Paul Mathieu, D’abord un peu de jour

Par |2023-02-06T09:04:25+01:00 5 février 2023|Catégories : Critiques, Paul Mathieu|

Un recueil de poèmes qui frappe par sa qual­ité de papi­er, et d’impression, avant de sur­pren­dre par le con­tenu poé­tique, une longue et intéres­sante médi­ta­tion, dans une écri­t­ure qui doit tout à l’oralité « prosodique ». L’auteur s’y donne sur le ton du « on », s’y anonymise, afin d’être tout près du quo­ti­di­en, et de détecter dans son chem­ine­ment des éclairs de poésie, pareils à ces lueurs dont les flaques d’eau, après une averse qui aurait rénové notre sen­sa­tion du paysage, balisent une tran­quille promenade.




Il s’ensuit pour le lecteur une sen­sa­tion où fusion­nent sérénité et intim­ité. Aux détours du dis­cours poéti­sant, sur­gis­sent à foi­son de sim­ples trou­vailles d’expression, qui chaque fois inci­tent à la réflex­ion, au con­stat songeur : « Tiens, Paul Math­ieu me fait apercevoir ceci, je n’y aurais pas pen­sé… » Si bien que l’on avance de page en page comme vers un but pro­filé, tou­jours à venir, mais qui durant le tra­jet nous dis­pense des « échan­til­lons » rich­es de pro­fondeur secrète, comme pour régulière­ment rénover le regard, en dénouer le rien de las­si­tude qui pour­rait s’amorcer.

De là vient que ce livre se lit en con­tinu, un peu comme un roman. On entre dans une sorte de poème unique, fait d’un peu de jour en effet, que je com­par­erais volon­tiers, sans les con­fon­dre du tout certes, avec « Dans le leurre du seuil » d’Yves Bon­nefoy. Ce sont des livres-poèmes qui nous accueil­lent dans leur monde, nous y reti­en­nent, nous en instru­isent par mille façons de sen­tir et de scruter les détails ordi­naires de la vie, de la « con­di­tion humains » dirais-je pom­peuse­ment, et l’on ne tient pas vrai­ment à en ressor­tir, tant on est heureux de lire comme si l’on ne l’avait encore jamais vu de près, un quo­ti­di­en que nous con­nais­sons tous.




Paul Math­ieu – D’abord un peu de jour – Ed. Estu­aires – Hors-série n° 8 – 94 pp.

J’avais d’abord pen­sé intro­duire des cita­tions à l’appui de ces remar­ques, admi­ra­tives mais quelque peu abstraites et générales. Finale­ment je ne le ferai pas. Ce serait comme tailler un frag­ment dans l’élan con­tinu d’une guir­lande dont chaque instant n’a sa véri­ta­ble valeur qu’en tant que suite de ce qui le précède et intu­ition de ce qui va le suiv­re. Toute découpe, si l’on me com­prend, serait banal­isante et ramèn­erait à une prose quel­conque ce qui est une poésie qui n’a rien d’ordinaire. Lorsqu’on avance dans ce genre de céré­mo­ni­al pen­sif, com­ment avoir l’idée d’en stop­per un moment la mélodie liturgique, pour en extraire des phas­es (et des phras­es) qui seraient privées de la cohorte indis­pens­able d’échos, qui seule nous donne de ressen­tir la dimen­sion de la nef invis­i­ble qu’elle faitt exis­ter, qu’elle élève autour du on (le « jeu » du « je » caché du poète) à mesure de notre pro­gres­sion de lecteur. Paul Math­ieu, par ce « on », s’est organ­isé pour être à la fois proche, mod­este, acces­si­ble, tout en ne lâchant jamais la main de ce/celle que jadis on appelait la Muse, fig­ure que j’aime bien, aus­si démod­ée qu’elle paraisse. Ce n’est pas au com­men­ta­teur à démolir cette fine choré­gra­phie lan­gag­ière, ce « pur tra­vail de fins éclairs », comme dirait Valéry, sous pré­texte d’en faire l’éloge. Le mieux que je puisse faire est de ten­ter de com­mu­ni­quer ma joie d’avoir lu ce poète, dont à ma grande honte je ne connais(sais) rien, pas même la per­son­ne, et qui de sur­croît, col­la­bore aux des­tinées de la revue Tra­ver­sées, aux­quelles je m’intéresse égale­ment. Mer­ci Paul, pour ce beau livre dont tous ceux qui prê­tent d’habitude un peu l’oreille à mes avis, j’en suis cer­tain, se délecteront !


Présentation de l’auteur

Paul Mathieu

Paul Math­ieu, né à Pétange (Lux­em­bourg) le 15 jan­vi­er 1963, réside en Bel­gique. Enseignant, poète et auteur de nou­velles. Col­la­bore à divers jour­naux et revues : Le Jeu­di, Tra­ver­sées… Par­tic­i­pa­tion à plusieurs col­lo­ques et ren­con­tres lit­téraires à Bari, Rome, Hull, Lux­em­bourg (« Print­emps des poètes » 2008 et 20013), Namur, Metz, Cluj, Saint-Malo, Porrentruy… 

© Crédits pho­tos Dirk Skiba 

Bibliographie

Poésie :
Les Sables du silence, Amay, L’Arbre à paroles, 1998.
Solens, Lux­em­bourg, les Cahiers lux­em­bour­geois, 1998.
Les Défricheurs de jardins, Agues­sac, Clapàs, 2000 (coll. « Franche-lip­pée ») ; présen­ta­tion de Paul Roland.
Bor­dages, L’Arbre à paroles, 2001.
Bab suivi de Byzance, La Porte, 2002.
Drag­ons de papi­er, Guer­lange, Le Scarabée d’or (édi­tion  arti­sanale en cal­ligra­phie), 2003.
– Plusieurs textes in (col­lec­tif) Amoroso, Écrits des Hautes-Ter­res, 2001 (coll. « Sen­tiers »), p. 88–93.
Marchant de mar­bre, L’Arbre à paroles, 2004.
Ter, Ate­lier du Héron, 2004 (coll. « Pérégrins »).
Graviers, La Porte, 2004.
Le Chêne de Goethe, Tétras Lyre, 2005.
Qui dis­traira le doute, L’Arbre à paroles, 2006.
Cadas­tres du babel, Estu­aires, 2008
En venir au point, Phi, 2009
Le Puits, La Porte, 2013
Une pomme d’ombre, Rafaël de Sur­tis, 2015
Le Temps d’un souf­fle, Tra­ver­sées, 2017
D’abord un peu de jour, Estu­aires, 2019

Nou­velles
Le Sabre, Chou­ette Province, 1999.
Les Coquil­lages, Mem­or-Les Cahiers lux­em­bour­geois, 2000.
Les Noces de l’écureuil, Noires Ter­res, 2020.

Théâtre
Les Démé­nageurs, in Cahiers de l’Académie lux­em­bour­geoise, 2017.
Chez Palmyre, Athus, Cen­tre cul­turel, 2018.
La Chair quitte les os, pièce inédite pro­gram­mée dans le cadre du fes­ti­val « Court tou­jours » à Jar­nisy en jan­vi­er 2021.

Études lit­téraires
– Plusieurs textes in sn (col­lec­tif), Hubert Juin. Le paysage à plus d’un titre, CAGL & autres, 2002.
– « Entre Guy Gof­fette et Jude Sté­fan quel tra­jet pour la poésie ? », in Où va la poésie française au début du troisième mil­lé­naire ? Actes du Col­loque de Bari, 14 jan­vi­er 2002, Schena Edi­tore, 2002 (coll. « Bib­lio­the­ca del­la ricer­ca. Cul­tura straniera », n° 113), p. 143–162.
– Auteurs, Autour, Tra­ver­sées, 2015 (études littéraires).

Autres
– « Per­spec­tives du français dans les zones frontal­ières : l’exemple du Lux­em­bourg », Où va la fran­coph­o­nie au début du troisième mil­lé­naire ? Actes du Col­loque de Bari, 4–5 mai 2005, Schena Edi­tore – Press­es de l’Université de Paris-Sor­bonne, 2005 (coll. « Bari-Paris », n° 2), p. 257–278.
– La Gaume en images, Noires Ter­res, 2018.
Prix Jean Lebon,1996. – Prix Un auteur une voix (poésie ; texte inter­prété par Marie Ren­son), RTBF, 1999.
– Prix Robert Duterme de l’Académie Royale de Langue et Lit­téra­ture français­es de Bel­gique en 2000 pour Les Coquil­lages.
– Prix Arthur Prail­let 2009 pour l’ensemble de l’œuvre.
– Prix de l’Académie de Metz en 2010
– Prix Robert Gof­fin 2016.

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Xavier Bordes

Xavier Bor­des, né le 4 juil­let 1944, dans le vil­lage des Arcs en Provence (Var)…

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