a­gir, il invente des con­flits, des sit­u­a­tions sans issue,
par­fois même des meurtres, il décrit tout
avec force détails et sans effort.

pic­co­la creatura

 

ques­ta pic­co­la crea­tu­ra che ti guar­da con i suoi gran­di occhi scuri,
che tu accarezzi con dis­per­azione più che con l’amore
ed essa sta tran­quil­la con il muso appe­na socchiuso,
con la lin­gua rosa tra i cani­ni bianchi, res­pi­ran­do a scatti

essa ti por­ta molto sol­lie­vo, tu le por­ti ancor mag­giore sollievo,
una sim­biosi effi­cace, lei vive per te,
tu vuoi solo scor­dar­ti e scor­di tante cose quan­do l’accarezzi,
essa non ti chiede nul­la anche se sem­br­erebbe sapere che qual­cosa non va,
di sicuro ti chiederebbe, ma è meglio credere
nel­la sua dis­crezione e nel­la sua obbe­dien­za di geisha

ques­ta crea­tu­ra con pel­lic­cia e zanne
stavi per annegar­la anni fa, eri solo un fan­ci­ul­lo confuso,
l’avevi mes­sa in un sac­chet­to di plas­ti­ca, a mala­pe­na res­pi­ra­va ancora,
e spin­to da una curiosità morbosa
hai volu­to vedere se non si era sof­fo­ca­ta in qual­cun modo,
poi hai cam­bi­a­to idea così, sen­za saper bene perché

adesso stai bene o più o meno bene, comunque hai già dimen­ti­ca­to qua­si tutto,
solo il giorno in cui un vor­tice paz­zo ti ave­va pre­so nel­lo stes­so fiume
ed essa era risali­ta dopo di te non lo scor­di nem­meno nel sogno,
quan­do ti sog­ni bam­bi­no e crea­ture mostruose
si bef­fano, chieden­doti minac­ciose “ma che Dio sarebbe questo gomitolo
solo pel­lic­cia ed occhi” e se è buono da mangiare
e tu sor­ri­di tran­quil­lo in sog­no rispon­den­do sen­za trac­cia di paura:
ques­ta è la pic­co­la crea­tu­ra e adesso vi mangerà tut­ti quanti!

petite créa­ture

cette petite créa­ture qui te regarde avec ses grands yeux sombres,
que tu caress­es plus par dés­espoir que par amour
et se tient tran­quille, les nar­ines à peine entrouvertes,
sa langue rose entre les canines blanch­es, la res­pi­ra­tion saccadée

elle t’apporte un grand soulage­ment, toi tu lui en apporte encore plus
une sym­biose effi­cace, elle vit pour toi,
tu veux juste t’oublier et tu oublies tant de choses quand tu la caresses,
elle ne te demande rien même si elle sem­ble savoir que quelque chose ne va pas,
c’est sûr elle pour­rait te le deman­der, mais mieux vaut croire
en sa dis­cré­tion et son obéis­sance de geisha

cette créa­ture avec de la four­rure et des crocs,
tu allais la noy­er, il y a longtemps, tu n’étais qu’un enfant désemparé,
tu l’avais mise dans un sac plas­tique, elle res­pi­rait encore, à peine,
et, poussé par une curiosité morbide,
tu as voulu voir en quelque sorte si elle ne s’était pas étouffée,
puis tu as changé d’avis, sans bien savoir pourquoi

main­tenant tu vas bien ou plus ou moins bien, de toute façon tu as déjà presque tout oublié,
sauf le jour où un tour­bil­lon fou t’avais emporté dans les mêmes flots
et elle était remon­tée après toi, tu ne l’oublies même pas en rêve,
quand tu te revois enfant et que des créa­tures monstrueuses
se moquent de toi, te deman­dant en te menaçant “mon Dieu c’est quoi cette pelote
juste de la four­rure et des yeux” et si elle est bonne à manger
et tu souris pais­i­ble­ment dans ton rêve en répon­dant sans trace de peur :
c’est la petite créa­ture et main­tenant elle va tous vous dévorer !

 

tut­ta la sera

 

pri­ma gli legarono le mani dietro la schiena
con una cor­da, lui ride­va come un demente,
gli sputa­va sangue negli occhi e loro ave­vano paura,
così lo infi­larono in un grosso sac­co di plastica
che richiusero per bene, poi lo get­tarono in fretta
in can­ti­na. pre­garono tre not­ti sen­za sos­ta per
la sua anima.

una sera, capitò che si ritrovassero
tut­ti quan­ti all’osteria. ride­vano e l’alcool ne attenuò
l’intimo sgo­men­to. allo­ra portarono
i tavoli fuori, li col­lo­carono uno accan­to all’altro
come a un funerale e se la spas­sarono a quel modo
tut­ta la sera.

la mat­ti­na, le loro ombre penetravano
l’asfalto fred­do e loro si guar­da­vano l’uno
dall’altro, come se in qualche modo sapessero
che anche lui era sta­to lì
insieme a loro e ave­va bevu­to e se l’era spassata
al loro tavo­lo tut­ta la sera.

tout le soir

tout d’abord ils lui lièrent les mains dans le dos
avec une corde, lui riait comme un fou,
ses yeux étaient injec­tés de sang et ils avaient peur,
alors ils l’ont mis dans un grand sac en plastique
qu’ils refer­mèrent au mieux, puis le jetèrent à la hâte
dans la cave. ils prièrent trois nuits de suite pour 
son âme.

un soir, ils se retrouvèrent
tous ensem­ble au bistrot. Ils riaient et l’alcool émoussa
leur pro­fond désar­roi. alors ils transportèrent
les tables dehors, les placèrent les unes à côté des autres
comme pour des funérailles et prirent ain­si du bon temps
tout le soir.

le matin, leurs ombres pénétraient
l’asphalte froid et ils se regar­daient les uns
les autres, comme si d’une cer­taine façon ils savaient
qu’il avait été là lui aussi
avec eux et qu’il avait bu et avait passé du bon temps
à leur table toute la nuit.

 

Tracagnot­to 

 

in questo mat­ti­no asso­la­to potrei forse incontrare
qual­cuno d’importante se esco subito a passeggiare,
non sarebbe affat­to una cat­ti­va idea indos­sare il mio vesti­to migliore,
bor­bot­tò Tracagnot­to, che era abbas­tan­za tracagnotto
da mer­i­tar­si quel nomignolo

con un dito gras­soc­cio rad­driz­zò gli occhiali che scivola­vano sul naso,
si sis­temò la giac­ca per coprire il pan­zone venerabile
e come se qual­cuno gli avesse dato una gomitata
si ritro­vò solo e sper­du­to in mez­zo alla strada

e quan­ta gente gli pas­sa­va accan­to di fretta,
e come lo spingevano e nep­pure lo salutavano,
che orrore, pro­prio lui che pro­prio uno qual­si­asi non è,
e come si affligge­va Tracagnot­to, bor­bot­tan­do offe­so imprecazioni
arrab­bi­a­to con tut­ti, persi­no con il mat­ti­no assolato

invano gli sor­ride­va diver­ti­ta qualche fan­ci­ul­la civettuola,
invano i rag­gi del sole gli accarez­za­vano soavi le guanciotte,
ques­ta mat­ti­na mi va tut­to per il ver­so storto,
decise Tracagnot­to che capì di essere tan­to tracagnotto
da risultare invis­i­bile alla gente,
pro­prio io che pro­prio uno qual­si­asi non sono,
abbassò lo sguar­do in ter­ra Tracagnot­to e due gran­di lacrime
gli scivolarono impu­den­ti sulle guan­ciotte calde

e prese a cor­rere tra la gente, ma avan­za­va a mala pena,
i suoi pas­si era­no molto più minu­ti, solo che qual­cuno, non si sa chi,
gli diede una spin­ta e Tracagnot­to si ritro­vò pro­prio sul ponte
a guardare l’acqua tor­bi­da come ipnotizzato,
mi but­terò, nes­suno mi rispet­ta, me, pro­prio me,
che pro­prio uno qual­si­asi non sono, pen­sò Tracagnotto
e, fat­ti tre rapi­di pas­si indi­etro, prese la rin­cor­sa e saltò.

Tracagnot­to3

en ce matin ensoleil­lé il se pour­rait que je rencontre
quelqu’un d’important si je vais me promen­er tout de suite
en effet ce ne serait pas une mau­vaise idée de porter mon plus bel habit,
mar­mon­na Tracagnot­to, qui était assez courtaud
pour mérit­er ce surnom

d’un doigt gras­souil­let il réa­jus­ta ses lunettes qui glis­saient sur son nez,
arrangea sa veste pour recou­vrir sa vénérable bedaine
et comme si quelqu’un l’avait poussé d’un coup de coude
il se retrou­va seul et per­du au milieu de la route

et nom­breux étaient les gens qui pas­saient à côté de lui à la hâte,
et le pous­saient sans même le saluer,
quelle hor­reur, pré­cisé­ment lui qui juste­ment n’était pas n’importe qui
et Tracagnot­to s’affligeait, mar­mon­nant des impré­ca­tions injurieuses
en colère con­tre tout le monde, même con­tre le matin ensoleillé

en vain quelque jeune fille coquette lui adres­sait un sourire, l’air amusé,
en vain les rayons du soleil lui cares­saient déli­cieuse­ment les joues,
ce matin, tout va de travers,
admis Tracagnot­to se ren­dant compte qu’il était si petit
qu’il était devenu invis­i­ble pour les gens,
juste­ment même moi, qui ne suis vrai­ment pas n’importe qui,
je bais­sait mon regard vers Tracagnot­to à terre, et deux grandes larmes
glis­sèrent avec impu­dence sur ses joues chaudes

et il se mit à courir au milieu des gens, mais il avançait à grand peine,
ses pas étaient beau­coup plus menus, seule­ment voilà que quelqu’un, on ne sait pas qui,
le pous­sa et Tracagnot­to se retrou­va sur le pont
à regarder l’eau trou­ble, comme hypnotisé,
je vais sauter, per­son­ne ne me respecte, moi, pré­cisé­ment moi,
qui juste­ment ne suis pas n’importe qui, pen­sa Tracagnotto
et, après trois pas en arrière, il s’élança et sauta.

 

il sac­co

 

lo vede­vo tut­ti i giorni dal­la mat­ti­na alla tar­da sera
con indos­so vesti­ti presta­ti sporchi, rattoppati
che puz­za­vano da una pos­ta di alcol sca­dente e urina,
por­ta­va sem­pre in spal­la un sac­co altret­tan­to rat­top­pa­to e sporco
in cui tene­va forse i vesti­ti di ricam­bio e le vivande

dormi­va sui sedili degli auto­bus che cir­cola­vano di notte
o diret­ta­mente sui mar­ci­apie­di se face­va bel tempo,
tene­va il sac­co sul pet­to men­tre dormi­va, era tut­to quel che aveva,
non las­ci­a­va che nes­suno toc­casse il suo sacco
e anche se qual­cuno lo toc­ca­va per sbaglio diven­ta­va matto,
dice­va male parole, bestem­mi­a­va, sputa­va, si agitava

e alla fine glielo han­no ruba­to lo stes­so, dopo una bel­la sbornia,
si è addor­men­ta­to e al risveg­lio non sape­va più dov’era,
ha cer­ca­to il sac­co ma nes­suna trac­cia del sac­co, “dove,
diavo­lo, è il mio sac­co”, ha urla­to alzan­dosi come una montagna,
nes­suno gli ha rispos­to, la gente lo evi­ta­va e si faceva
i fat­ti suoi, “dove, diavo­lo, è il mio sac­co”, ha urla­to di nuovo

ma ha cer­ca­to invano il suo sac­co un giorno intero e il giorno dopo
e tut­ti i giorni da allo­ra in poi cer­ca il suo sacco
farfuglian­do “dove, diavo­lo, è il mio sacco”,
la sua voce si sente appe­na e dietro la schiena gli è cresciuta
un’enorme gob­ba cop­er­ta dal­la giac­ca sporca e rattoppata,
una gob­ba che si accarez­za la notte nel son­no farfugliando
“il mio sac­co, ho trova­to il mio sac­co, andat­evene al diavo­lo, ladri !”

le sac

Je le voy­ais tous les jours du matin au soir
por­tant des vête­ments prêtés, sales et rapiécés
qui puaient l’alcool et l’urine à dix lieux à la ronde,
il por­tait tou­jours sur son épaule un sac égale­ment rapiécé et sale
où sans doute il met­tait ses vête­ments de rechange et de quoi se nourrir

il dor­mait sur les sièges des bus qui cir­cu­laient la nuit
ou directe­ment sur les trot­toirs quand il fai­sait beau,
il ser­rait le sac sur sa poitrine pen­dant qu’il dor­mait, c’était tout ce qu’il avait,
il ne lais­sait per­son­ne touch­er à son sac
et si quelqu’un le touchait par erreur, il deve­nait fou,
il dis­ait des mots grossiers, blas­phé­mait, crachait, s’agitait

et en fin de compte on le lui a volé quand même, après une bonne gueule de bois,
il s’est endor­mi et à son réveil, il ne savait plus où il était,
il a cher­ché le sac mais aucune trace du sac, “où,
dia­ble est mon sac”, a‑t-il hurlé en se dres­sant, énorme comme une montagne,
per­son­ne ne lui a répon­du, les gens l’évitaient et se mêlaient
de leurs affaires, “où dia­ble est mon sac”, a‑t-il crié de nouveau

mais en vain il a cher­ché son sac pen­dant un jour entier et aus­si le lendemain
et tous les jours qui ont suivi, et depuis il cherche encore son sac :
en bre­douil­lant “Où dia­ble est mon sac”
sa voix se fait à peine enten­dre et dans son dos a poussé
une énorme bosse sous la veste sale et rapiécée,
une bosse qu’il caresse la nuit dans son som­meil en bredouillant
“mon sac, j’ai retrou­vé mon sac, allez au dia­ble, voleurs !”

l’in­ci­sione

 

ho det­to che io non ho il cuore
ma un cas­set­to pieno di vec­chie mie foto

ho pre­so il bis­turi dal tavolo
e con la mano fer­ma mi sono inciso il petto

loro si sono avvi­c­i­nati al mio petto
han­no guarda­to den­tro attra­ver­so l’in­ci­sione perfetta
han­no guarda­to con curiosità ogni foto,
l’han­no volta­ta da una parte e dall’altra,
mi han­no domanda­to quan­do e dove l’ave­vo fatta,
ho dato a loro con gioia tut­ti i dettagli,
scuote­vano con ammi­razione le teste
fru­gan­do per ore con le dita febbrili
le mie foto fino a quan­do si sono annoiati
e sono andati via.

l’incision

j’ai dit que je n’avais pas de cœur
mais un tiroir rem­pli de vieilles pho­tos 

j’ai pris le scalpel sur la table
et d’une main ferme je me suis incisé la poitrine

ils se sont approchés de ma poitrine
ont regardé à l’intérieur à tra­vers l’incision parfaite

ils ont regardé avec curiosité chaque photo,
les ont retournées d’un côté et de l’autre,
m’ont demandé quand et où je les avais faites,
je leur ai don­né avec joie tous les détails,
ils hochaient la tête avec admi­ra­tion 
fouil­lant pen­dant des heures de leurs doigts fébriles
mes pho­tos jusqu’à ce qu’ils finis­sent par s’ennuyer

et ils sont partis.

Journal sarde/américain

De Roumanie il n’y a que moi, éditions Paralela 45, 2018

Extrait traduit par Irène Duboeuf

Vai e non tornare più! Dopo la tua parten­za, tut­to cam­bierà, le per­sone saran­no diverse, le per­sone saran­no altre, se ritornerai nes­suna ti riconoscerà. Tut­ti si faran­no la stes­sa doman­da: chi è quel­la per­sona che visi­ta la nos­tra cit­tà? E’ tut­to vero in “Nuo­vo Cin­e­ma Par­adiso”! Sono anda­to a vedere questo film all’Università. Alla fine, ho chiesto a Ste­fa­nia e alla pro­fes­sores­sa Zed­da dove han­no gira­to le riprese. Kon­stan­tia (l’u­ni­ca per­sona che ho riconosci­u­to quan­do sono entra­to; gli altri era­no qui da poco) è spari­ta, non l’ho più riv­ista all’us­ci­ta. Ho cam­mi­na­to da solo nel­la piog­gia che cade­va ada­gio. Non ho aper­to l’om­brel­lo, anche se ce l’ave­vo nel­lo zaino. Ho cam­mi­na­to piano per via Roma fino a piaz­za Italia, poi fino a piaz­za Castel­lo, dove mi sono fer­ma­to pri­ma di entrare in casa. Mi sono fer­ma­to per guardare dove abito in questo momen­to. Oggi.

Pars et ne reviens plus ! Après ton départ, tout chang­era, les gens seront dif­férents, les gens seront autres, si tu reviens, per­son­ne ne te recon­naî­tra. Tout le monde se posera la même ques­tion : qui est cette per­son­ne qui vis­ite notre ville ? Tout est vrai dans ” Cin­e­ma Par­adiso” ! Je suis allé voir le film à l’Université. À la fin, j’ai demandé à Ste­fa­nia et à la pro­fesseur Zed­da où ils avaient réal­isé le tour­nage. Kon­stan­tia (la seule per­son­ne que j’ai recon­nue quand je suis entré; les autres étaient ici depuis peu) a dis­paru, je ne l’ai plus revue à la sor­tie. J’ai marché seul sous la pluie qui tombait lente­ment. Je n’ai pas ouvert mon para­pluie, même si je l’avais dans mon sac à dos. J’ai marché lente­ment le long de la Via Roma jusqu’à Piaz­za Italia, puis jusqu’à Piaz­za Castel­lo, où je me suis arrêté avant d’entrer dans la mai­son. Je me suis arrêté pour regarder où j’habite en ce moment. Aujourd’hui.

Notes

[1] Plusieurs poèmes de ce livre ont été lus dans le cadre du Fes­ti­val artis­tique inter­na­tion­al (Poésie et arts visuels) de Venise en 2017. Par ailleurs, la pre­mière ver­sion de ce livre – un recueil de trente poèmes en anglais et ital­ien – a été final­iste du prix « Bologne en let­tres 2021 », sec­tion recueils inédits. 

Présentation de l’auteur

Daniel D. Marin

Le poète Daniel D. Marin, né en Roumanie, « renaît » en Ital­ie après avoir vécu entre Bucarest, Rome, Timisoara et Valence (Espagne). Il vit actuelle­ment entre Padoue et Venise. Poète, voyageur et pho­tographe ama­teur, il se définit comme un « intro­ver­ti » qui vit la poésie plus qu’il ne l’écrit. 

Il débute en 2003 avec le recueil Oră de vârf (Heure de pointe) qui lui vaut le prix du pre­mier recueil au Fes­ti­val « Duil­iu Zam­fires­cu » et la can­di­da­ture au Prix nation­al de poésie « Mihai Emi­nes­cu ». Puis il pub­lie en 2008 Aşa cum a fost (C’était ain­si). Suiv­ront deux autres recueils poé­tiques, L‑am luat deop­arte și i‑am spus, Bru­mar, 2009 (Je l’ai pris à part et je lui ai dit) Bru­mar 2009, Prix Nation­al Marin Min­cu 2010, Poeme cu ochelari, (Poésies à lunettes) Tra­cus Arte, 2014, Prix Nation­al de Poésie George Coșbuc 2015 ain­si qu’un jour­nal sarde-améri­­cain, din Româ­nia sunt doar eu, (De Roumanie il n’y a que moi), Para­lela 45, 2018). En mai 2021 paraît en ver­sion bilingue roumain/anglais un livre de poèmes inti­t­ulé trupurile care nu ne vin nicio­dată bine / the bod­ies that nev­er fit us well (Des corps qui ne nous vont jamais) aux édi­tions Limes.

Daniel D.Marin a réal­isé l’une des pre­mières antholo­gies rétro­spec­tives de la Généra­tion 2000 de la lit­téra­ture roumaine : Poezia antiu­topică. O antolo­gie a douămi­is­mu­lui poet­ic româ­nesc (Poésie anti-utopique. Une antholo­gie de la poésie roumaine des années 2000) Para­lela 45, 2010. Pour l’édition 2015 du Fes­ti­val Inter­na­tion­al de Poésie de Bucarest, il a traduit des poèmes d’Annelisa All­e­va. Entre 2013 et 2016, il a sélec­tion­né les textes des auteurs roumains pour le fes­ti­val sarde « Poe­sia a Strap­po Alghero ». 

Il est actuelle­ment rédac­teur asso­cié de la revue Zona Lit­er­ară (Roumanie),  où il a créé une rubrique de poésie ital­i­enne con­tem­po­raine, pour laque­lle il a traduit, pour la pre­mière fois en roumain, des poèmes d’Antonella Aned­da, Maria Grazia Calan­drone, Isabel­la Lear­di­ni et Milo De Angelis.

Blog de l’auteur : https://ddmarin.wordpress.com/

Bib­li­ogra­phie (sup­primer si inutile)

Poèmes choi­sis

Autres lec­tures

Daniel D. Marin

Daniel D. Marin est un « poète voyageur ». Roumain vivant en Ital­ie après avoir séjourné et/ou vécu aux USA, à Rome, à Timisoara, à Valence (Espagne) et en Sar­daigne, il vit depuis un an […]

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Irène Duboeuf

Irène Dubœuf est née à Saint-Eti­enne et vit dans la Drôme. Elle a pub­lié dans de nom­breuses revues et antholo­gies et est l’auteure des recueils Le pas de l’ombre, Encres vives 2008, La trace silen­cieuse, Voix d’encre 2010, (prix Amélie Murat, prix Marie Noël, prix Georges Riguet 2011) Trip­tyque de l’aube, Voix d’encre 2013, (Grand Prix de poésie de la Ville de Béziers) Roma, Encres vives 2015, Cen­dre lis­sée de vent, Unic­ité 2017, (final­iste du Prix des Trou­vères), Efface­ment des seuils, Unic­ité 2019, Un rivage qui embrase le jour, édi­tions du Cygne 2021 et de livres pau­vres pour la col­lec­tion Daniel Leuw­ers. Tra­duc­trice d’auteurs ital­iens, elle pub­lie Neige pen­sée du poète philosophe et cri­tique d’art Amedeo Anel­li (directeur de la revue inter­na­tionale Kamen’) aux édi­tions Ticinum (Ital­ie) en mars 2020 et L’Alphabet du monde aux édi­tions du Cygne (France) en juin 2020. En 2021 paraît, tou­jours aux édi­tions du Cygne, Kranken­haus suivi de Car­net hol­landais et autres inédits, du poète et cri­tique lit­téraire Lui­gi Carotenu­to. Elle col­la­bore avec les revues français­es « Terre à ciel », « Ter­res de femmes », « Recours au poème » et pub­lie en Ital­ie dans les revues Cor­so Italia 7, l’EstroVerso, Poeti e poe­sia, Malpe­lo, Le voci del­la luna etc. On peut l’en­ten­dre lire un de ses poèmes sur le site Poet­ry Sound Library de Gio­van­na Iorio https://poetrysoundlibrary.weebly.com/poets.html et des extraits de ses tra­duc­tions et de ses pro­pres pub­li­ca­tions notam­ment sur la chaîne Youtube du Pic­co­lo Pre­sidio Poet­i­co https://www.youtube.com/channel/UCs_qs3Z7lv-E8OwL6MsDUZg enreg­istrés lors du col­loque « La tra­duc­tion, hos­pi­tal­ité lin­guis­tique et dia­logue de cul­ture » (Tavaz­zano, le 24 octo­bre 2020) Site de l’auteur : http://www.irene-duboeuf.jimdofree.com
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