> Hommage poétique à Jean Grosjean

Hommage poétique à Jean Grosjean

Par |2018-10-18T09:59:23+00:00 23 février 2013|Catégories : Essais|

 

Le jour qui s'en va
nous laisse dans l'ombre
avec ton visage
soir
Une  voix, un regard, Jean Grosjean

 

 

 

Hommage poétique à Jean Grosjean

Par |2018-10-18T09:59:23+00:00 23 février 2013|Catégories : Blog|

A Jean Grosjean

I

Un autre jour te ren­contre
il cherche son usage
par­mi  les encom­bre­ments de l’atelier

La croi­sée hésite encore
char­gée du lan­gage engour­di du spec­ta­teur
s’étonne de  son reflet
sous la nua­ge­rie pro­di­gieuse d’Humilis

-Toi si vif à regar­der le ciel
à écrire l’unique pré­sent des nuages-

Au loin les éteules  en rayons
se dis­sipent dans la brume
passent sans être feu
 
    

        – ne par­lons pas de Lui

sa pré­sence est pleine
en toute chose-

                             II

 

Une poi­gnée d’ordre
cherche la clenche
d’un pou­voir de fait

Sur le che­min de Damas
aux pas d’un sémite sans théâtre
des pas­seurs indé­niables dressent leur tente
abreuvent l’ aube du cara­van­sé­rail
de pois­sons parié­taux

Ce qui est à dire se tient dans la main
telle une pointe de flèche dis­traite dans l’éternité
glo­rieuse de construire le fil de sa nuit mys­té­rieuse

Oracle des res­ti­tu­tions
les augures  pré­sentent les artabes
Les résines     les fleurs de mai
pas­sées sous la lune dans une bras­sée d’arômes

L’onde johan­nique pros­père
à la gloire des anges

       -La véri­té des hommes
       n’est pas un point fixe
     elle est une variable d’ajustement-

 

                             III

 

Langue du via­tique où l’air et la fièvre
cinglent sur un champ échar­don­né

Langue morte ou langue muette
-le Seigneur- te parle à sa ligne d’horizon
te voi­là  inter­prète d’un songe
apôtre d’une poé­tique

L’esclave prend ta main
pour  par­ler en frère
il fait froid      les mara­bouts s’ensablent
les zèbres filent vers l’océan

                            

IV

 

Présent à la ber­ceuse
tu as rêvé la pierre du repos
où cas­sante comme un genêt
se dis­po­sait la soif

Le poème     hôte de l’obscurité
est jeté dans la fosse aux lions
dans cette prai­rie étoi­lée ten­due de sable
où des fauves s’entr’suivent
sans pou­voir échap­per à la ser­vi­li­té

Ils n’épargneraient per­sonne
absents pour un exil des­ti­né
une illu­sion mer­ce­naire

-dia­logue de la néces­si­té
et de la pau­vre­té-

 

Passerais-tu ici encore
dans une misé­ri­corde de visite
que l’orphelin ne te regar­de­rait pas

La forge s’est tue au pas­sage de l’enfant
ses san­dales ailées à la main

                            V

 

Aux rives de la Marne
une fugue te conduit tris­te­ment
vers la vache aux reins bri­sés
qui beugle ron­gée de ver­mine

Aux che­vaux réfor­més
en route pour la bou­che­rie

Il en va ain­si des indiens
toi qui sui­vait Mayne-Reid
cher­chant les fleurs la nuit venue
après l’écoute aveugle de la Bible

                            VI

 

Vergers et vignes achèvent leur périple
les fer­miers aguer­ris s’apprêtent sans tar­der
à brû­ler branches et sar­ments

Ah     le gen­tia­nère  des pla­teaux de Gergovie
émule d’un siècle qui s’effondre
lâchant au bef­froi la balle tres­sée
pour une proie plus simple

 

Les rose­lières s’endorment
silen­cieuses aux chants des oiseaux
échap­pés le  long du fleuve

La vase s’abouche à la nasse
et le petit ber­ceau d’osier
court au fil de l’eau
tu repêches quelques recrues venues à ta ren­contre
fussent un manœuvre  ou quelques autres incer­tains

                           

VII

Se taire encore
l’auréole d’un fauve accrou­pit hors de toi

Un regard amu­sé
vers les froi­deurs har­mo­nieuses

Faudrait-il chan­son­ner
don­ner son temps à la musette

Tout s’efface ain­si
dans la tor­sion des flammes
et l’écart inso­lite du vécu

Rien à appro­cher
rien à perdre
les mots sont plon­gés
dans un seul aujourd’hui
ils se  glissent vers l’obscurité nais­sante
vaga­bondent à la lisière du toit

 

 

                             VIII

 

 

Quel sou­ve­nir com­mun
que celui des éten­dards
aux portes de la jeu­nesse
où route de Saumane   appre­nant à écrire
je décou­vrais l’orage du poème

Crinière du lion déchaî­né
qui tour­noie dans la fosse
– Il est tou­jours là     rugis­sant –

On t’a jeté à bas n’est-ce pas
et tu rechignes devant la ser­vi­tude
raide et pâle cher­chant des manières
refu­sant de rejoindre la déroute des consciences

Les traces sont bien visibles
sur le sol boueux

                          

   IX

Décembre tourne le dos au vitrail des cieux
les mois nou­veaux pré­viennent de leurs racines fraîches
avant de s’endormir les uns contre les autres

Dans l’inventaire des calendes bar­bares
et des super­sti­tions modernes
les nucléus pathé­tiques d’un ther­mi­dor
                                  de tant d’autres misères s’imposent au bilan
le rêve prus­sien s’efface lui-même devant la guerre

Il faut alors beau­coup de ten­dresse
pour appro­cher le défaut de parole
et offrir cet amour en un gué sans nau­frage

 

              

     X

 

L’air froid s’immisce sur la poi­trine
par ce petit matin d’orfèvre
allant vers quelques glanes

Tu marches encore
qui peut t’entendre aux portes de l’Orangerie
puisque ton souffle est rete­nu
et que nous pro­fes­sons le vacarme

Ta noblesse est un doute
tes yeux d’aigle
ardents à l’ordre et à l’exactitude
croisent alors devant la table dres­sée
un thé qui ne renonce à rien
impec­cable  dans la lueur de cette fin d’après-midi

Puis devant quelques sai­sons
-bocks à la levure amère-
que l’ardennais explore en nos enfers
un car­na­val de fer­rures et de toiles
agite la quié­tude cher­chée en vain à cette heure

Penché sur l’évangile de Jean
-celui qui entend-
à l’écoute du mou­ve­ment qu’il admire
tu déchiffres les traces du soleil sur le mur

     -Lui est son idée fixe
oubliée dans l’Eden
qu’il pen­sait avoir ache­vé-

 

                   XI

 

 

Cela est bien
la nuit des­cend sur l’arène
par­mi les copeaux et les limailles
et les sol­dats de plomb ran­gés pour la bataille

Mais si fra­gile que soit l’été des mots
nous bra­quons nos faces sur l’insomnie fac­tieuse

Les pages tournent
elles ne se débattent plus
l’envol  se consume
dans le flot des ardeurs et des dis­si­pa­tions

Alors     écrire comme une manie
pas-à-pas pour voir appa­raître
lais­ser naître l’ouvrage

Les fleurs enfan­tines
vont allu­mer les voi­liers du recueil

Le gibier à la passe
les flores     les arbres nus
recon­duits de l’imparfait
vers un semis éclai­ré de hasard

                              – Le vide ancien gagne en nombre    de sorte qu’une iro­nie bien­veillante
                                                         s’échappe de ton visage –
 

 

                           XII

 

 

Je cherche ici et là à me recon­naitre
à retrou­ver nos conver­sa­tions
et l’éclat des après-midi

Le rosier Grosjean si bien apprê­té pour le che­min
que je por­tais depuis  le vil­lage d’Avant jusqu’au domaine
a recon­duit son immen­si­té grâce à toi

-Trinité inex­pri­mable
Imperceptible aban­don-
     
Des sou­ve­nirs au pro­fit du don
font séces­sion
comme pas­sés d’un point à l’autre
sans jus­ti­fier leurs actes

Les fauves ne furent pas appri­voi­sés
       mais apai­sés     miracle du poème
              pour la gloire du Verbe

Résolution de celui qui s’évade
pour reve­nir de son plein gré dans la fosse aux lions
retrou­ver la langue mère
et la rigou­reuse condi­tion
                                  de l’enfant qui s’endort
      
      -La pluie du vent
dort en quelque lieu-

    

Noël 2012      In   Memoriam

 

Grand mer­ci à Jacques Réda d’avoir ras­sem­blé en ami « une voix un regard » chez Gallimard « ces pièces aban­don­nées » à notre connais­sance
 

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