> Jacques Bertin, Les Traces des combats

Jacques Bertin, Les Traces des combats

Par |2018-01-21T18:57:27+00:00 16 juin 2012|Catégories : Critiques|

Auteur-Compositeur-Interprète, Jacques Bertin s’est tou­jours tenu en marge des milieux offi­ciels, depuis ses débuts en 1966. Bertin écrit des poèmes. Certains sont faits pour être mis en musique ; d’autres, non. Il est l’un de nos plus grands poètes lyriques ; le chef de file des auteurs de sa géné­ra­tion, qui s’étaient fixés pour but de déve­lop­per le je créa­teur sans gom­mer l’homme dans l’artiste. Nous lui devons une bonne ving­taine d’albums, de nom­breux poèmes et une quan­ti­té non négli­geable de chefs-d’œuvre. Parmi les grands clas­siques du chant ber­ti­nien, citons entre autres : « Trois bou­quets », « A Besançon », « Ambassade du Chili », « Les biefs », « Carnet », « Domaine de joie », « Paroisse », la Merveille, selon nous, « Les grands poètes », « Je vou­drais une fête étrange et très calme », « La lampe du tableau de bord », « Retour à Chalonnes » ou « Le Rêveur ». Après Plain-chant, pleine page  (Arléa, 1992), qui a ras­sem­blé les poèmes et chan­sons de Jacques Bertin, de 1968 à 1992 ; Les Traces des com­bats donne accès aux chan­sons et poèmes de 1993 à 2010, à l’exception des poèmes de Blessé seule­ment (qui a paru en 2005 aux éd. l’Escampette) ; soit les textes des sept der­niers albums (de La Blessure sous la mer, 1993, à Comme un pays, 2010), sui­vis par quatre grands ensembles de poèmes inédits. Une fois encore, Jacques Bertin nous démontre que chez lui, qu’il soit des­ti­né à l’écrit ou à être chan­té, le texte est poé­sie par essence et glisse comme un ongle sur la souf­france longue du temps. Il y a chez Bertin cette frac­ture exis­ten­tielle, cette révolte inas­sou­vie, cette plaie qui saigne dans sa vie comme dans ses mots, mots qui serrent de près comme la grêle. Un huma­nisme de com­bat proche de René Guy Cadou et de Luc Bérimont. Loin de l’état d’âme fac­tice, que nous retrou­vons chez tant de mir­li­tons, le lyrisme exi­geant de Bertin rejoint l’être dans ses tré­fonds : Traversez cette eau plon­gez-y votre corps – Sur l’autre rive sont les arbres les mots dont vous avez besoin… – Sur l’autre rive le temps vous donne ses mains. Il éclate, tire à bout por­tant, sans la moindre com­plai­sance : Moi je me suis rogné les ailes au mur. Le poème de Bertin est fait d’un alliage émo­tion­nel qui n’a rien à craindre du temps. Il est un appel conti­nu à l’insurrection : Il reste peu de temps pour sau­ver le monde et vous sau­ver – Il reste peu de temps pour vous inves­tir de la sainte colère – Je vous vois comme un ani­mal aux jambes cas­sées – Les yeux fous qui cherche à se lever qui cherche une aide – Dans le ciel vide autour de lui qui tourne et dans sa tête embal­lée. On cher­che­rait, en vain, le mot ou la vir­gule en trop. Tout comme Plain-chant, pleine page, Les Traces des com­bats, est un grand livre de poé­sie ; un isthme qui, sépa­rant la mer des soli­tudes, ras­semble les hommes. La chose n’est pas si cou­rante. 

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Christophe Dauphin

Poète, essayiste et cri­tique lit­té­raire, Secrétaire géné­ral de l’Académie Mallarmé, Christophe Dauphin (né le 7 août 1968, à Nonancourt, Normandie, en France) est direc­teur de la revue “Les Hommes sans Epaules” (www​.les​hom​mes​san​se​paules​.com).

Il est l’auteur de deux antho­lo­gies :

  • Les Riverains du feu, une antho­lo­gie émo­ti­viste de la poé­sie fran­co­phone contem­po­raine, Le Nouvel Athanor, 2009 ;
  • Riverains des falaises, édi­tions cla­risse, 2011

Il est éga­le­ment l’auteur de quinze livres de poèmes, dont récem­ment, aux édi­tions Librairie-Galerie Racine, en 2010 : Totems aux yeux de rasoir, poèmes 2011-2008, et L’Homme est une île ancrée dans ses émo­tions, et de onze essais, dont, Jacques Hérold et le sur­réa­lisme (Silvana édi­to­riale, 2010) ou Ilarie Voronca, le poète inté­gral (Editinter/​Rafael de Surtis, 2011).

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