> Revue des revues de Christophe Dauphin

Revue des revues de Christophe Dauphin

Par | 2018-01-21T18:56:14+00:00 16 juin 2012|Catégories : Revue des revues|

EMPREINTES n°19. 48 pages. 8 € le numé­ro. Abt (4 n°) : 30 €. Rédaction : 102, Boulevard de la Villette, 75019 Paris.

 

            L’Usine est une asso­cia­tion qui, sous la hou­lette de Claude Brabant, existe depuis 1979, avec pour objec­tif de faire décou­vrir des artistes contem­po­rains, peintres, des­si­na­teurs, sculp­teurs, gra­veurs, pho­to­graphes, en orga­ni­sant des expo­si­tions de leurs œuvres, en publiant des livres d’artiste (Swen, François Lauvin, Anne Van Der Linden, Claude Brabant, Philippe Lemaire…) et la revue tri­mes­trielle Empreintes, qui est une revue d’art et de lit­té­ra­ture accor­dant autant de place à l’image qu’à l’écrit. Empreintes s’est don­née comme objec­tif essen­tiel de faire des décou­vertes et publie des textes inédits d’écrivains contem­po­rains (poé­sie et prose). Dans le cou­si­nage, tan­tôt de l’art brut, tan­tôt du sur­réa­lisme ou autres, Empreintes fuit vrai­ment ce qui est dans le vent et porte un regard non-confor­miste sur la créa­tion de notre temps, sans pour autant s’enfermer dans un thème ou dans une spé­cia­li­té. Empreintes se réjouit d’être hété­ro­clite et impré­vue pour que le lec­teur ne sache jamais d’avance ce qu’il va y trou­ver, comme dans une pochette-sur­prise. En fait, Empreintes est une revue d’humeur, sans ligne de conduite ni limites de genre. Empreintes reven­dique même la liber­té de pou­voir être por­no­gra­phique et pro­vo­cante quand cela lui convient ; ain­si avec le fameux land art du déjà mythique peintre Nato (voir Empreintes n°8 et 12). Ce n°19 n’échappe aux règles d’ouverture et d’originalité qui carac­té­risent la revue depuis ses débuts. 48 pages au for­mat 21 x 28 cm. Papier gla­cé épais. Le bes­tiaire d’Etienne Ruhaud. Les Lettres répu­bli­caines de Touchatout. Des des­sins de Victor Soren. L’invention de l’Hyménologie par Jean Hurpy. Des inédits de Jean-Paul Mesters, d’Alex Alexian et de Jehan van Langhenhoven. « Le mur de l’année 2011 », art sin­gu­lier en Espagne. Le Trocadéroscope, revue tin­ta­mar­resque de l’Exposition uni­ver­selle de 1878. A décou­vrir…

 

LES CAHIERS DE LA RUE VENTURA n°12. 62 pages. 6 €. Rédaction : 9, rue Lino Ventura, 72300 Sablé-sur-Sarthe.

 

            La revue consacre son numé­ro à Henri Heurtebise le poète (auteur d’une dou­zaine de livres, dont Chant pro­fond, Rougerie, 2005), l’éditeur des édi­tions Fondamente et l’animateur (depuis qua­rante ans) de la revue Multiples. Un entre­tien (avec Claude Cailleau) : « En écri­ture, je veux l’expression (l’image) irrem­pla­çable. La poé­sie a le pou­voir de rem­pla­cer le réel, d’avoir une for­mi­dable pré­sence. La pré­sence ne signi­fie rien. Elle est là d’abord. Puis on lui prête une signi­fi­ca­tion. Je cherche à dire fort » ; des témoi­gnages et études de Christian Saint-Paul (H.H. est han­té par l’obsession de s’agréger au vivant »), Michel Baglin (« Ses poèmes chantent ce qui échappe, sinon à l’Histoire, du moins aux réduc­tions sociales, idéo­lo­giques, pro­fes­sion­nelles et média­tiques qui font l’ordinaire des lieux com­muns et des comptes à rendre. Ici, on reste sous la lampe de la poé­sie qui inter­roge – De quoi vivez-vous si mal ? – et pro­pose : Venons aux mots chu­cho­tés au cœur »), Philippe-Marie Bernadou, Jean-Louis Bernard… Un bel hom­mage qu’Henri Heurtebise mérite ample­ment. Le chant déborde – Les petites misé­ri­cordes – viennent gros­sir les bars – les places d’ombre.

 

COUP DE SOLEIL n°83. 40 pages. 7 € le numé­ro. Abt (3 n°) : 19 €. Rédaction : 12, ave­nue du Trésum, 74000 Annecy.

 

            Les poètes du numé­ro sont notam­ment : Serge Brindeau (La Vie – Sculpte la pierre – Où l’homme se construit), Ménaché (Lacérer le silence – où s’écrie le poème), Jacques Brossard (Et n’existe – Que ce qui est tra­ver­sé), Jean Joubert (A puits qui s’embroussaille – pré­fère le tor­rent). Une belle somme, comme d’habitude, que suit un appa­reil cri­tique, res­treint certes, par le nombre de notes, mais tou­jours d’intérêt, comme cette note de J.-P. Gavard-Perret sur Tout est dit (Editinter), de Michel Dunand : « L’humanité de Dunand est une leçon de vie plus qu’une leçon de chose. Le poète mêle le rugueux au lis­sé, la sur­face à la pro­fon­deur en une rigueur impres­sion­niste. Le dis­pa­rate plus qu’esquissé signi­fie la reven­di­ca­tion à l’émerveillement sans lequel la vie n’est qu’un sui­cide pro­gram­mé. Puisque tout fini­ra reste donc comme seul recours pos­sible l’injonction de l’impératif Viens, qui fra­casse la tran­quille conti­nui­té du dis­cours poé­tique. » C’est assez juste, et Sacre, le sixième recueil (sans comp­ter les livres d’artiste) de Michel Dunand, chez Jacques André édi­teur, le confirme : On a l’impression de mar­cher sur un nuage, – et pour­tant, c’est tout le contraire. – On prend racine. Poète du lieu (l’Inde et Pondicherry, en l’occurrence) et de l’instant (On entend si rare­ment la rue res­pi­rer. – Profiter de l’instant. – Presser son sein), Dunand est tou­jours ailleurs ; un ailleurs où il se sent chez lui : Il y a un désert dans le mot désir. – J’ai déci­dé de l’explorer. – J’ai déci­dé de l’habiter.

 

 7 à dire n°47. 20 pages. 4 € le numé­ro. Abt (5 n°) : 18 €. Rédaction : La Sauvagerais, La Rotte des Bois, 44810 La Chevallerais.

 

            Ce numé­ro débute, comme d’habitude, par l’évocation d’un poète aîné (ici, Paul Fort), par Yves Cosson. Suivent des poèmes de Gilles Baudry, d’Elodia Turki, J.-C. A. Coiffard ou Alain Devaux. Les chro­niques et notes, sont signées par Jean-Marie Gilory, Jean Bensimon ou Marie-Hélène Verdier. Sac à mots, l’éditeur, qui sévit main­te­nant depuis onze ans, n’édite pas seule­ment la revue 7 à dire, mais aus­si et sur­tout, des livres de poèmes. Parmi les paru­tions récentes, nous rete­nons par­ti­cu­liè­re­ment, Souffles du large et de la rive, de J.-M. Gilory (ani­ma­teur de Sac à mots et ancien offi­cier géné­ral de la Marine), dont on tourne les pages, comme la mer tourne ses vagues, dans l’onirisme des îles et des embruns ; et bien sûr, Avant l’indispensable nuit, qui, dans une édi­tion de François Huglo, ras­semble les der­niers poèmes inédits de Jean Rousselot. Le grand poète nous a quit­tés en 2004. Poète de Rochefort, il le fut ; mais rien ne l’agaçait plus, que de se voir réduit à cette éti­quette. Son œuvre a tou­ché plu­sieurs géné­ra­tions de poètes et de lec­teurs. Elle est immense et court sur soixante dix ans, de 1935 à 2004 ; soit plus de cent livres (poé­sie, romans, nou­velles, essais, dic­tion­naires, cri­tiques, bio­gra­phies), qui tiren t davan­tage vers l’isthme que vers la cuvette.  Bien sûr, Avant l’indispensable nuit, n’est certes pas le meilleur livre de poèmes de Rousselot. Il est cepen­dant incon­tour­nable, pour qui, aime le poète et son œuvre. Il vaut par sa part de témoi­gnage et aus­si, pour cet ultime duel entre le poète et la mort. Jusqu’au bout, Jean Rousselot aura affir­mé : « La poé­sie ne m’a pas fait vivre. Elle a été pour­tant, à mes yeux, la seule preuve que j’existe ».

 

CARNET LOUIS GUILLAUME n°35/36 : Le Poème en prose en ques­tion. 264 pages. Rédaction : 20, rue de Tournon, 75006 Paris.

           

            Ce numé­ro double du Carnet Louis Guillaume, comme l’écrit Jeanine Baude dans son édi­to­rial, a pour but de « faire mieux connaître le poème en prose que Louis Guillaume tenait pour essen­tiel dans sa pra­tique poé­tique » et que per­pé­tue depuis trente-six ans main­te­nant, l’association « Les Amis de Louis Guillaume », en publiant le Carnet Louis Guillaume et en décer­nant chaque mois de jan­vier, le « Prix du poème en prose ». Ce numé­ro anni­ver­saire, riche, copieux et des plus ins­truc­tifs, contient dans sa pre­mière par­tie, une per­ti­nente his­toire et des témoi­gnages sur l’histoire et l’évolution du poème en prose, avec, notam­ment, des articles de Louis Guillaume, Pierre Garnier, Michel Decaudin, Jean-Claude Martin ou Gabrielle Althen. Suit, une copieuse rétros­pec­tive des lau­réats du « Prix du poème en prose », de Marcel Hennart (1973) à Raphaël Miccoli (2009), en pas­sant par Albert Ayguesparse, Jacquette Reboul, Gérard Bocholier, André Lagrange (qui vient de nous quit­ter), Philippe Jones, etc. Que du beau monde. La qua­li­té, de plus, est au ren­dez-vous. 

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Christophe Dauphin

Poète, essayiste et cri­tique lit­té­raire, Secrétaire géné­ral de l’Académie Mallarmé, Christophe Dauphin (né le 7 août 1968, à Nonancourt, Normandie, en France) est direc­teur de la revue “Les Hommes sans Epaules” (www​.les​hom​mes​san​se​paules​.com).

Il est l’auteur de deux antho­lo­gies :

  • Les Riverains du feu, une antho­lo­gie émo­ti­viste de la poé­sie fran­co­phone contem­po­raine, Le Nouvel Athanor, 2009 ;
  • Riverains des falaises, édi­tions cla­risse, 2011

Il est éga­le­ment l’auteur de quinze livres de poèmes, dont récem­ment, aux édi­tions Librairie-Galerie Racine, en 2010 : Totems aux yeux de rasoir, poèmes 2011-2008, et L’Homme est une île ancrée dans ses émo­tions, et de onze essais, dont, Jacques Hérold et le sur­réa­lisme (Silvana édi­to­riale, 2010) ou Ilarie Voronca, le poète inté­gral (Editinter/​Rafael de Surtis, 2011).

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