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Marie Noël

Par | 2018-05-23T09:23:43+00:00 8 mars 2013|Catégories : Blog|

On consul­te­ra ces deux sites :

http://​www​.marie​-noel​.asso​.fr/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_No%C3%ABl

 

 

Marie Noël

Par | 2018-05-23T09:23:43+00:00 8 mars 2013|Catégories : Essais|

« Il y a dans le catho­lique un être satis­fait, supé­rieur – celui qui pos­sède la véri­té – plein de sécu­ri­té et de cer­ti­tude. C’est en quoi je suis mal catho­lique », écrit Marie Noël dans ses Notes intimes. Et voi­là qu’on en fait « la » poète catho­lique ! Y aurait-il un mal­en­ten­du autour de cette femme, de cette œuvre ?
Marie-Mélanie Rouget naît à Auxerre en 1883. Son enfance est sans his­toire : un père agré­gé de phi­lo­so­phie, stoï­cien aus­si incroyant que sa mère est pieuse. Le décor est posé dans lequel va croître une voca­tion poé­tique authen­tique, mais aus­si se jouer un drame. Un corps fra­gile à l’épreuve de la mala­die, un cœur bri­sé sur­tout : si l’amour meurt d’inanition ou de satié­té, celui de Marie Noël a souf­fert du désir ardent et inexau­cé.
Tant de poèmes laissent per­cer la plainte de la fille sans beau­té, de l’amoureuse écon­duite, et l’effort sur­hu­main pour ne pas en gar­der ran­cune ni amer­tume ; la vie en lisière du bon­heur des autres, la déré­lic­tion : « Parfois j’ai tel­le­ment besoin d’un ami que je l’invente. »
Les mots et la musique vont trans­fi­gu­rer la pous­sière des jours. Son oncle Raphaël Périer découvre son talent, l’encourage, puis l’abbé Mugnier, le célèbre confes­seur mon­dain, et Henri Brémond, le cri­tique en quête de la « poé­sie pure », vont atti­rer l’attention sur elle.
Montherlant dira même : « C’est le plus grand poète vivant. » Nous sommes loin du poète de pro­vince, de l’imagerie pieuse auquel son pseu­do­nyme incline un peu. Ce qui frappe lorsqu’on avance sur ce ter­ri­toire secret, c’est le double visage : d’une part, la gami­ne­rie angé­lique, l’enfance jamais reniée, son sens du jeu, de l’allégresse ; et d’autre part, le « génie noc­turne ». La plainte des Chansons d’automne, les cris et les illu­mi­na­tions des Notes intimes en donnent un écho. Dans l’épreuve, Marie Noël chante comme un enfant qui a peur du noir ; elle avance à tâtons mais réso­lu­ment ; à la révolte devant le mal (Dieu sait si la mort d’un enfant lui a fait tou­cher le déses­poir), au blas­phème, elle oppose la foi et l’espérance, l’ardente cha­ri­té qui prend soin d’autrui, aus­si ingrat soit-il. Le com­bat de Jacob avec l’Ange est sou­vent le sien, même en poé­sie, elle qui avoue qu’elle n’y « connaît plus ni Dieu ni Maître ».
Sous ses dehors modestes, Marie Noël a mené une aven­ture mys­tique ; elle a connu le désert, l’aridité spi­ri­tuelle et l’enfance retrou­vée en larmes et en joie. Reliée à elle-même, aux autres, à Dieu, elle dévide le livre d’heures : sa prière chante de matines à com­plies. Sans jamais renier la fra­gi­li­té ni la rébel­lion, elle choi­sit de plon­ger en espé­rance, en amour fou.
Son écri­ture remonte à la source, celle de la poé­sie médié­vale – chan­son de toile et rever­die. L’air de ne pas y tou­cher, elle joue avec les mètres les plus divers. L’aisance sou­ve­raine du poète, maître de son ins­tru­ment, lui per­met d’allier la forme clas­sique au vers libre. Elle dia­logue avec Dieu comme avec elle-même. Elle aime les refrains, balan­ciers qui équi­librent la danse du funam­bule en haut du fil ten­du entre les mai­sons du vil­lage.
Aller vers Marie Noël, aujourd’hui, c’est se lais­ser enva­hir par une pré­sence, en qui rien ne pèse ni ne pose, mais qui nous aime et nous com­prend. Elle chante haut, mais jamais fort. Elle déteste ceux qui s’étalent : « J’ai hor­reur de l’incontinence sen­ti­men­tale des gens qui font tout leur cœur sous eux. Mon cœur, je n’en parle pas. Je le tais ou je le chante » (Notes intimes).
On oublie­rait l’essentiel ou presque si on ne par­lait de son humour, de ce sens de l’observation féroce et de cet esprit acé­ré auquel elle a renon­cé volon­tai­re­ment pour ne pas bles­ser, conver­tis­sant son regard, optant pour la bien­veillance infi­nie et la misé­ri­corde. « L’histoire de ma vie, c’est l’histoire de mon âme », écri­vait-elle.
Une vie « unie » mais bri­sée, dis­jointe comme les pavés inégaux d’Auxerre sur les­quels elle se hâtait pour por­ter assis­tante aux plus humbles, qui la fai­saient tré­bu­cher, elle l’infatigable, la mar­cheuse s’en allant per­ce­voir les loyers, véri­fier le bon état des murs, assis­ter les mou­rants ; aide huma­ni­taire sans fra­cas, vie dans l’ombre alors qu’elle aurait aimé dan­ser, elle aus­si, au soleil.
Pas belle, mal aimée, mais unique aux yeux de Dieu, bien aimée du Cantique, poète de haute volée. Dépourvue de tout, à com­men­cer du temps pour écrire, tant la famille l’enfermait dans son car­can d’obligations, elle a réus­si à se lais­ser « emmu­si­quer », à bâtir une œuvre ori­gi­nale, fré­mis­sante et maî­tri­sée.

Connais-moi

« Connais-moi si tu peux, ô pas­sant, connais-moi !
Je suis ce que tu crois et suis tout le contraire !
La pous­sière sans nom que ton pied foule à terre,
Et l’étoile sans nom qui peut gui­der ta foi.
Connais-moi si tu peux. Le pour­ras-tu ?… Le puis-je ?…
Tu le sau­ras si rien qu’un seul ins­tant tu m’aimes !»

 

Extrait du recueil Les Chansons et les Heures, Poésie/​Gallimard.

 

Prière pour les gens pres­sés

« Donne de quoi chan­ter à moi pauvre poète,
Pour les gens pres­sés qui vont, viennent, vont
Et qui n’ont pas le temps d’entendre dans leur tête
Les airs que la vie et la mort y font. »

Prière de Marie Noël dans les Chansons et les Heures, Poésie/​Gallimard.

 

Ce texte a paru le 21 juillet 2005 dans La Vie n° 3125
 

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